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Full text of "La rusticiade, ou, La guerre des Paysans en Lorraine : Laurentius Pilladius"

M 



t 




CAUTION 

Do not Write in thîs book or mark ît wîth 
pen or pencil. Penalties are imposed by the 
Revised Laws of the Commonwealth of Mas- 
sachusetts, Chapter 208, Section 83. 




B.P.L. FORM NO. 609: 3.9.27; 1811 



LA RUSTICIADE- 



I 



Nancy, imprimerie Berger-Levrault et C'*^. 



LAURENTIUS PILLADIUS 




LA GUERRE DES PAYSANS 
En Lorraine 

Traduite par F.-R. DUPEUX 

DEUXIÈME VOLUME 

NANCY 

BERGER-LEVRAULT ET C-e, ÉDITEURS 



II, rue Jean-Lamour, ii 

MÊME MAISON A PARIS, 5, RUE DES BEAUX-AUTS 



MDCC€LXXVI 



LIBER QUARTUS 



ARGUMENTUM QUARTI LIBRI. 



Supplicibus votis Lotharingia fausta precatur 
principibus; premitur multum hostis in urbe Saberna ; 
postulat hic pacem compostus fraude maligna ; 
caeditur, atque armis prosternitur ille cruentis ; 
difFugiunt victi ; victor laudatur in armis; 
Guisius inquirit servetne an deleat hostes '; 
victorum interea miscentur mœnia luctu, 
et tamen inquirunt victorem perdere fraude. 



LIBER QUARTUS. 

Postquam res Fidei partira vilescere mundo , 
in proprium dominum plèbes et stringere ferrum 
cœperat, atque gravi generosos tollere morte, 
ulcisci cupiens tantos Antonius ausus, 
omnis cessabat quoniam Germania triste 
vindicare nefas, vulgus quoque perdere vitam, 
ille suam patriam dulces et linquere fines 
tentavit propere, accitis in prselia turmis, 



ARGUMENT DU QUATRIEME LIVRE. 



Prières que la Lorraine adresse pour le succès des armes de ses princes. 
L'ennemi est serré de près dans la ville de Saverne. Recourant à 
un coupable mensonge, il demande la paix. Attaqué, il succombe 
dans une lutte sanglante. Fuite des vaincus. Éloge des vainqueurs. 
Le comte de Guise se demande s'il doit épargner ou anéantir l'en- 
nemi. Cependant les vaincus font retentir la ville de leurs gémisse- 
ments, tout en appelant à leur aide la perfidie pour perdre le vain- 
queur. 

LIVRE QUATRIÈME. 

Quand la Foi eut commencé à essuyer le mépris 
partout ; que le peuple se fut mis à tirer l'épée contre 
son souverain et à faire périr les grands dans de cruels 
supplices, Antoine sentit naître en lui le désir de répri- 
mer tant d'audace. Puisque la Germanie laissait partout 
se commettre d'horribles forfaits, et que la vie la plus 
obscure n'était pas en sûreté, il appela ses troupes au 
combat, et résolut de quitter en toute hâte les frontières 
de sa bien -aimée patrie pour aller dresser ses tentes 



4 



LIBER QUARTUS. 



et sua in Alsatico statuit tentoria campo. 
Fama per Austrasise tristes allabitur oras, 
nuntiat atque volans vento velocior omni, 
transcendisse Ducem montes hostilibus armis, 
ante Saberninas arces et signa tulisse ; 
anxius unde tinior Lotharingo régnât in agro. 
Maxima novit ubi regem mox cessisse pericla, 
ille pavor vulgi non tantum tecta subintrat, 
at Dux Austrasise querulo turbata dolore 
absentis domini non parvuni vulnus alebat. 
Ejus nam faciès illustris pectore semper 
figitur, atque pio nunquam discedit ab ore 
egregium nomen, gestus animoque revolvit. 
Propterea nullus refovet sua membra sopore 
dulciculus somnus, vigiles nec mulcet ocellos ; 
plurima sed tristi fundit suspiria corde. 
Ramosa veluti scandens super ilice castus, 
dilecta postquam viduatus compare turtur, 
amissum tristi rostro suspirat amorem, 
non cessatque polum magnis implere querelis, 
ingemit absentem sic Dux generosa maritum ; 



LIVRE QUATRIÈME. 



5 



dans les campagnes de l'Alsace. Bientôt le bruit s'en 
répand dans la Lorraine affligée. La Renommée, pre- 
nant son vol plus rapide que celui des vents, annonce 
que le duc en armes a passé les montagnes, et qu'il a 
planté ses étendards devant les remparts de Saverne. 
L'inquiétude et l'effroi se propagent dans les États d'An- 
toine quand on apprend qu'il va s'exposer aux plus 
grands dangers. Ce n'est pas seulement chez le peuple 
que la terreur pénètre ; la duchesse de Lorraine gémis- 
sante et troublée par le chagrin que lui cause l'absence 
de son seigneur, souffre également d'une cruelle atteinte. 
L'image du noble prince est sans cesse présente à sa pen- 
sée; elle a toujours sur ses lèvres aimantes son illustre 
nom; elle repasse dans son cœur tous ses exploits. 
Aussi le doux sommeil ne vient plus rafraîchir ses 
membres fatigués, et refuse le repos à ses yeux tou- 
jours éveillés. Des soupirs s'échappent sans cesse de son 
âme affligée. Comme le fidèle tourtereau, privé d'une 
compagne chérie, reste perché sur les rameaux d'un 
chêne, y déplorant tristement la perte de ses amours, et 
remplissant les airs de ses lugubres plaintes, ainsi la 
noble duchesse gémit sur l'éloignement de son époux. 
Elle répand des larmes; elle est en proie à un violent 



6 



LIBER QUARTUS. 



émanant lacrymae, consurgit et asper amaror ; 
ubertim et lacero singultu pectora languent. 
Saîpius haec tristis vigilanti mente volutat : 
« Infelix, heu ! heu ! vereor mihi ne quid amarum 
ruricolum legio, vel quid lugubre reportet, 
prodiga quam lucis sequitur Geldrina proies ; 
ut non respiciat saevi discrimina Martis, 
humanam timeat nec telo perdere vitam. )> 

Altius haec agitans Princeps abjecit amictus 
purpureos, nullo regumque décore superbit, 
divisum nec acu crinem contorquet in orbem, 
induit aut tunicam gemmis auroque crepantem , 
nec splendet média radians in fronte smaragdus, 
nullaque segmentis ornantur guttura flavis. 
His induta modis parvo dédit oscula nato, 
quem complexa diu paucis haec ore locuta est : 
« Dulcis nate, tui in quo spes est una parentis, 
édite Borbonia multum féliciter asde, 
si puerilis adhuc defendere vetuit astas, 
Austrasiae tandem tibi débita sceptra potentis, 
huic eris auxilio, firmum cum venerit a^vum ; 



LIVRE QUATRIÈME. 



7 



chagrin ; des sanglots fatiguent sans cesse et déchirent 
sa poitrine ; elle roule continuellement des pensées 
affligeantes dans son esprit éveillé : « Malheureuse ! ah ! je 
crains bien que cette horde de Rustauds ne soit pour 
moi la cause de quelque deuil, de quelque catastrophe. 
Prodigues de leur existence, les descendants de Gueldre 
poursuivent ces ennemis, sans songer à quels dangers 
on s'expose dans une guerre terrible, sans craindre que 
le fer ne tranche leurs jours. » 

Profondément bouleversée, la princesse rejette son 
manteau de pourpre ; elle se dépouille de tous les orne- 
ments royaux; elle ne veut plus qu'avec l'aiguille on 
maintienne ses cheveux partagés et enroulés ; elle renonce 
à sa tunique éclatante d'or et de pierreries. L'émeraude 
ne resplendit plus rayonnante au milieu de son front ; 
son cou n'est plus orné de colliers précieux. Ainsi vêtue 
elle couvre de baisers son jeune enfant, qu'elle retient 
longtemps entre ses bras, et à qui elle adresse ces quel- 
ques paroles : « Cher fils, toi qui es le seul espoir de ton 
père, toi le bienheureux descendant de la maison de Bour- 
bon, si ton âge trop peu avancé ne te permet pas encore 
de protéger la puissante Lorraine, dont le sceptre doit 
t'appartenir avec le temps, tu n'en seras pas moins un 



8 



LIBER QUARTUS. 



tune proavita tuo servabis régna labore, 
teque patris pietas, spero, generosa sequetur, 
corporis et robur veniet crescentibus annis : 
parvula nempe salix subito consurgit ubique 
arboris in molem, tangit quoque sidera cœli, 
e tenui planta grandis generatur et arbor. » 

Dixerat, et lacrymans genibus procumbit utrisque, 
atque Dei matrem sic supplice voce precatur : 
« Sancta Parens, celsi cui servit regia cœli, 
horrendumque Cahos ingentis pallet Averni ; 
cui mare naufragum, totus famulatur et orbis ; 
ex qua terrarum plastes sine sorde pudoris 
pronasci voluit, necnon lactare papillas, 
sacrato lactis delibans ore liquorem, 
saepius atque manu voluit tractarier alba ; 
quae gregis aligeri sortem transcendis in orbe 
sidereo, modicum distans a sede Tonantis ; 
cui modo funde preces, ut salvum servet ab hoste 
Austrasium regem, ut Misaelem rite puellum, 
Azariam, Ananiam céleri servavit ab igne, 



LIVRE QUATRIÈME. 



9 



jour l'appui, quand les années t'amèneront la force : 
alors tu défendras toi-même l'héritage de tes ancêtres. 
Tu auras, je n'en doute point, toute la piété de ton 
noble père; avec l'accroissement des années grandira 
aussi la vigueur de ton corps. C'est ainsi que le saule, 
d'abord de petite taille, s'élève tout à coup comme un 
arbre puissant dont la tête se perd dans les nues : une 
faible plante produit un superbe végétal.» 

Elle dit, tombe à deux genoux sur la terre, et, les 
yeux baignés de larmes, adresse cette prière à la mère 
de Dieu : « Mère sainte, à qui obéit l'empire céleste, toi 
devant qui tremblent l'horrible Cahos et l'immense 
Averne ; toi devant qui s'inclinent comme des esclaves, 
et l'Océan fécond en naufrages, et la terre entière; toi qui, 
tout en restant vierge, as dû donner le jour au maître 
de l'univers ; toi dans le sein de laquelle il a voulu de 
sa bouche divine puiser un lait réparateur ; toi dont la 
blanche main a dû lui prodiguer les caresses; toi qui es 
placée au-dessus de la troupe ailée des anges à une petite 
distance du trône de l'Éternel, daigne adresser à Dieu ta 
prière, pour qu'il sauve des atteintes de l'ennemi le sou- 
verain de la Lorraine, comme jadis il a préservé du feu 
dévorant le jeune Mizaël, Azarias et Ananias. Pour 



10 



LIBER QUARTUS. 



qui ditem statuam régis sprevere potentis, 

nec sanctum inclinare caput voluere parumper ; 

propterea calidae subito fornacis in igne 

damnantur, nec eos tamen ignea flamma trucidât, 

odas sed média properant cantare favilla. 

Te duce, sic conjux omni protegatur ab hoste, 

qui Fidei bellum, capitis non absque periclo, 

suscipit ardenter Christi pellectus amore. » 

Taliter orantem postquam Lotharinga propago 
audivit, dominée luctus imitatur atroces : 
subdita gens regum mores sibi format honestos, 
principis atque boni se monstrat ssepe sequacem. 

Sic ducis omne genus sequitur vestigia gentis. 
nie sacerdotum sacrorum liniger ordo, 
ante repurgatus delusse vulnera mentis, 
excisa propere scelerum causa venientum , 
mox prece templa replet, votis et sidera puisât, 
acerraque thuris fundit redolentis odorem. 
Antra per obscura et Vogesmus voce susurrât 
civis subtristi, mentis promitque dolorem, 
immemor atque cibi fit per déserta colonus. 



LIVRE QUATRIÈME. 



avoir méprisé la statue élevée à grands frais par un roi 
puissant, et refusé d'incliner légèrement devant elle leur 
pieux front, ils furent condamnés à périr sans répit dans 
les flammes d'une brûlante fournaise ; mais le feu les 
épargna, et du milieu du brasier ils firent entendre de 
saints cantiques. Puisses-tu protéger ainsi contre toutes 
les attaques mon époux, qu'un ardent amour pour la Foi 
pousse à défendre Jésus -Christ au péril même de ses 
jours! » 

En entendant parler des prières adressées par leur 
duchesse, les Lorrains s'abandonnent aussi à la plus pro- 
fonde douleur : les sujets suivent toujours le bon exem- 
ple que leur donnent les princes ; ils aiment à se faire 
les imitateurs des rois vertueux. 

Chacun veut marcher sur les traces de la souveraine. 
Les prêtres, en habit de lin, et qui d'abord ont demandé 
la guérison des blessures faites à leur âme abusée, ayant 
extirpé en toute hâte de leur cœur le germe du mal, 
accourent remplir de leurs prières les saints temples ; ils 
font monter leurs vœux vers le ciel; les encensoirs 
répandent au loin leurs parfums. Dans ses obscures 
retraites l'habitant des Vosges fait entendre des pa- 
roles attristées ; il laisse éclater la douleur contenue 



12 



excubias et agens, nullo sua lumina somno 
claudit, sed patriam mage custodire laborat 
quam Palamedis aves, dum parvis pr^elia miscent 
Pygmaeis, pedibusque suis portare lapillum 
sueverunt, somnus stimulando ne gravet illas. 
At Vogesum vulgus, nullum portando lapillum 
conservât patriam, preculas promitque per agros ; 
supplice fervet ager totus clamore Lothringus. 
Undique turba ruit locupletia tecta relinquens ; 
cum vulgo proceres peregrina ad templa feruntur, 
matronisque piis, admiscenturque puellas, 
atque Ducem plorant, cui tota mente tremiscunt 
adversse sortis ne quid toleraret eundo ; 
et facilem reditum veniam poscendo precantur, 
ut regnum répétât facturus vota Tonanti ; 
pestiferi belli valeat quoque fasce levari, 
pro meritis forsan quod misit regia cœli : 
ignorant homines statuât quid rector Olympi, 
qui rigidus vindex nunquani delicta malorum 
dissimulât, verum pœna castigat atroci. 



LIVRE QUATRIÈME. 



13 



dans son âme. Oubliant la nourriture, le laboureur soli- 
taire veille, l'œil sans cesse ouvert sur les malheurs de 
sa patrie; il la garde avec plus de soin que l'oiseau de 
Palamède qui, sentinelle vigilante, en présence des 
Pygmées, ses ennemis de petite stature, arme son pied 
d'une pierre dont la charge l'empêche de se livrer à un 
sommeil engourdissant. Le peuple vosgien, sans recourir 
à de telles précautions, veille au salut de son pays; il 
déploie le rosaire au milieu de ses campagnes ; tous les 
champs des Lorrains retentissent de cris. Partout les 
grands abandonnent leurs riches demeures ; se mêlant à 
la foule, ils se rendent dans des temples éloignés avec 
les matrones pieuses, auxquelles s'adjoignent les jeunes 
filles ; ils pleurent leur duc ; leur âme est en proie à la 
crainte que quelque malheur n'atteigne le prince dans 
sa marche. Ils demandent pour lui dans leurs prières un 
heureux retour; qu'il regagne ses Etats et vienne en 
remercier le Créateur. Puisse-t-il être délivré du fardeau 
d'une guerre désastreuse, que peut-être le ciel a voulu, 
pour les punir de leurs fautes par un tel fléau ! Les 
hommes ignorent les desseins du maître du monde qui, 
juge sévère , ne laisse pas impunis les crimes des mé- 
chants, mais leur inflige un châtiment terrible. 



14 



Dilectrix regum sic gens Lothringa suorum 
pro Duce magnanimo precibus pia sidera puisât. 
At tuba terrifico sonitu resonabat in oris 
Alsaticis, lituus pulsabat et aera cantu, 
et bombarda ferox, tonitruque simillima vasto , 
fulmineam faciens massam volitare per astra, 
concutit obsessam bombis furialibus urbem. 
Sed, quoniam nimio fuerat tune pulvere plena, 
rumpitur ; ardentem volitant quoque frusta per agrum. 
Augurium nobis équités portendere triste 
dicebant, verum valeant oracla deorum, 
vaniloquae et nugc^ queis pristina credidit cetas. 
Aima Fides, postquam radianti lumine mundo 
collucet, superum atque Deus demissus ab arce, 
indutus carnem, mundi jam régna gubernat, 
errores hominum et toto disjecit ab orbe, 
ergo missa diu sacra gentilitia cessant, 
tartareis dcemon quse sic produxerat antris, 
ut genus humanum variis erroribus actum 
luderet, educens e recto tramite mundum. 
Et, licet in multis cecidisset nostra bobarda 



LIVRE QUATRIÈME. 



15 



Telles sont les prières que la Lorraine fait monter vers 
le ciel pour ses maîtres chéris, pour son noble duc. 
Cependant les confins de l'Alsace retentissent du formi- 
dable son de la trompette; le clairon se fait entendre 
au loin. L'horrible bombarde, semblable à un tonnerre 
éclatant, lance dans les airs des masses qui volent 
pareilles à la foudre ; de ses grondements épouvantables 
elle va ébranler la ville assiégée. Mais la machine, trop 
gorgée de poudre, s'est rompue ; ses débris volent au 
loin dans la campagne en feu. Nos chevaliers y voient 
un triste présage ; mais qu'importe la science des augures, 
et ces prestiges niais qui se jouaient d'un temps de cré- 
dulité ? Depuis que la Foi a répandu sur le monde sa 
radieuse et bienfaisante lumière; depuis qu'un Dieu, 
descendant des hauteurs du ciel, a daigné s'incarner et 
venir gouverner la terre, il a dissipé les erreurs qui 
régnaient partout. Toutes les jongleries sacrées des 
Gentils ont disparu depuis longtemps ; elles émanaient 
des antres sombres du Tartare, dont le dieu voulait 
remplir le monde d'illusions, se jouant de lui et l'éloi- 
gnant de la droite voie. Qu'importe que la bombarde 
se soit dispersée en mille fragments ? l'armée de Lor- 
raine n'en ébranle pas moins les solides tours de ses 



l6 LIBER QUARTUS. 



fragmentis solidas infestât robore turres 

Austrasiana manus, crepulo quatit atque fragorc, 

Germanam facicns scmper trepidare cohortcm. 

Altéra pars etiam belli non inscia fortis, 

excutiens ferrum, rabie conterret eadem 

infestos hostes, nullam prîsbetque quietem. 

Ast illos itidem vita spoliare laborat, 

ignivago fervens obscurat et aera fumo ; 

infîcit atque diem nebulis ubicumque creatis, 

imperat atque suis urbem munire potenter. 

Hinc fossas omnes adducto flumine complent, 

et multo muniunt ardenter mœnia saxo. 

Undique fervet opus, nec quisquam corpore languet ; 

mox aliqui portam confirmant objice firmo ; 

exesum pariter pr^e longo tenipore murum 

instaurant alii (ne rursum perforet hostis, 

quem cupiunt omnes occulta fallere fraude), 

ejus et introrsus durât custodia semper ; 

illum cooperit totum, mittitque ruentem : 

sic mutuis odiis legio flagrabat utrinque. 

Ante Saberninas arces generosius agmen 



LIVRE QUATRIÈME. 



17 



ennemis ; elle ne les fait pas moins éclater sous ses 
coups, en répandant une terreur continue dans les batail- 
lons des Germains. Le parti de nos ennemis, qui, de 
son côté, n'est pas étranger à la conduite vigoureuse de 
la guerre, lance aussi le fer contre nous ; il veut à son 
tour effrayer de ses fureurs ses adversaires ; il ne leur 
laisse aucun repos; il en veut à leur vie également. Dans 
sa rage, il répand au milieu des airs et le feu et la fumée ; 
il voile le jour des nuages qu'il soulève de tous côtés. 
Une puissante fortification est ordonnée dans la ville ; 
on introduit dans les fossés les eaux qui doivent les 
remplir; on s'empresse de renforcer les murailles par 
des pierres nombreuses. Partout on travaille avec ardeur; 
le repos n'est permis à personne. Les uns vont garnir 
les portes de poteaux solides ; d'autres réparent aussi les 
remparts ruinés par le temps, pour qu'ils soient à l'abri 
des coups de l'ennemi, qu'on cherche à entourer de mille 
pièges. En dedans se fait une garde permanente qui 
couvre toute l'étendue des murs et en éloigne les assail- 
lants. Telle est la haine mutuelle qui enflamme les deux 
armées. 

Devant les tours de Saverne une brave légion, arrivant 
en toute hâte des frontières de la Germanie, était 

RusTic. II. 2 



i8 



Germanis veniens tune festinantius oris, 

Aiistrasio régi sese conjunxerat ante. 

Inter quos aderas, o Dux Brunsvice Georgi ; 

vcnerat hue etiam fulgenti casside clarus 

ille cornes Rbeni quem dilexere videntes ; 

Nassalique Cornes venit, Sarpontiiius héros, 

Schencius atque Baro, nunquam lacerandus ab hoste ; 

hic erat armipotens et Thunius (i) ille Philippus, 

Bitscius atque Cornes Rhenhardus, pulcher in armis ; 

Isenburgus erat necnon Antonius (2) héros ; 

venerat et prudens Ferretius ille Joannes (3), 

Archiducis Ferdinandi legatus ab aula, 

Austria cui gratas felix submittit habenas. 

Principis ille sui peragens mandata repente, 

poplite curvato pro cunctis taliter infit ; 

cujus dicta bibunt suspensis auribus omnes : 

(( Austrasiœ Princeps, Fidei protector amanda^, 

urbis qui Solymae portas insignia sacra, 

perpétuas ago Ferdinandi nomine grates, 

debeo non quantas, sed quales lingua resolvit, 

conjuge quod niissa, natis pariterque relictis. 



LIVRE QUATRIÈME. 



venue se joindre au duc de Lorraine. Tu te trouvais 
là, duc Georges de Brunswick, et avec toi le Rhingraff 
au casque brillant, prince qu'on ne peut voir sans l'ai- 
mer ; et encore le comte de Nassau-Sarrebruck ; le baron 
Schenck, que jamais l'ennemi ne blessera, et le belli- 
queux Phillippe de Tliun, et le comte de Bitche, Rhein- 
hardt, si beau sous les armes, et le brave Antoine d'Isen- 
burg ; et aussi le sage Jean de Ferrette, ambassadeur de 
la cour de l'archiduc Ferdinand, prince par qui l'Autriche 
se plaît à être gouvernée. Pour s'acquitter promptement 
de sa mission, Jean incline le genou devant le duc, et 
lui parle ainsi en présence de tout son cortège attentif à 
recueillir les paroles de l'envoyé : «Souverain de la Lor- 
raine, protecteur de notre chère Religion, vous qui por- 
tez les insignes royaux de Solyme la sainte, je viens au 
nom de Ferdinand vous exprimer une reconnaissance 
éternelle, non pas telle qu'elle vous est due, mais telle 
que le langage humain peut la traduire, à vous qui, aban- 
donnant une épouse et des enfants, êtes venu à la tête 
d'une armée infliger un châtiment mérité à une plèbe qui 
méprise toutes les lois, se révolte contre les droits de ses 
seigneurs, et secoue le joug si léger de l'empire du 
Christ. Vous voulez qu'elle ne vienne plus attaquer les 



20 



fœdifragum vulgus, dominorum in jura rebelle 
atque jugum levius Christi post terga relinquens, 
agmine contracte pœna punire merenti 
veneris, Alsatix rursum ne régna lacessat, 
inque herum proprium capiat violentius arma : 
sic te nobilitas illustri laude fovebit, 
praeclarum et faciniis labiis extollet amicis. 
Nam citius Vogesum montem trux deseret ursus, 
atque Mosella prius natitanti pisce carebit, 
ardua quam tanti sileatur gloria facti, 
ceternaeque tuae subeant oblivia laudis. )) 
Haec ubi finivit Ferretius ille Joannes, 
ecce Saberninus linquens sua mœnia civis 
prxfecto cinctus verbum cupiebat habere 
cum Duce, juratum fingens componere fœdus, 
nec certare odiis, nec belli semina velle. 
Accepit placide quem clementissimus héros, 
ignarus tantse fraudis quam saevus alebat 
Christophilo régi, Fidei sacrseque ministris : 
at pactum fidei jam nullus in hoste requirat. 
Nam pacem quaerit dum falsijura propago, 



21 



contrées de l'Alsace, et qu'elle ne prenne plus avec tant 
de fureur les armes contre son maître légitime. Vous 
mériterez ainsi de la part de la noblesse le plus éclatant 
éloge, et vos brillants exploits seront sans cesse exaltés 
par des lèvres amies. Oui, l'ours cruel abandonnera les 
monts des Vosges, et la Moselle aura vu disparaître les 
poissons qui y nagent, avant qu'on ne cesse de redire 
de tels hauts faits, avant que votre immortelle gloire 
ne soit ensevelie dans l'oubli. » 



Jean de Ferrette avait fini de parler, quand des habi- 
tants de Saverne, appuyés de leur chef, abandonnent 
les murs de cette ville pour venir demander au duc un 
entretien, feignant de vouloir faire alliance avec lui, 
dans le but d'éteindre les haines qui existent entre eux 
et de mettre fin à la guerre. Notre souverain, si fort 
disposé à la clémence, les reçut avec douceur et sans se 
douter de l'horrible perfidie que les scélérats tramaient 
contre le prince chrétien et les ministres de notre sainte 
Religion. Mais qui espérerait de trouver de la bonne foi 
dans son ennemi ? Oui, en réclamant la paix, cette par- 



22 



LIBER aUARTUS. 



illa novos comités sibi conquirebat ubique, 
Aiistrasium pugilum valeat queis perdere turmam. 
Sed Deus armorum, Mavorte potentior omni, 
Susannam falso qui custodivit ab hoste, 
scit sibi fidentes équités servare potenter : 
solivagus veluti in nido passerculus alto, 
implumes pullos milvi défendit ab ungue. 

Sollicitât vulgus dum fictas fœdera pacis, 
ecce novos quidam Lotharingus iiuntiat hostes 
se vidisse gradi Lupsteno non procul agro, 
instructos variis armis, belloque féroces , 
undique proveniens sequitur quos m.agna supellex 
fecundse Cereris, blandi Bacchique liquoris, 
setigeri pecoris, pecudum quoque maxima turba , 
prcclautis epulis ventrem qui forte replebant, 
ultima sumentes l^eto convivia gestu ; 
nam subito victi stygiis mittentur in undis : 
ignorant homines quid vesper déférât illis. 

HoQc acies fortis, quam nostrum viderat agmen, 
quippe Saberninœ cupiebat jungier urbi ; 



LIVRE QUATRIÈME. 



23 



jure engeance cherche partout de nouveaux compHces 
pour perdre l'armée de Lorraine. Mais le Dieu des ba- 
tailles, supérieur à toutes les armées, et qui sut préser- 
ver d'un lâche complot l'innocente Susanne, peut sauver 
les guerriers qui ont confiance en lui , pareil au passe- 
reau solitaire au haut de son nid où il défend de l'ongle 
du milan ses petits encore sans plumes. 

Pendant que la populace sollicite les conditions d'une 
paix mensongère, voici qu'un Lorrain vient annoncer 
qu'il a vu d'autres ennemis s'avancer non loin de Lup- 
stein. Munis d'armes de tout genre, ils ne respirent que 
les combats; à leur suite marchent de grands approvi- 
sionnements qui arrivent dans toutes les directions : ce 
sont les présents de Cérès ; c'est la douce liqueur du 
divin Bacchus, puis des porcs aux longues soies, et un 
immense bétail. En ce moment la nouvelle horde se 
gorge dans un splendide festin, se livrant à toutes les 
joies d'un dernier repas : car, vaincue avant peu, elle 
sera précipitée dans les flots du Styx. L'homme ne sait 
pas le matin ce que lui réserve le soir. 

Cette troupe guerrière qu'avaient aperçue nos soldats 
désirait opérer sa jonction avec celle de Saverne; elle 



24 



credebat pariter quod miles clausus in illa, 
marte potens demum Austrasios exiret in hostes, 
et mucrone suo superatos vinceret omnes, 
Austrasiumque Ducem, Fidei sacrasque sequaces. 

Dux ubi cognovit populo referente tumultum, 
omnes ire jubet, totis accersere castris 
primores equitum, sibi qui narrata repente 
consultent cuncti, statuentes quid sit agendum. 
Martius eligitur toto suadente Senatu 
Guisius ille Cornes, qui surgens deleat agmen. 
Undique concurrunt équités et tela capessunt. 
Hune caput ardenti galea vestire videres ; 
fortibus ille humeris hastam portabat atrocem, 
et lateri cunctis gladius pendebat acutus. 
Per turmam graditur Princeps, omnesque tuetur, 
heroasque legit quos hic virtute potentes 
consilioque gravi reliquis praestare sciebat, 
qui secum subeant bellorum cuncta pericla. 

Strenuus bine Princeps, felix cui Guisa paret, 
alipedem conscendit equum, qui frena remordet, 
et pede saxigenas currendo spargit arenas, 



LIVRE QUATRIÈME. 



25 



pensait que l'armée puissante que renfermait la ville 
finirait par exécuter une sortie pour attaquer les Lor- 
rains hostiles, et qu'avec l'épée elle exterminerait en 
môme temps et le duc et tous les partisans de notre 
sainte Religion. 

En apprenant par la rumeur publique l'arrivée de ce 
tumultueux renfort, le duc envoie publier partout dans 
le camp que ses principaux chevaliers aient à venir près 
de lui pour délibérer sur ce dont il est instruit, et pour 
statuer sur le parti à prendre. L'assemblée tout entière 
choisit le brave comte de Guise pour aller anéantir les 
nouveaux ennemis. De tous côtés accourent les cheva- 
liers, qui prennent les armes. L'un couvre sa tête du 
casque étincelant ; l'autre charge fièrement d'une lance 
ses robustes épaules; tous suspendent à leur flanc l'épée 
à la lame affilée. Le prince s'avance au milieu des rangs, 
porte les regards partout, et choisit les braves qu'il sait 
l'emporter sur les autres et par la valeur et par la sagesse 
dans les conseils ; il veut qu'ils viennent partager avec 
lui tous les périls des combats. 

Alors l'intrépide maître à qui obéit l'heureuse ville 
de Guise monte un coursier rapide qui mord le frein et 
dont le pied dans sa course sème au loin la poussière ; 



26 



intenteque volât cervo velocior omni, 
quem canis in silva variis latratibus urgct. 

Guisius, ut spumantis equi salivit in armos, 
tune Vademonteus medio prodivit in agro, 
aurea quem vestis per totum corpus obibat ; 
cum multis ascendit equum sic Marchius héros. 
Bombardée sonitus reboat quam jusserat ante 
Guisius adduci, quo totus perstrepit aer, 
ingens atque tubae clangor per castra remugit. 
Tune Dux Austrasius fratrem complexus euntem 
h^erebat propius lacrymans, votisque repente 
indulget supplex, superum regemque precatur : 
(( Summe Deus mundi, qui regum flectis habenas, 
nuUius atque preces orantis despicis unquam, ^ 
fac tibi fidenti prosit miseratio semper, 
aligeri et de gente pia dimitte ministrum, 
cœlesti gladio qui totum lioc conterat agmen : 
Sennacherib ducis Assyrii ut fera castra peremit 
blasphemus fuerat superi qui nominis ultro, 
una qui truncat plus centum millia nocte 
armisonum pcditum, cervicem régis ad usque. 



27 



il vole plus impétueux et plus léger que le cerf pour- 
suivi au fond des forêts par les aboiements d'une meute. 

A peine le comte de Guise s'est-il élancé sur le dos 
de sa superbe monture, que Vaudémont, couvert d'un 
vêtement resplendissant d'or, apparaît dans la plaine, et 
avec lui le brave Lamarche et une nombreuse escorte 
de cavaliers. La bombarde amenée par les ordres du 
comte de Guise fait entendre un bruit formidable qui 
retentit dans les airs. Le son éclatant de la trompette y 
répond dans tout le camp. Alors le duc, tenant embrassé 
son frère, adresse en pleurant une ardente prière au 
maître du monde : « Dieu suprême, toi qui gouvernes les 
rois, toi qui jamais ne repoussas les humbles vœux des 
suppliants, daigne prendre en pitié ceux qui ont toujours 
mis en toi leur confiance. Envoie un de tes anges, un 
de tes pieux ministres qui, brandissant le céleste glaive, 
écrase tous nos ennemis. Qii'ils périssent comme jadis 
l'horrible armée de Sennachérib, roi d'Assyrie, blas- 
phémateur de ton nom divin, à qui dans une seule nuit 
un des exécuteurs ailés de ta vengeance enleva plus de 
cent mille soldats, n'épargnant que la tête du prince 
impie qui, saisi de terreur, s'enfuit, renonçant à ses expé- 
ditions et tremblant que la main des Parques ne le pré- 



28 



qui sua commotus fugiendo bella relinquit, 
illum ne Lachesis sub terrae centra rotaret. 
Sic surgens acies nostro quatiatur ab ense, 
pristina vel credens répétât prsesepia tandem, 
aut ad sacra prius per se demissa vocetur, 
odas et referam pro tanto munere dulces, 
cœlitum quoniam provenit ab sede triumphus, 
viribus humanis nullus convincitur hostis. » 

Taliter orabat veniam poscendo Lothringus. 
Jam nostris castris equitatus non piger ordo 
exierat, diros tendens properanter ad hostes. 
Saltus erat multum qui non distabat ab agro 
Lupsteno, e truncis ubi multum structa potenter 
machina surgebat suffixis undique tignis, 
quam trabe multiplici prudenter struxerat agmen, 
ut queat hostiles aditus arcere Lothringum. 
Hoc sua castra loco legio Lupstena tenebat. 
Guisia cui paret forti cum fratre Comarchus 
hue cito succedit bellantum plurima ducens 
corpora, militix qu^e sunt experta ferocis. 
Hi simul invadunt cunctis mirantibus hostem. 



LIVRE QUATRIÈME. 



29 



cipitât dans les profondeurs de la terre. Puisse notre 
épée frapper ainsi les ennemis soulevés contre nous ; ou 
que, revenant à sa foi primitive, cette populace regagne 
enfin ses étables, et reprenne le culte abandonné par 
elle! En retour d'un si grand bienfait nous entonnerons 
des cantiques joyeux : car il n'est pas de victoire qui ne 
soit due à la protection divine. Ce n'est pas à la puis- 
sance de l'homme qu'il faut attribuer la défaite de ses 
ennemis. » 

Telle fut la prière que fit le duc suppliant. Déjà les 
ardents chevaliers avaient quitté le camp, et se diri- 
geaient en toute hâte vers leurs cruels ennemis. Il y 
avait un bois peu distant de Lupstein ; là s'élevait un 
retranchement très-solide formé d'arbres tronqués , de 
pieux fixés partout dans le sol et de poutres multipliées, 
habilement réunies pour arrêter les attaques de l'armée 
lorraine. C'est là que les bandes des Rustauds de Lup- 
stein avaient établi leur camp. Là se précipite aussitôt 
le gouverneur, prince de Guise, avec son brave frère, 
entraînant une foule de guerriers experts dans les cruels 
combats. Alors ils attaquent, à la surprise générale, 
leurs adversaires, que le prince à la haute taille apos- 
trophe ainsi : « Campagnards trois fois malheureux, pour- 



30 LIBER QUARTUS. 



effatur quem sic pr^ecelso pectore Princeps : 
« Ter miseri agricolas, quienam sententia belli 
vobis fixa manet, vel quce discordia suasit 
hune aut hune graviter sic Marte lacessere forti, 
viribus atque ducem Lothringum perdere velie ? 
Adveniet tempus, rerum suadente monarcha, 
quuni certasse odiis nobiscum forte pudebit, 
ukio te divum quia sanguinolenta sequetur : 
non facilem veniam praegrandis culpa requirit, 
nam commissa prius générant peccata dolores. » 

Dixerat, impingens et equum cum cake citato , 
magnanimos équités illuc convertere telum 
ingenua virtute jubet, distendere nervos. 
Hinc Vademonteus Princeps irrumpit in hostes, 
atque rebellantes violento dissecat ense, 
neve suos l^dant deturbat robore forti, 
formosum corpus nulloque labore fatiscit, 
per médium frendens hostem crudescit in illum : 
ut leo fulmineus, quando specus acre ferarum — 
ingreditur, necnon pecoris genus omne trucidât. 
Q.uod facinus cernens Lotharingum cominus agmen, 



31 



quoi persistez-vous ainsi à lutter ? Qiiel ennemi de votre 
repos a pu vous engager à faire ainsi à tous une guerre 
sans merci ? Pourquoi vouloir immoler à votre fureur 
le duc de Lorraine ? Un temps viendra où Dieu per- 
mettra peut-être que vous rougissiez de vous être mon- 
trés ennemis si acharnés contre nous. La vengeance 
divine qui vous atteindra sera sanglante. Une grande 
faute obtient difficilement son pardon. Le châtiment 
vient à la suite de nos crimes. » 

Il dit, et de l'éperon poussant vivement son coursier, il 
ordonne à ses braves chevaliers, dont la valeur est innée, 
de tourner leurs armes du côté des rebelles et de bander 
leurs arcs. Le prince de Vaudémont s'élance alors contre 
les séditieux, qu'il met en pièces avec sa terrible épée ; 
son bras vigoureux détourne des siens les traits qui les 
menacent; il ne se dispense d'aucune des fatigues qui 
pourraient altérer sa beauté. Frémissant au milieu des 
ennemis, il s'acharne contre eux. Ainsi fait le lion quand, 
aussi rapide que la foudre, il pénètre dans les antres 
sauvages des bêtes fauves, et immole toutes les victimes 
qui tombent soùs ses ongles. L'armée de Lorraine, en 



32 LIBER Q.UARTUS. 



ad ducis exemplum mortifera praelia ducit, 
et sua tela ferox dextra contorquet utraque. 
Acriter arma crêpant, et figitur hostis ab hoste. 
nie cadit moriens rubra resupinus in herba, 
dilectam vitam donec emittat in auras, 
vulnere largifluo manans quassatur et alter ; 
multivago cursu pulvis consurgit equorum ; 
caedibus alternis pereunt immanius hostes, 
Austrasii pugiles Germanos atque lacerto 
audaci perimunt quos dura morte ligabant. 
Adverso postquam Lupsteni Marte gravantur, 
illorum ductor, dimissum sumere robur 
hortando socios, verbis affatur amicis, 
talibus atque jubet verbis cessare timorem: 
(( Teutonico, clamât, proceres a sanguine nati, 
infestos hostes toties qui Marte domastis, 
sic sinitis trepidi sociorum corpora s^evo 
funere trunca soli late super arva jacere, 
sicque ferae stragis magnum spectatis acervum, 
nec stupidum segnes animum revocatis ad arma 
et jam, cum fera bella manus viresque requirant 



33 



voyant l'intrépidité de son chef, est entraînée par son 
exemple à une lutte terrible ; de l'une et de l'autre main 
elle lance des traits meurtriers. Les armes retentissent 
avec violence; l'ennemi frappe l'ennemi. L'un tombe 
mourant sur l'herbe rougie, et, dans un dernier soupir, 
exhale une existence qui lui était chère. Un autre est 
atteint d'une blessure d'où coulent des flots de sang. 
Les coursiers font voler sous leurs pieds des nuages de 
poussière. Un horrible carnage fait des victimes tantôt 
dans une armée, tantôt dans l'autre. Les combattants 
lorrains renversent sous leurs bras indomptables les Ger- 
mains, destinés à une mort affreuse. Le chef des Rustauds 
de Lupstein les voyant accablés par les coups de l'en- 
nemi, les encourage à ressaisir la vigueur qui les aban- 
donne ; il les invite par des paroles amicales à bannir la 
crainte qui les paralyse : « Enfants de la Germanie, élite 
de votre patrie, s'écrie-t-il, vous qui tant de fois avez 
triomphé d'ennemis acharnés, pourquoi dans votre ter- 
reur laissez-vous ainsi gisants sur le sol les cadavres 
de vos compagnons cruellement mutilés ? Est-ce ainsi 
qu'il faut regarder ces monceaux de victimes d'un 
affreux carnage ? Pourquoi ne pas rappeler le courage 
dans votre âme inerte et engourdie? Eh quoi ! une guerre 



34 



LIBER QUARTUS. 



proh pudor ! Austrasio video pallere sub ense : 
ut trépidant homines violentée tigridis iram, 
illi dum catulos venator ceperit omnes. 
At proprias sedes, dulces liquistis et agros, 
atque domi natos et charae conjugis ora, 
imperio ut vestro valeatis subdere mundum, 
et jam deficiunt in primo limine vires ! 
Perdere sic vitam modo formidatis acerbam ! 
Vita hominum semper bulla celcrantior omni. » 

Taliter incendit socios Praefectus ad arma ; 
ad Mavortis opus sic mollia corda momordit. 
Mox acres redeunt ad pristina bella phalanges 
Lupstenae, et contra nostros impensius instant, 
Austrasium turbant armisque ferocius agmen. 
Pulvere sparsa manus Cceco maculatur utrinque, 
et tellus cœpit turpi manare cruore, 
horroremque movent caesorum corpora mœstum ; 
ilia dejecto saliebant corpore multis, 
atque dabat sonitum collabens triste cadaver, 
hastae multorum et spargebat corpora cuspis. 



LIVRE QUATRIÈME. 



35 



terrible réclame des bras nerveux, et je vous vois, ô 
honte! pâlir sous les coups de l'épée de Lorraine. Ainsi 
tremblent des voyageurs à la vue d'une tigresse furieuse 
dont le chasseur a enlevé tous les petits. Mais vous 
avez abandonné vos propres demeures, vos champs aux- 
quels vous teniez ; vous vous êtes privés de la vue d'une 
épouse bien-aimée et d'enfants chéris, pour courir sou- 
mettre le monde à vos lois, et déjà les forces vous 
manquent, quand vous avez encore le pied sur le seuil ! 
Craignez-vous donc de perdre une vie qui a si peu 
d'attraits ? L'existence des hommes cesse plus vite que 
la bulle qui s'élève sur l'eau. » 

C'est ainsi que Gerber cherche à enflammer les siens 
d'une ardeur martiale ; c'est par ces paroles mordantes 
qu'il pousse à la lutte leurs cœurs timides. Les batail- 
lons de Lupstein reviennent bientôt pleins de zèle au 
combat ; ils font de nouveaux efforts contre les nôtres. 
L'armée de Lorraine se sent attaquée plus énergique- 
ment. Des tourbillons d'une poussière qui aveugle 
s'élèvent des deux côtés, et le sang recommence à souil- 
ler la terre. Les blessures des mourants excitent la pitié 
et l'horreur. Les entrailles de plusieurs s'échappent de 
leurs cadavres. D'autres en tombant font entendre un 



36 



LIBER QUARTUS. 



Non procul ut vidit tôt caedes Guisius héros, 
irruit in cuneos hostiles fulminis instar; 
quem sequitur frater, vibrando fortius ensem, 
exitio grandi muhis venturus ubique. 
Armipotens pariter comitatur Marchius héros, 
et pugilum propius Lotharingum pulchra juventus, 
ItaHcaeque manus glomeratur plurima turba. 
Jam résonant galeae, gladius gladiumque retrudit ; 
pectoribusque virum miscentur pectora muha, 
nostratesque suos invadunt cominus hostes, 
atque lacertoso concussam robore molem 
Lupstense gentis, quam ligno struxerat ante, 
gnaviter effractis truncis, evertere curant, 
scindere nec cessant violenta ligna securi. 
Dum destructa ruit sublimis machina belli, 
fortius hinc instans Lotharingus percutit hostem, 
quem cupit impavido miserum pervertere Marte. 
Auditur sonitus, conscendit ad aera clamor, 
pesque pedem tangit compressus in ordine ssepe, 
praetremulo fulgore micans splendescit et ensis. 
Audax commentum inveniens quo terreat hostem, 



LIVRE QUATRIÈME. 



37 



bruit qui attriste. Beaucoup périssent atteints par la 
pointe des lances. Le comte de Guise, à la vue de tant de 
carnage, s'élance comme la foudre au milieu des rangs 
ennemis. Son frère le suit en agitant sa terrible épée, 
qui doit être fatale à une foule de victimes. A côté d'eux 
s'avance l'héroïque de Lamarche; la belle jeunesse lor- 
raine les accompagne , et près d'eux s'agglomère la 
troupe des Italiens. Déjà les casques retentissent ; le 
glaive repousse le glaive ; les poitrines se pressent contre 
les poitrines. Les nôtres serrent de près ceux qui les 
assaillent. Ils ébranlent d'un bras nerveux les retranche- 
ments de bois élevés par leurs adversaires ; ils en bri- 
sent sans relâche les poutres, et cherchent à détruire 
l'obstacle qu'on leur a opposé. Ils ne cessent de couper 
avec la terrible hache, jusqu'à ce que par des assauts 
multipliés la formidable machine de guerre s'écroule 
abattue. Alors les Lorrains redoublent d'ardeur ; ils 
exterminent sans s'émouvoir les malheureux qu'ils 
attaquent. Partout le bruit, partout les clameurs s'élèvent 
dans les airs. Souvent dans les rangs serrés le pied presse 
le pied. L'épée resplendit d'un éclat, prélude de la ter- 
reur. Recourant à une ruse audacieuse pour effrayer 
l'ennemi, nos cavaliers transportent sur leurs chevaux 



38 



LIBER QUARTUS. 



noster eques peditem dorso vectabat equino, 
tormentis late qui vastat cuncta sonoris : 
ut grando crepitans segetis conculcat acervum. 
Nostra manus dum sic Lupstenum surgit in agmen, 
illius incipiunt turmae languescere vires, 
anxius atque timor per inertia corpora currit : 
hi pallentque metu, veluti dum grana colonum 
lecta labore gravi compilant omnia fures, 
sic cito Lupstenos belli timor impetit omnes ; 
suffugio repetunt turpi sua tecta repente, 
corpora dum cecidisse vident permulta suorum. 
Agminis ut vidit retrahentis forte recessum 
Guisius, in medios currendo convolât hostes, 
in quos flectit equum radiantem corpore toto, 
sub pede ferrato cui tellus tota tremiscit ; 
quem Vadeniontis herus, properantis turbinis instar, 
instanter sequitur cum multis pr^elia miscens. 
Nil intentatum Lotharingi linquere gaudent, 
ut valeant aciem Lupstenam perdere bello, 
eu jus bellando turmatim castra sequuntur 
gnaviter, et vallum confectum frangere tentant, 



LIVRE QUATRIÈME. 



39 



avec eux des fantassins dont les armes retentissent et 
répandent au loin la mort, comme la grêle sonore broie 
les moissons. Ainsi attaquées par nos troupes, celles de 
Lupstein commencent à perdre leur vigueur. Bientôt 
l'inquiétude et la crainte parcourent leurs membres 
paralysés; la pâleur et l'effroi s'étalent sur leur visage, 
comme sur celui du laboureur quand les larrons vien- 
nent lui ravir le blé qu'il avait receuilli après tant de 
fatigues. Ainsi terrifiés, tous ceux de Lupstein s'aban- 
donnent à une fuite honteuse et regagnent avec pré- 
cipitation leurs demeures à la vue des nombreux 
cadavres des leurs étendus sur le champ de bataille. En 
apercevant les ennemis qui songent à la retraite. Guise 
se précipite au milieu d'eux; il tourne contre eux son 
brillant cheval de bataille, dont le sabot de fer fait 
trembler au loin le sol. Vaudémont s'avance avec lui, 
comme un tourbillon emporté par le vent, et livre une 
foule de combats. Les Lorrains recourent sans peine à 
tous les moyens d'attaque, afin d'anéantir les bandes 
de Lupstein. Ils assaillent leur camp avec de belli- 
queux escadrons; ils essaient de briser les retranche- 
ments, afin d'ouvrir un passage accessible à l'infan- 
terie et de venir ainsi en aide à leurs compagnons 



40 



LIBER Q.UARTUS. 



Ut valeant équités sociis afferre salutein, 
atque gregi peditum loca pervia reddere toti : 
illuc Austrasiana manus convenerat omnis. 
Alipedem descendit equum tune Guisius héros, 
militiam atque pedes cum fratre exercet aceroam ; 
obstans qui vallum, pugilum prohibente corona, 
primus confregit, diro patefecit et hosti, 
aggere dirupto, consternit et agmina Princeps. 
Continue strages per campum cernitur ingens : 
ultima Germanis solvit mors vincuîa vitae, 
Martius atque ensis multorum casde rubescit, 
ferrata atque cruor solea calcatur equorum, 
et cerebro turpis sanies ebullit aperto. 
Ductor funerea percussus caede suorum, 
ira turbatas cœpit vexare medullas, 
illeque vociferans dixit non digna relatu : 
«Non pudet, o socii, mentem maculasse timoré, 
a castris hosteni qui non arcere potestis, 
hune numéro quanquam belli superetis et arte, 
et locus auxilium donet subHmior ingens ? 
huic alacres hosti vestris occurrite tehs, 



LIVRE QUATRIÈME. 



41 



menacés. Tous les bataillons lorrains sont présents. 
Alors le brave Guise descend de son rapide coursier ; 
devenu fantassin, il entreprend avec son frère une lutte 
acharnée. Malgré le cortège des combattants qui l'en- 
tourent, il veut le premier rompre les retranchements 
qui font obstacle, et ouvrir un passage jusqu'à ses ter- 
ribles adversaires. Une fois les remparts tombés , le 
prince attaque les bataillons hostiles ; aussitôt il se fait 
dans la plaine un affreux massacre. La mort vient briser 
les derniers liens qui rattachent les Germains à la vie. 
L'épée redoutable se teint du sang de nombreuses vic- 
times ; le sabot de fer des coursiers s'y baigne. La cer- 
velle, ô horreur! jaillit des crânes entr'ouverts. Gerber, 
à la vue des nombreux cadavres des siens, commence à 
se livrer à tous les emportements de la colère ; il voci- 
fère des blasphèmes qu'il n'est point permis de répéter : 
«Compagnons, s'écrie-t-il, n'avez-vous pas honte de céder 
ainsi à la crainte ? Quoi ! vous ne pouvez pas repousser 
vos ennemis loin de votre camp ! Pourtant vous leur 
êtes supérieurs en nombre et en habileté, et votre posi- 
tion dominante est pour vous un solide auxiliaire. Atta- 
quez donc avec ardeur cet adversaire qui ose vous 
résister et vous faire face. Vos bras, devenus plus mous 



4^ 



LIBER Q.UARTUS. 



durando qui vos invadcre cominus audet. 
Numquid facta modo sunt fenea brachia vobis ? 
hoc qui tutari vallum virtute nequistis, 
unde necem timeo ne nos toleremus acerbam, 
extrema et venisse simul jam tempora vitae, 
imbelles ubi cognovit Lotharingius hostcs. 
Nunc igitur revocate animos, cegrumque pavorem, 
vestra manus quoniam grandi concrescit accrvo. « 

Sic socios animât gencroso pectore Ductor. 
Postea Lupstcnus pallet formidine nullus ; 
propterea murmur sese per sidera tollit ; 
buccina terribilis tumefacto personat ore, 
Lupstenosque vocat cuneos ad bella minaces. 
Hi, stantes per castra, fero crescente tumultu, 
certabant pugnœ cupidi, et coicre phalanges ; 
quin etiam mutuo socios hortantur ad arma, 
et multis Mavors bellaces reddidit artus. 
Inter utramque manum bello confligitur acri ; 
discurrit passim Ductor nostrosque fatigat, 
inter pugnantes se conjungendo potenter, 
illorumque animos firma virtute fovebat, 



LIVRE QUATRIÈME. 



43 



que le foin, ne peuvent-ils plus défendre nos redoutes ? 
Je crains que bientôt nous ne périssions d'une mort 
affreuse, et que notre dernière heure ne soit sonnée, 
depuis que les Lorrains ont reconnu en nous de lâches 
ennemis. Reprenez donc courage ; chassez une crainte 
énervante : vos bataillons vont recevoir de grands ren- 
forts. » 

C'est ainsi que leur valeureux chef anime les Rustauds. 
La peur les a quittés ; leurs cris remplissent les airs. Le 
clairon terrible retentit partout, rappelant au combat les 
bataillons menaçants. Au milieu d'un tumulte horrible 
et croissant, l'ennemi s'arrête, provocateur et désireux 
d'en venir aux mains avec nos phalanges ; tous s'exhor- 
tent mutuellement à la lutte ; une vigueur martiale renaît 
dans tous leurs membres. Les deux armées se font une 
guerre acharnée. Gerber court de tous côtés et fatigue 
les nôtres. En parvenant à se placer au milieu des com- 
battants il entretient dans l'âme des siens un courage à 
toute épreuve, et les a rendus capables d'une résistance 
terrible : dans leur camp ils attendent les nôtres de 
pied ferme. La joie les exalte; ils comptent rester vie- 



44 



LIBER Q.UARTUS. 



ad bellumque ferum validos et reddidit omnes, 
qui, pedibus firmi, Austrasiis in castra minantur. 
Illos laetitia mox exultare videres, 
nam tune victores sperabant posse nianere. 
Hanc ubi lostitiam vidit Guiseius héros, 
per laceras strages, ira concussus atroci, 
prosiliit cum fratre suo. Ut de vertice montis 
horrisonus torrens, per concava saxa rotando, 
ruptas praicipitat violente turbine rupes, 
agmen non aliter Lupstenum Guisius omne 
valde terrificat belli fragore ferocis, 
ferventes apium veluti cecidisset in iras ; 
hoc facto atque suos animi virtute replevit ; 
omnis segnities mentis discessit ab illis. 
Mortem nemo fugit, sudatuni nemo laborem. 
Tune equitum manui nostri miscentur ubique 
multaque Lupstenae legionis corpora fundunt ; 
illis transadigunt jugulum teloque profundo, 
atque ruunt onines quo fervet densius agmen, 
confertumque magis cuneum truncando refringunt 
robore, quem pénétrant superando castra superba. 



LIVRE QUATRIÈME. 



4) 



torieux. A la vue de cet enthousiasme, le brave Guise, se 
livrant à un violent courroux, s'élance avec son frère au 
milieu du carnage. Comme du haut d'une montagne se 
précipite un torrent au bruit formidable, roulant' le long 
des roches qu'il a creusées leurs débris, que dans sa 
course effrayante il emporte avec lui, ainsi Guise répand 
par le fracas terrible des armes la terreur dans les bandes 
de Lupstein. On le dirait tombé au milieu d'abeilles en 
fureur. L'ardeur qui l'anime passe dans l'âme des 
siens. Tout engourdissement a fui de leurs cœurs ; nul 
ne s'arrête devant la mort ; nul ne recule devant la fa- 
tigue. Nos fantassins se mêlent partout à la cavalerie ; 
ils immolent des milliers d'ennemis. Ils leur lancent des 
traits qui pénètrent profondément dans la gorge ; ils se 
précipitent partout où les rangs se présentent plus serrés. 
Ils rompent et mutilent les épais bataillons qu'ils 
ouvrent par la force, et pénètrent en vainqueurs dans 
un camp trop sûr de lui-même. Alors commence le 
carnage ; alors s'avance la défaite avec toutes ses rigueurs. 
L'ennemi frappé est, dans sa chute bruyante, foulé par 
les pieds des coursiers. Les Germains, en voyant tant 
de vigueur, s'abandonnent au désespoir ; ils commencent 
à reculer, et, saisis de la crainte de la mort, ils n'osent 



46 



LIBER QUARTUS. 



Tune surgit caedes, tune insilit aspera clades 
Lupstenae gentis, quae conquassatur ab hoste, 
et sonitum dando pedibus calcatur equorum. 
Has ubi conspexit vires Germanus in hoste, 
despondet mentera, rétro discedere cœpit, 
atque pavore necis nostrum non pertulit ensem ; 
propterea repetit Lupstena tecta repente : 
non quod terga daret nobis, sed cedere norat, 
paulatim nostros inhians torquere potenter, 
quos semper pugnans infestât cominus omnes. 
Ignipedum legio cernens hxc fortis equorum, 
Guisanusque Cornes, respersus pulvere multo, 
hostibus innumeris vitam perfundere cogit ; 
nostratum procerum sequitur quem plurima turba ; 
ductorem sequitur : veluti pccus omne bidentum, 
graminis aestivi duni pinguia pascua carpit, 
sic heroa subit quaevis Lotharinga juventus, 
quse glomerata simul crepitando talibus instat 
ictibus, ut Lupstena manus tolerare nequiret. 
Propterea socios Ductor retrahebat ab armis, 
œdes qui repetunt vitas quaerendo salutem , 



LIVRE QUATRIÈME. 



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plus regarder nos épées. Aussi se hâtent-ils de reprendre 
le chemin de Lupstein. Ils ne reculent pas encore, mais 
ils songent à se retirer. Désirant faire plier peu à peu 
les nôtres, ils ne cessent de les combattre de près. Nos 
braves sur leurs coursiers aux pieds de feu s'en aper- 
çoivent, et le comte de Guise, couvert de poussière, se 
hâte de faire tomber sous ses coups des milliers d'enne- 
mis. Il est environné d'un nombreux cortège de nobles. 
Comme les brebis suivent le chef du troupeau, quand 
pendant l'été elles vont se nourrir au gras pâturage, ainsi 
toute la jeunesse lorraine suit le héros. Massée autour 
de lui, elle pousse des cris, et presse tellement l'ennemi 
qu'il ne peut résister. Aussi Gerber rappelle ses compa- 
gnons qui cherchent leur salut en regagnant les maisons 
ou en pénétrant dans le temple qu'ils ont rempli de bu- 
tin. Ils ne veulent pas se rendre à leur illustre vainqueur, 
bien que, d'après l'ordre de ses braves chefs , un héraut 
leur en ait adressé l'invitation. Dès que la noblesse lorraine 
est instruite de leur obstination, elle lance sans obstacle 
des feux dévorants. Que faire ? quand les lois de la 
guerre permettent de repousser la perfidie par la perfidie, 
et de réprimer la violence par la violence. La flamme 
vole au loin, et s'élance avec rapidité dans les airs ; elle 



48 



impletum prasda pariter templumque subintrant, 
hosti nec sese voluerunt dedere tanto, 
heroum jussu prseco licet ante rogasset. 
Hoc simul ac proceres factum sensere Lothringi, 
immittunt ignem nullo prohibente voracem. 
Quid facerent, fraudera cum jura repellere fraude 
Martia permittunt, vim vique retundere gaudent ? 
Flamma volât late, et celeres se tollit in auras, 
et rimas penetrans multorum tecta domorum 
corripit, et tigno fumât domus omnis adempto , 
magnse cum parvis pereunt et protinus aedes, 
Lupstenas et opes incendia tristia perdunt ! 
Neque Deum quivis commotum diceret illis : 
cum praedone suo templis abrasa sacratis 
prseda périt, scortillorum quoque dépérit aurum : 
res maie parta citis sic evanescit in horis. 
Et, quoniam multi nequeunt tolerare calorem 
undique surgentis fumi, calidumque vaporem 
summa domus, nimis, heu! sero fastigia scandunt, 
extenduntque manus extra, veniamque precantur, 
dedentes signo sese, sed nullus adibat. 



LIVRE QUATRIÈME. 



49 



pénètre par les ouvertures dans l'intérieur d'une foule 
de maisons auxquelles elle s'attache. Les poutres brûlent 
et avec elles tout l'édifice. Les simples demeures 
s'anéantissent comme les orgueilleux bâtiments. Toutes 
les richesses de Lupstein s'abîment dans un lugubre in- 
cendie. On dirait que la divinité reste insensible ; elle 
laisse périr avec celui qui les a dépouillés les saints tem- 
ples et leurs trésors. L'or des femmes perdues disparaît 
avec elles. En peu d'heures, tant de bien mal acquis a 
cessé d'exister. Beaucoup voudraient échapper à un feu 
intolérable, à la fumée et aux vapeurs brûlantes qui 
s'élèvent partout. Ils montent, trop tard hélas! jusqu'aux 
sommets de leurs demeures; ils tendent les mains, de- 
mandent grâce, font signe qu'ils se rendent ; mais per- 
sonne n'ose approcher, dans la crainte qu'en voulant 
porter du secours aux autres, on ne soit victime de son 
dévouement. Tous périssent, et avec eux les derniers 
débris de leurs maisons. C'est ainsi que souvent Dieu, 
renonçant à l'indulgence, châtie les coupables et ne 
laisse aucun crime impuni. 



KUSTIC. 11. 



4 



LIBER (iUARTUS. 



ne, dum ferret opem, fumus convolveret illum. 
Sic pereunt omnes, supercst et quidquid in i^de : 
s^pe Deus sontes sic, mansuetudine missa , 
castigat, nullumque scelus deniittit inultum. 

Hac in Lupstena peditum sex millia strage . 
caesa jacere fero a nostris numerantur in agro, 
et pedites octo e Francis mansisse sub antris : 
Antiochum sic ense fugans Machabaeus Judas, 
cum tribus instructis maie secum millibus astans, 
de grege verporum truncavit millia quinque, 
in Doniini populum caute qui miserat ensem, 
perdidit atque ducem Lysiam cum gente potentem, 
fixerat in Bethoro sua dum tentoria late. 

Lupstenos postquam divino Marte jacentes 
combustis castris, stricto superaverat ense 
Austrasiana manus, celebri jucunda triumpho, 
dimissum repetit Lotharingi Principis agmen 
ante Saberninas arces dominumque salutat, 
atque suo quidquid sortis contigerit hosti 
illi denarrat scrutanti plurima vcrbo, 
atque ait ut Vademontis herus bellando rotabat 



LIVRE QUATRIÈME. 



51 



On compte que, dans le massacre de Lupstein, il périt 
six mille hommes, dont les cadavres demeurèrent éten- 
dus dans la plaine sanglante. Du côté des Français, huit 
fantassins restèrent dans les grottes. Ainsi Judas Mac- 
chabée chassant devant lui Antiochus, l'épée dans les 
reins, et n'ayant que trois mille hommes mal équipés, 
immola un troupeau de cinq mille circoncis qui avaient 
attaqué perfidement le peuple de Dieu, et fit périr Lysias 
et son armée campée à Béthoron. 

Lorsque, soutenue par le bras divin, la troupe lor- 
raine a immolé avec l'épée dans leur camp incendié les 
bandes de Lupstein, tout heureuse de ce grand triom- 
phe, elle rejoint l'armée ducale, et vient saluer son sou- 
verain qu'elle avait laissé devant les remparts de Sa- 
verne. Elle vient lui apprendre le sort de ses ennemis et 
répondre à ses nombreuses questions. Elle dit comment 
Vaudémont agitait dans la bataille sa terrible épée, 
comme il se précipitait au milieu des rangs ennemis. 



52 LIBER QUARTUS. 



fulmineum gladium, inque suos irruperit hostes : 
ut lupus ad pecudes cursu concurrit anhelo, 
dumosis illas includens vepribus omnes. 

Haec ubi cognovit Princeps Antonius acta, 
sic Christo supplex epinicia solvere cœpit : 
« Rerum summe parens, soboles cequœva parentis, 
ieterno semper qui dirigis omnia nutu 
quse produxisti, necnon luxata resolvis, 
et placido vultu clemens quo cuncta reguntur, 
rite status mundi magna cum laude gubernas ; 
hos veluti tibi dilectos nunc pace quieta 
quippe foves, illos et forti Marte repellis, 
ut visum fuerit tibi juste cuncta regenti. 
Nam ducibus nostris vires, animumque potentem 
donasti, in prsedam ne gentibus hisce daremur, 
qui jugulos nostros furibunda mente petebant. 
Illorum laqueos tua sed miseratio rupit, 
et licet indignes justo servavit ab ense, 
venantum veluti se passer protegit esca. » 



Christo sic proceres omnes epinicia solvunt. 



LIVRE QUATRIÈME. 



53 



Ainsi le loup s'élance haletant sur les brebis et les tient 
renfermées dans les épais buissons. 

Instruit des exploits de ses troupes, le prince adresse 
au Christ d'humbles remerciements pour la victoire 
qu'il vient de remporter : « Père souverain du monde, 
fils dont l'âge est le même que celui de son père, toi 
dont la volonté règle de toute éternité l'univers qui est 
ton oeuvre, toi qui guéris les blessures, toi qui avec tant 
de calme et de bonté ordonnes tout et maintiens si 
glorieusement l'équilibre général, tu accordes aux uns 
les douceurs de la paix, comme s'ils étaient favorisés de 
toi, et tu combats les autres victorieusement, selon que 
l'a décidé ta suprême justice. C'est ainsi que tu as donné 
la vigueur et le courage indomptable aux chefs de nos 
troupes, pour que nous ne fussions pas la proie de nos 
ennemis, qui en voulaient à notre vie et nous atta- 
quaient avec tant de fureur. Ta pitié a rompu les filets 
dans lesquels ils voulaient nous prendre, et tu nous as 
préservés, quoique indignes, des coups de l'épée qui nous 
aurait justement frappés. Ainsi l'oiseau échappe aux 
appâts des chasseurs. » 

La noblesse tout entière adresse au Christ les mêmes 



54 



LIBER QUARTUS. 



His actis precibus, tibicen per castra repente 
clangorem crepulum fecit resonare tubarum, 
terribilis sonitus donec pervenit ad urbem 
obsessam, clauses stupidoque pavore replevit ; 
mœnia nam credunt sua nos invadere velle. 
Dum cum fratre suo Lupstenum csederet agmen 
Guisanus Princeps, comitatus milite multo, 
castra Saberninus petiit nostratia civis, 
ut cum rege pio feriat sacra fœdera pacis. 
Qui, fratris cuneum postquam ad sua castra redisse 
vidit, concilium, concussum murmure nullo, 
convocat ad sese; nullus jam defuit héros. 
Tune tacuere duces intentis auribus omnes ; 
inde loco Dux Austrasius surrexit ab alto, 
atque sibi properanter ab hoste petita recenset 
fœdera quce pacis legio sancire volebat, 
c3esorum postquam sociorum vulnera cernit, 
illeque sic orsus mentis décréta resolvit : 
« Invicti heroes, simul et tu, Guisie Claudi, 
quem docuit multum saevi experientia belli , 
in quo continue primo es versatus ab oevo , 



LIVRE QUATRIÈME, 



55 



actions de grâces. Après cette prière, on entend tout à 
coup retentir dans le camp le son éclatant du clairon. 
Ce signal terrible arrive aux oreilles de la ville assiégée ; 
il remplit de crainte et de stupeur ceux qui y sont ren- 
fermés ; ils tremblent que nous ne voulions prendre d'as- 
saut leurs remparts. Pendant que le comte de Guise avec 
son frère et leurs nombreux soldats immolaient les re- 
belles de Lupstein, des habitants de Saverne se rendirent 
à notre camp pour conclure avec notre pieux Duc une 
paix inviolable. En apprenant le retour de son frère, 
Antoine convoque un conseil secret ; nul guerrier n'y 
manque. Tous se tiennent attentifs et silencieux, et le 
prince, se levant de la place qui domine l'assemblée, 
annonce que les ennemis réclament en hâte et sont prêts 
à souscrire un traité de paix avec d'autant plus d'em- 
pressement qu'ils sont instruits des pertes éprouvées par 
les leurs. Alors le Duc déclare ainsi sa résolution: «Sol- 
dats invincibles, et toi. Guise, si expérimenté dans la 
science terrible des combats que tu as sans cesse étudiée 
depuis ton âge le plus tendre, apprenez ce qu'en votre 
absence les Rustauds nous ont demandé. Ils promettent 
de se retirer tous de Saverne et de nous abandonner 
cette ville où abondent l'argent et les armes. Ils répare- 



LIBER QUARTUS. 



accipe quae populus, te non praesente, requirat : 
ille Saberninam, gazis armisque refertam, 
reddere promittit, cunctis cedentibus urbem ; 
reddetur jactura locis illata sacratis, 
restituetque gregi nequiter parata potentum ; 
solvetur pariter Brubacius ille Joannes , 
quem modo sub freno nostris in saltibus ante 
miserat inclusum vinclis et carcere caeco ; 
hune impune prius tetris emittet ab antris ; 
illi quin etiam tanto in discrimine rerum, 
ante aras jurare parant se tollere fraudem, 
atque vades centum cito de primoribus urbis 
hi dare promittunt, pacis ne fœdera scindant, 
si necis immunes illos mittamus abire. 
Et, ne vos teneam longis ambagibus omnes, 
imprimis dicam quse sit sententia nobis : 
sint injusta licet Germanas prselia gentis, 
nolim tôt pugiles ablutos sanguine Christi, 
quos aqua baptismatis adhuc aspergine sacro 
lustravit, Stygii cymbae mandare Charontis. 
Forsitan Altitonans illorum moUiet iram , 



LIVRE QUATRIÈME. 



57 



ront les dommages éprouvés par les saints temples ; ils 
restitueront ce qu'ils ont méchamment enlevé à la no- 
blesse. Jean Brubach obtiendra sa délivrance, lui qu'ils 
ont fait prisonnier naguère dans nos bois, et qu'ils 
tenaient enchaîné dans une horrible prison. Il sera tiré 
sain et sauf de son affreux cachot. Dans le malheur qui 
les accable, ils s'engagent même à témoigner de leur 
sincérité aux pieds des autels, et, pour preuve qu'ils ne 
veulent pas rompre le traité, ils s'obligent de remettre 
au plus tôt entre nos mains cent otages les plus consi- 
dérables de la ville, si nous voulons laisser partir nos 
ennemis, la vie sauve. Pour couper court à tous les am- 
bages, je vais tout d'abord vous dire quel est mon avis. 
Bien que la nation germaine nous ait fait une guerre 
injuste, je ne voudrais pas que tant d'hommes, purifiés 
par le sang du Christ, et qui ont reçu la sainte aspersion 
de l'eau du baptême, fussent précipités au fond des en- 
fers. Peut-être celui qui lance la foudre saura-t-il apaiser 
leur fureur comme le feu par son approche fond la cire 
légère. J'attendrai donc les temps marqués pour la divine 
moisson ; je ne veux pas anéantir ces guerriers dans une 
lutte suprême. Il suffit que Brubach soit tiré de sa triste 
prison, et que nos adversaires reviennent à la religion 



LIBER QUARTUS. 



sicut cera levis Vulcano admota liquescit. 
Expectabo igitur divinx tempora messis, 
illos nec toto luctans conamine perdam, 
dummodo Brubacius vinclis solvatur amaris, 
priscaque Relligio penetret sua pectora rursum 
viribus effrenis regalis quippe potestas 
parcius utatur : nutrit clementia regnum ; 
ad nihilum rediit mentisque ferocia regum. » 

Dixerat et multis placuit clementia tanti 
Principis. At subito surgens Guiseius héros, 
quid sedeat menti tali sermone recludit : 
i( Sic, Proceres, hostis cauti pellacia fallax, 
multaque vis fandi sensus eludit acutos ! 
Justitiae sanctœ immemores, rerumque sacrarum, 
sumere non vultis pro tanto crimine pœnas ! 
Ad veniam facilis scelerum dilatât habenas ; 
qui malefacta virum sic impunita relinquit, 
criminis alterni nutritor creditur esse. 
Viribus hanc igitur totis extinguere flammam 
maturate cito, ne per tôt celsa domorum 
tecta repat, late degustans limina regum, 



LIVRE QUATRIÈME. 



59 



qu'ils professaient jadis. Le pouvoir royal doit savoir 
se modérer et s'imposer un frein. La clémence main- 
tient les États ; l'inflexibilité des princes n'aboutit à rien. » 



11 dit, et beaucoup sont charmés de la douceur du 
souverain; mais le belliqueux Guise se levant tout à 
coup dévoile en ces termes les résolutions que renfermait 
son âme : «Est-ce ainsi, dit-il, nobles seigneurs, que vous 
appréciez la fourberie de nos ennemis ? L'astucieuse per- 
fidie de ces cauteleux adversaires et leur verbiage facile 
ont-ils pu se jouer de la sorte de votre pénétration ? Ils 
ont oublié les droits sacrés de la justice et de la reli- 
gion, et vous ne voulez pas châtier de si grands cou- 
pables ! Celui qui pardonne aisément lâche les rênes au 
mal. Que les méfaits des hommes restent impunis, on 
croira que vous encouragez leurs auteurs à de nouveaux 
crimes. Hâtez-vous donc de faire tous vos efforts pour 
éteindre une flamme qui menace d'incendier tant de 



6o 



excrescensque novum pariter compescite virus, 
ne maie credentem subvertat protinus orbem ; 
vel sacra Relligio multis servata diebus, 
prospéra qute nobis per tôt effloruit annos, 
per cunctas mundi statuât discedere terras. 
Scilicet hune populum confectum crimine multo, 
nunc servare fidem credam, ictaque fœdera pacis, 
qui fidei fœdus toties deluserit astu, 
qui veterem legem toties abolere pararit, 
armis qui tantos oppresserit atque potcntes, 
quique dies festos passim violare poposcit ! 
Haec igitur legio quas nihil dimisit inausum 
ense gravi pereat, nulles évadât et ictus, 
ne nos invadens vesano Marte trucidet. » 

His dictis murmur propius miscere sonorum 
Austrasii régis per fortia castra videres. 
Sunt qui Germanos omnes absumere ferro 
décernant, clausaque illos invadere in urbe, 
totius et vulgi cupiunt delêre furorem. 



LIVRE QUATRIÈME. 



6l 



maisons et de s'étendre jusqu'au seuil du palais des rois. 
Arrêtez une contagion récente et qui va se propager. 
Craignez que des croyances mauvaises n'amènent le 
bouleversement du monde ; et que notre sainte religion, 
qui subsiste depuis tant de siècles, et qui parmi nous 
s'est maintenue florissante pendant tant d'années, ne 
résolve d'abandonner la terre entière. Pourrai-je bien 
croire qu'un peuple souillé de tant de forfaits tienne 
maintenant ses engagements et se montre observateur 
des traités de paix, lui dont la fourberie s'est jouée si 
souvent de la foi jurée, qui a voulu si fréquemment 
abolir les antiques lois, lui qui, les armes à la main, a 
fait périr tant de seigneurs, lui qui partout a demandé 
que les jours consacrés au culte fussent profanés ? Que 
cette populace qui n'a rien respecté périsse par le glaive ; 
qu'elle n'échappe pas à nos coups : car elle viendrait 
elle-même nous attaquer et nous immoler à ses fureurs.» 

La délibération terminée, on vit de bruyants colloques 
se propager dans le camp des braves Lorrains. Il en est 
qui sont d'avis de faire périr par le fer tous les Ger- 
mains, et de les assaillir dans la ville qui les renferme. 
Ils brûlent du désir de mettre un terme à cette folie de 
toute une populace. D'autres refusent de sévir contre 



62 



In se sunt alii qui desaevire negabant, 
cum rege atque malunt infensae parcere genti, 
dummodo juratae conservet fœdera pacis. 
His rébus actis, repetunt sua mœnia cives, 
enarrantque Ducis coram décréta senatu : 
ut Gerberus ei, manibus ad sidera tensis, 
reddere juravit vacuatam civibus urbem, 
Brubaciumque suuni duris exsolvere vinclis, 
atque vades centum de prima ducere gente. 
Multa Saberninam subito lamenta per urbem 
attoniti cives mœstis duxere querelis, 
illa Ducis postquam novit décréta Lothringi ; 
primores tristi fundunt suspiria corde, 
formidantque sibi ne vitam in vincula perdant, 
régi totque vades nostro largire negabant. 
Suspirat pariter multum Brubacius alto 
carcere conclusus, nullo quoque lumina somno 
claudit, sed lateri nunc se déclinât in uno, 
aut alio sese versans dormire récusât, 
anxius aut valde dorso jacet ille supino, 
hanc secum fundens depressa voce querelam : 



LIVRE QUATRIÈME. 



63 



l'ennemi, et, avec le souverain, préfèrent l'épargner, pourvu 
qu'il observe religieusement les conditions de la paix. 
De leur côté les députés de Saverne retournent vers la 
ville, et racontent en présence du conseil les résolutions 
prises par le Duc ; ils disent comment Gerber, les mains 
tendues vers le ciel, a juré d'évacuer et de rendre la 
ville, de délivrer Brubach de sa prison et de remettre 
cent otages des premières familles. Les habitants de 
Saverne saisis de stupeur se répandent en plaintes et en 
lamentations, aussitôt que les décisions du duc de Lor- 
raine sont connues. Les grands attristés poussent des 
soupirs ; ils craignent d'aller mourir dans les fers ; ils 
refusent de livrer à notre souverain un si grand nombre 
d'otages. Brubach s'abandonne aussi à toute sa douleur 
dans les profondeurs de son cachot ; ses yeux refusent 
de se fermer ; tantôt, étendu sur un des côtés de son corps, 
il cherche le repos ; tantôt il veut trouver sur le côté 
opposé le sommeil qui le fuit ; tantôt en proie à une 
grande agitation, il reste renversé, les yeux tournés vers 
le ciel, et murmure intérieurement cette plainte com- 
primée : « Pourquoi tardes-tu si longtemps, ô mort, plus 
agréable qu'une telle prison ? Pourquoi prolonger davan- 
tage mon existence malheureuse, tandis que tu vas saisir 



64 



LIBER QUARTUS. 



« Carcere quid tardas, o mors, felicior isto ; 
infaustae prorogas mea quid modo tempora vitx, 
cum reges inter regales corripis escas, 
respuis atque preces inopum te surda precantum ? 
Mors etenim felix quce tristibus ingruit amiis 
afflictumque malo facit in sua vincla perirc. » 

His dictis, aperire fores Brubacius atri 
carceris audit ubi, tôt seditionc potentum 
horruit et subito, totoque exalbuit ore, 
et pavit veluti commotum si quis in ursum 
offendit, multo dum spumat saucius ictu : 
sic terrore gravi cessât fiducia capto. 
Nam videt hos qui se varia prosternere morte 
sxpius optarant, latus et transfigere telo, 
tollere cervicem gladioque rotante cruentam, 
aut aliqua pœnse forma deperdere vitam. 
Dum timor hune agitât, cœcis educitur antris, 
tali oui fatur ductor Gerberius ore : 
« Jam tibi captivo est abeundi facta potestas ; 
nam Dux Austrasius nostro te tollit ab ense, 
quem non credebam nostris concurrere signis, 



LIVRE QUATRIÈME. 



65 



les rois au milieu de leurs splendides festins ? Pourquoi 
rester sourde aux prières des infortunés qui t'invoquent ? 
La mort est pleine d'attraits, quand elle nous arrive au 
milieu de nos calamités, et qu'elle vient surprendre celui 
que le malheur accable. » 

Ainsi gémit Brubach ; tout à coup il entend ouvrir les 
portes de son horrible cachot ; cette troupe désordonnée 
de grands qui l'entoure lui inspire de l'effroi ; la pâleur 
se répand soudain sur tout son visage ; il tremble comme 
quelqu'un qui rencontrerait un ours en fureur, au mo- 
ment où des blessures multipliées le font écumer de 
rage. Dans la terreur qui s'est emparée de lui, le captif 
a perdu toute confiance. Il a devant les yeux ceux qui 
tant de fois ont désiré le faire périr de mille morts, lui 
percer le flanc de leurs lances, lui enlever la tête en 
brandissant leur épée sanglante, ou inventer une torture 
nouvelle pour lui arracher la vie. Au milieu des craintes 
qui l'agitent, Gerber le fait sortir de sa noire prison, et 
lui parle ainsi : « Captif, tu as maintenant toute 
liberté de partir ; le duc de Lorraine vient de te sous- 
traire à nos coups ; jamais je n'eusse cru qu'il oserait 

RUSTIC. II. 5 



66 



LIBER QUARTUS. 



atque meam terrere metu potuissc cohortem. 
Eventiis belli quam fallax cernitur omnis ! )> 

His dictis, captus lastanter vincla relinquit, 
taliter et Christi veneratur nomen honorum : 
« Mundi qui totam sarcisti, Christe, ruinam, 
et sordes hominum vera bonitate piasti, 
gratia reddatur, tua quod clementia semper 
hanc animam voluit tibi confirmare fîdelem, 
atque diu corpus cogitata cxde tueri.» 

His dictis, Ducis Austrasii tentoria noster 
Brubacius petiit, dimissa compede firma ; 
quem cernens Princeps hortatur tangere dextram, 
amplexumque jubet quo consoletur amaror. 
Is jacet ante pedes dilecti Principis, illos 
fortiter amplexans, tremulo haec immurmurat ore ; 
verum singultus rumpebant saepe loquelam : 
(( Quxnam causa tuam, dixit, fortissime Princeps, 
vertere non potuit nientem, ut tibi tanta subiret 
cura tui famuli servati Martis ab ira, 
per te servati vario discrimine mortis? » 

Hxc dum dicebat, comités et Guisius héros 



LIVRE QUATRIÈME. 



67 



affronter nos étendards, et qu'il pourrait répandre ainsi 
la terreur parmi nos troupes. Qu'on voit bien qu'il faut 
peu compter sur l'issue d'une guerre ! » 

Il dit; le captif abandonne avec joie sa prison, et 
adresse ses hommages à la personne sacrée du Christ : 
«Toi qui as réparé les ruines de ce monde, ô Christ, toi 
qui dans ton infinie bonté as effacé les souillures des 
hommes, grâces te soient rendues d'avoir daigné soutenir 
mon âme dans la fidélité, et protéger ma vie contre la 
mort violente qui l'a menacée si longtemps. )) 

Cette prière terminée, Brubach se hâte d'arriver aux 
tentes du duc de Lorraine, après s'être débarrassé des 
fers qui l'enchaînaient. Le prince, en le voyant, l'invite 
à venir presser sa main ; il le serre contre son cœur et 
veut le consoler des angoisses qu'il a subies. Brubach se 
jette aux genoux de son souverain bien-aimé ; il les tient 
fortement embrassés, et lui adresse d'une bouche émue 
des paroles qu'interrompent souvent ses sanglots : «O le 
plus brave des princes, quel motif si puissant a pu si peu 
changer vos sentiments que vous vissiez avec tant de joie 
votre serviteur sauvé des fureurs de la guerre, et préservé 
par vous de tant de dangers de mort?» 

A peine a-t-il parlé que les comtes et le brave de Guise 



68 



LIBER Q.UARTUS. 



circumstant illum, cordis curamque resolvunt, 
Jaetanturque suum pugilem potuisse redire. 

Interea populus lacrymis rorabat arenas 
urbis muratae, quam multis questibus implet. 
Stamina cum fusis mulieres lapsa relinquunt, 
rumpendoque comas ululatu tecta replebant 
fœmineo, pariter scindebant pectora planctu. 
Invisam multi tristes abrumpere vitam 
quserebant proceres, laqueo telove feroci, 
aut obsessa cito transcendere mœnia gressu, 
vel modo juratas disrumpere fœdera pacis. 

Haec dum sic agitant funesto pectore cives, 
protinus umbrosis dirus regnator in oris 
Pluto Tartareum de cœca sede ministrum 
convocat, atque furens egresso talia mandat : 
« Scis genus humanum quanto molimine, Daemon, 
perdere sollicitem, mea sicque in vincula tentem 
trudere, perpetuum tolerans ut sentiat ignem ; 
propterea, ut pereat, mea jam mandata capesse; 
educ confestim latebroso e carcere nostro 
turpem Perfidiam, cinctam fallacibus alis, 



LIVRE QUATRIÈME. 



69 



l'environnent ; ils cherchent à lui faire oublier ses cha- 
grins, et se félicitent de ce que leur compagnon d'armes 
ait pu revenir sain et sauf. 

Cependant le peuple de Saverne arrosait de ses larmes 
et faisait retentir de ses plaintes la ville entourée de 
murs. Les femmes laissaient tomber leurs fuseaux avec 
les fils qui les chargeaient ; elles s'arrachaient les che- 
veux et remplissaient de leurs cris leurs maisons ; elles 
se frappaient la poitrine en gémissant. Beaucoup de 
gentilshommes dans leur désespoir cherchaient à se 
débarrasser d'une vie odieuse ou par le lacet ou par le 
fer, ou à sortir par une prompte fuite de la ville assiégée, 
ou enfin à rompre le traité de paix. 

Tandis que les citoyens agitent ces sinistres projets, le 
cruel souverain des sombres rivages appelle à lui, du 
fond de son noir empire, un ministre de ses vengeances, 
et lui adresse ces paroles furieuses : «Tu sais, démon, 
tous mes efforts pour perdre la race humaine, pour la 
faire tomber dans nos pièges et la livrer au feu éternel. 
Voici de nouveaux ordres qui doivent contribuer à sa 
ruine. Fais sortir en toute hâte des profondeurs de notre 
ténébreux empire la hideuse Perfidie que portent des 
ailes trompeuses ; qu'elle aille rompre le traité sacré 



70 



LIBER QUARTUS. 



rumpere quoe faciat sancte jurata Sabernis 
fœdera sacra viris, tantoque illudere régi. » 

Impius haec postquam jussit mandata tyrannus, 
ille volans exit; céleri quoque sibilat ala, 
et stridet veluti ferrum quod forcipe torta 
immergit durus tepida fabricator in unda. 
Per tenebras currens sic Dsemon stridet inanes, 
Perfidiseque petit prope tecta latentia jussus. 
Q.u3e postquam intravit domini mandata recenset 
Perfidiamque vocat, superas ut scandât in oras, 
inde Saberninas subeat constantius arces, 
a se juratae et faciat desistere paci. 
nia Dei jussis inferni claustra relinquit, 
et cum fraude cito tenebrosis exit ab oris, 
inque Sabernina volitans se contulit urbe ; 
et jurata jubet disrumpere fœdera pacis, 
atque suas mentes hsec ad perjuria falsis 
inclinât verbis, missum renovatque furorem. 
Tum cives versi renuunt pia fœdera pacis, 
Austrasioque vades contemnunt mittere régi. 
Hanc ubi cognovit ductor Gerberius artem 



LIVRE QUATRIÈME. 



71 



saintement juré par les habitants de Saverne ; qu'un 
puissant souverain soit leur jouet. » 

A peine le roi impie du Tartare a-t-il formulé ces pres- 
criptions, que son fidèle serviteur s'élance en agitant ses 
rapides ailes, et fait entendre un sifflement pareil à celui 
du fer que le rude forgeron saisit avec les tenailles et 
immerge dans l'eau qui devient brûlante. Ainsi se fait 
entendre l'infernal messager dans sa course à travers 
les plaines ténébreuses du vide. Il se rend en serviteur 
docile dans la demeure cachée de la Perfidie ; il y pé- 
nètre ; il répète les ordres de son maître ; il invite la 
Perfidie à monter sur la terre et à s'introduire sans 
crainte dans les murs de Saverne pour y faire rompre le 
traité de paix conclu. Obéissant au dieu des enfers, 
la Per£die quitte sa prison , s'élance traîtreusement 
hors de son noir séjour et se transporte d'un vol ra- 
pide dans la ville de Saverne; elle y commande qu'on 
renonce à l'alliance promise ; par ses discours menson- 
gers elle pousse au parjure, et fait renaître une fureur 
calmée. Alors les habitants changent d'avis ; ils veulent 
se dégager des promesses pacifiques qu'ils avaient faites ; 
ils refusent d'envoyer des otages au duc. 

Q,uand Gerber eut appris cette résolution coupable, 



72 



LIBER Q.UARTUS. 



illius elusœ cunctis prseconibus arcis, 
undique concilium jubet appellare potentum, 
urbis et in medio postquam venere vocati, 
is sermone potens hos inter talia fatur : 
(( Primores, audite, viri quid pectore versem : 
aut violanda fides quam nos juravimus ante, 
aut omnes miseri mortem patiemur acerbam, 
et Stygiis animée nostrae ducentur in undis. 
Verum quse cogito vobis ut cuncta resolvam, 
crastina cum rubeum late lux sparserit orbem, 
urbem linquentes nostra cum gente recessum 
fingemus, nostro veluti promisimus hosti ; 
evacuata viris linquemus mœnia vestra ; 
ast ubi non longe sese subduxerit agmen 
nostratum, furtim rediens nova vestiet arma, 
fortius Austrasios audax invadet et hostes : 
nam majore manus numéro concrescet ubique, 
quae non curabit juratae fœdera pacis. 
Antea quam répétât patrias Antonius arces , 
a nostris proprio reddetur sanguine tinctus, 
et, modo qui fortis nos vincere venerat omnes, 



LIVRE QUATRIÈME. 



73 



il convoqua par ses hérauts à une assemblée tous les 
grands de la forteresse dupée, et, quand ils furent réunis 
au milieu de la ville, le chef à la puissante faconde leur 
adressa ces paroles : « Habitants principaux de cette ville, 
sachez la résolution que je prends. Ou il nous faut 
violer le traité que nous avons juré d'abord, ou nous 
périrons tous misérablement d'une mort affreuse, et 
nous descendrons sur les sombres rivages. Mais, pour 
vous dire toute ma pensée, quand le soleil de demain 
répandra dans le monde sa brillante lumière, abandon- 
nant avec ma troupe votre ville, nous feindrons de nous 
retirer, comme nous nous y sommes engagés envers notre 
ennemi ; nous laisserons vos remparts dégarnis de guer- 
riers. Toutefois, lorsque nos soldats seront à une petite 
distance, ils se muniront de nouvelles armes et revien- 
dront furtivement; puis nous attaquerons de nouveau 
avec plus d'audace et de vigueur nos ennemis de Lor- 
raine : car partout mes troupes se renforceront d'autres 
qui ne s'inquiéteront pas des traités que nous avons 
conclus. Avant qu'Antoine rentre dans les murs de sa 
patrie, il aura, par nos bras, versé son propre sang, et 
celui qui était venu dans l'intention de nous vaincre 
tous succombera avec son armée entière sous nos atta- 



74 



LIBER QUARTUS. 



agmine cum toto victrici Marte peribit : 

victorem victum cernis superare fréquenter. 

Nec vestram revocet divum reverentia mentem : 

nam lento gressu superorum vindicatira. )> 

Et, ne quid legio luctaret perfida dictis, 

ille sinu chartam conclusam detrahit ultro 

ad transrhenanum famulus quam scripserat agmen ; 

agmen sublimem pariter quod régis honorem 

affectât raundi et dominos abolere potentes, 

et fecit coram cunctis aperire tabellas, 

atque silere jubet, dum servus perlegit illas, 

taliter has recitans, dum nutu praecipit illi : 

« Transrhenana manus cui paret, maxime Ductor, 

Ruricol^e Princeps Gerberius ille cohortis, 

hoc ad te misso furtim pr^econe salutat : 

Scis, dilecte comes, quanto molimine nostrum 

perdere conetur Princeps Lotharingius agmen, 

inque Sabernina memet concluserit arce, 

cum multis aliis, quos adjurare coegit, 

mœnia linquendo nostris discedere tectis. 

Cui siquidem parère cito decrevimus omnes ; 



LIVRE QUATRIÈME. 



75 



ques victorieuses. On voit souvent le vaincu triompher 
du vainqueur. Et n'allez pas reculer par la crainte de la 
Divinité : car la vengeance de Dieu ne marche qu'à pas 
lents. » Pour ne pas rencontrer de contradiction, Gerber 
tire aussitôt de son sein une lettre qu'un de ses serviteurs 
avait adressée aux bandes d'au delà du Rhin, bandes qui 
aussi aspiraient à détruire les honneurs rendus au maître 
du monde et la puissance des seigneurs. Le chef fait ou- 
vrir sa lettre en présence de tous ; il ordonne un silence 
général pendant la lecture qui se ûiit sur un signe adressé 
à son secrétaire: «Puissant chef des bandes transrhénanes, 
Gerber, général des Rustauds, te fait saluer par un hé- 
raut qu'il t'envoie secrètement. Tu sais, cher confédéré, 
quels puissants efforts fait le duc de Lorraine pour per- 
dre notre troupe, et comme il m'a renfermé moi-même 
dans la ville de Saverne avec bien d'autres qu'il a con- 
traints à jurer de quitter nos demeures et la ville. Nous 
avons résolu, certes, de lui obéir au plus tôt, mais tous 
ceux qui auront abandonné nos murailles trouveront des 
armes et viendront se jeter sur nos ennemis trompés; 
ils reformeront, n'importe où, des armées nouvelles 
qu'ils iront rejoindre par des chemins détournés, en dé- 
robant adroitement leur marche ; puis ils iront faire un 



76 



LIBER QUARTUS. 



quilibet at nostram postquam dimiserit urbem, 
inventis gladiis, lusos irrumpet in hostes ; 
quavis parte recens hic instaurabit et agmen, 
cui se conjunget latitans per dévia fallax, 
Austrasios homines telo et jugulabit atroci. 
Si nobis faveas, Ductor dilecte, valeto. » 

Impius lias postquam recitavit praeco tabellas, 
mox cera religare facit Gerberus odora, 
atque dédit cuidam de stulta plèbe clienti, 
qui transrhenano ductori déférât audax, 
riiœnia cum primum captivée liquerit urbis. 

Ad sua sic civem Ductor commenta trahebat 
semper perjurum et falsis haerere libenter 
suadebat, donec primos sermone potentum 
vicisset, quamvis luctasset tempore longo. 

Sicut nauta vigil cernens consurgere ventum, 
hortando socios, primo in luctamine certat ; 
ille tamen ventum ut navem superare volentem 
aspicit, incassum credens insurgere nautas, 
is quo versa ruit navem dimittit abire, 
Ductoris verbo sic lusa Sabernia cessit. 



LIVRE QUATRIÈME. 



77 



horrible carnage des Lorrains. Nous comptons sur ton 
appui, cher général; reçois nos compliments. 



Quand le héraut impie eut lu la lettre, Gerber la fit 
cacheter d'une cire odorante, et la donna à l'un de ses 
sots compagnons pour la porter sans crainte au chef 
d'au delà du Rhin, dès qu'il sera sorti de la ville captive. 

Tels étaient les moyens par lesquels Gerber encou- 
rageait les habitants de Saverne dans leur trahison ; 
c'est ainsi qu'il était venu à bout des principaux citoyens, 
après de longs débats pourtant. 

Comme le nautonier vigilant, à la vue de la tem- 
pête, engage d'abord ses compagnons à lutter avec lui ; 
puis, quand il s'aperçoit que les vents triomphent, per- 
suadé que les matelots font des efforts inutiles, il laisse 
aller le vaisseau dans la direction où il se précipite, 
ainsi céda Saverne aux paroles fallacieuses du chef de 
bandes. 



78 



LIBER QUARTUS. 



nia ubi dissimulât, sua ncc promissa resolvit, 
iratus Princeps tanto in discrimine Martis 
mittere magnanimes comités decreverat illi, 
qui promissa sibi faciant implere potenter, 
atque Duci reddant vacuatam civibus arcem. 
Sed, quia pallenti lumen rarescere mundo 
cœperat, atque viris sua clauderc lumina somno, 
hanc rem propterea consulte distulit héros 
Austrasius, donec nova lux illuceat orbi. 



LIVRE QUATRIÈME. 



79 



En voyant cette dissimulation et le peu d'empresse- 
ment que les ennemis apportent dans l'accomplissement 
de leurs promesses, le duc irrité avait résolu dans cette 
dangereuse conjoncture d'envoyer ses braves comtes 
pour obliger les Rustauds à tenir leur parole et à faire 
évacuer la ville qui serait rendue à son souverain. Mais, 
comme la lumière qui éclairait le monde avait com- 
mencé à pâlir et à disparaître, appelant le sommeil qui 
devait fermer les yeux de ses guerriers, le brave prince 
remit sagement ses délibérations au moment où le soleil 
viendrait de nouveau resplendir sur la terre. . 



ARGUMENTUM Q.UINTI LIBRI. 



Austrasiae princeps hortatur ad arma phalanges, 
invaditque hostem; fugit ille per invia tesqua ; 
ingeminant luctus, resonat clamoribus gether, 
et graviter mœret rébus spoliata Saberna; 
tristia Gerberi scribuntur fata tyranni ; 
an patriam répétât princeps atque arma relinquat 
inspicit, et pietate nova complectitur hostem ; 
compositis rébus discedunt castra Saberna. 



LIBER aUINTUS. 



Vix Aurora rubens grato vestita colore 
liquerat Oceani senioris tecta mariti, 
reddendo cœlo sua lumina clara nitenti, 
quum Dux Austrasiae prima cum luce repellit 
palpebris somnum, comitem cui Salmia paret 
surgere facturus, socios qui suscitet omnes, 
atque Saberninas accédant protinus arces, 
et, postquam legio vacuam dimiserit urbem, 



ARGUMENT DU CINQUIEME LIVRE. 



Le duc de Lorraine appelle aux armes ses soldats; il attaque l'ennemi, 
et le force à fuir dans les lieux les plus écartés. Nouveau deuil, 
nouvelles clameurs qui remplissent l'air. Grande affliction dans 
Saverne pillée. Triste fin du méchant Gerber. Le duc délibère s'il 
reviendra dans son pays et déposera les armes. Il s'apitoie de nou- 
veau sur le sort de ses ennemis. Tout rentre dans l'ordre, et l'ar- 
mée campée devant Saverne s'éloigne de cette ville. 



peine l'aurore, brillante du doux éclat de la pour- 



JTjl, pre, avait abandonné la demeure de l'Océan, son 
vieil époux, et rendu toute sa splendeur au ciel radieux, 
lorsque le duc de Lorraine, qui, aux premiers rayons du 
jour avait chassé le sommeil loin de ses paupières, fait 
éveiller le comte de Salm, l'invite à réunir ses compa- 
gnons d'armes et à se diriger aussitôt vers les murs de 
Saverne ; il veut que l'ennemi évacue la ville, que l'ar- 
mée lorraine en prenne possession au nom de son prince, 

RUSTIC. II. 6 



LIVRE CINQUIÈME. 




82 



LIBER aUINTUS. 



accipiant illam Lotharîngi nomine régis, 
et faciant hostes subito discedere ab illa. 
Non ea fallaces quas jam pepigere récusent, 
et manibus propriis memorarint fœderis icti : 
fœdifragos etenim Daemon sub Tartara mittit, 
acrius atque furens pœna contorquet atroci. 
Et jam Salmaeus facti non immemor héros 
mandati, noster quod Princeps jusserat ante, 
insignem conscendit equum cum gente feroci, 
hostili propero gressu muroque propinquat, 
aspicit et propius cum clara stirpe recessum 
agminis agricolum linquentis dulcia tecta. 

Postquam porta patet multis occlusa diebus, 
egreditur legio dimissa segniter urbe, 
fraxineas hastas post se portando per agros. 
Ductores belli cum tôt primoribus urbis 
pra^cedunt, post se ducentes agmina densa. 

Collis erat patulus, dimissa non procul arce, 
quem Marterburgum patriae dixere coloni ; 
hue deducta cohors hostis se prodidit uhro, 
nulHus et pensi faciebat fœdera pacis. 



LIVRE CINQUIÈME. 



83 



et qu'on en éloigne au plus vite les Rustauds. Qu'ils 
n'aillent pas en traîtres renoncer à leurs conventions, et 
qu'ils n'oublient pas le traité qu'ils ont fait eux-mêmes: 
car l'Enfer attend les parjures, et le châtiment le plus 
terrible leur sera infligé. Le courageux comte de Salm, 
pour accomplir la mission dont le prince l'a chargé, 
monte un superbe coursier, et, accompagné d'une escorte 
intrépide, marche en toute hâte vers les remparts des 
ennemis. Avec son noble cortège il peut s'assurer bien- 
tôt du départ des bandes des campagnards, abandonnant 
les demeures qui leur étaient chères. 

La porte fermée si longtemps s'ouvre enfin ; les légions 
hostiles sortent, et quittent lentement la ville, empor- 
tant derrière elles leurs puissantes lances à travers la 
campagne. Les chefs de l'armée, et avec eux les princi- 
paux habitants, s'avancent conduisant à leur suite les 
épais bataillons. 

Il y a près de la ville abandonnée une longue colline 
que ceux du pays appellent Marterberg. Arrivée en cet 
endroit, la troupe des rebelles se trahit et se montre 
absolument indifférente au traité conclu. Cependant 



84 



LIBER OUINTUS. 



Interea hostiles late diffusa per agros 

Antonina manus partim sua castra relinquens, 

hue sua concessit firmo vestigia gressu, 

fortiter instructa ut cuneum spectaret euntem. 

Post hinc ecce virum cernit sua castra parumper 

linquere, quem cuneus nostcr celeranter euntem 

continuit, coram cunctis dextraque prehendit, 

ad bellique duces illum caedendo trahebat. 

Hune super, aethereo tune rege favente, reperta est 

littera perjuri Ductoris plena minarum, 

quam transrhenanae transmiserat ille cohorti, 

ductoremque docet devictam ut Hquerit urbem ; 

Austrasios iterum fallax irrumpet in hostes, 

illos atque suo deperdet Marte veloci. 

Hanc ubi nostrates missam videre tabellam, 

cognita sicque fuit ca^ci deceptio vulgi, 

unus Geldrinus cupiens ut criminis auctor 

dignam persolvat pœnam, captum trahit ad se 

per mentum capiens, vagina et detrahit ensem 

dicens : « Nunc niorere! ah! morere, » occiditque trementem, 

fortiter occisum saevo demisit et Orco. 



LIVRE cmauiÈME. 



85 



l'armée d'Antoine, répandue au loin dans la contrée 
hostile, et délaissant en partie le camp, s'était rendue à 
grands pas vers les Rustauds, et voulait assister en forces 
à leur départ. Tout à coup on aperçoit un homme qui 
s'éloigne insensiblement du camp ennemi ; nos soldats 
l'arrêtent au moment où il presse la marche ; une main 
vigoureuse le saisit en présence de tous, et l'entraîne en 
le frappant vers les chefs. Par une faveur providentielle, 
on trouve sur lui la lettre menaçante du traître Gerber, 
celle qu'il adressait à la cohorte d'au delà du Rhin, lui 
apprenant comment il a quitté Saverne vaincue : le per- 
fide va se jeter de nouveau sur ses ennemis et les anéan- 
tir dans une rapide attaque. Quand les nôtres eurent vu 
la missive, et que la fourberie de cette aveugle populace 
fut devenue évidente, un soldat de Gueldre, désirant 
punir dignement l'auteur du méfait, le saisit au menton, 
et tire son épée du fourreau en disant : «Meurs mainte- 
nant, oui, meurs. )) Alors il le frappe tout tremblant, et 
d'un bras vigoureux le précipite au fond des Enfers. 



86 



LIBER QUINTUS. 



Dum sic egreditur legio Germana Saberna, 
et Marterburgum versus deduxerat agmen, 
in nostrum cuneum naso résonante cachinnum 
emittunt aliqui, inter se laudantque Lutherum, 
illi longcevam misero vitamquc precantur. 
Vivat et exclamant ingenti voce Lutherus, 
hasresis illius toto quoque floreat orbe, 
et simili verbo Austrasios ridere laborant. 
Quod cernens quidam nostra de gentc bubulcus, 
hostis quem victus manica retinebat cuntem, 
manticula simulans gazas auferre tenaci, 
non tulit is risum, falsi laudesque Lutheri, 
ocius inter eos sed turpia jurgia surgunt, 
jurgia qua^ multos animo movere videntes. 
Dum tali clamore tonant sic ambo per agmen, 
vox gravior demissa polo, res mira ! superno 
auditur, tenues resonans agiturque per auras, 
quae nostros prohibet Germante parcere genti, 
imperat et falsum gladio delere cruorem. 
Hanc ubi nostra manus percepit ab ^ethere vocem, 
accelerans pugnam falsos irrumpit in hostes 



LIVRE CINQ.UIÈME. 



87 



Tandis que l'armée germaine sort de Saverne et se 
dirige vers Marterberg, quelques-uns de ses soldats se 
livrent entre eux à de bruyantes railleries contre les 
nôtres, y mêlant l'éloge de Luther, et souhaitant de 
longues années à ce misérable: «Vive Luther! s'écrient- 
ils, et que sa doctrine fleurisse un jour dans le monde 
entier. » Ils veulent ainsi tourner nos soldats en ridi- 
cule. Ce que voyant un certain berger des nôtres, 
qu'un de nos ennemis vaincus retenait par le bras, 
feignant de vouloir lui enlever l'argent que contenait sa 
bourse bien serrée, ne put supporter ces plaisanteries 
et entendre le panégyrique de l'hérétique Luther. Une 
lutte peu honorable s'engage aussitôt entre les deux 
champions, lutte qui fit sortir de leur calme les specta- 
teurs. Au milieu des cris perçants des deux adversaires 
on entend une voix puissante qui, ô miracle 1 descend 
des cieux et retentit dans les airs, défendant aux nôtres 
d'épargner la nation germaine, et ordonnant de verser 
avec l'épée le sang de ces parjures. Dès que nos soldats 
ont entendu la parole céleste, ils se hâtent d'en venir 
aux mains, se jettent sur un adversaire sans foi, et 
jonchent le sol de cadavres qui bientôt se teignent dans 
un sang épais. L'ennemi, se ruant à son tour, n'épargne 



88 



LIBER QUINTUS. 



festinatque solo prosternere multa virorum 
corpora, crassato jam nigrescentia tabo ; 
nullus insiliens pariter miserescit et hostis ; 
armorum strepitus scandebat ad aethera cœli. 
Impliciti dum sic fremerent crudeliter hostes, 
unus ab Austrasio cuneo sic mitibus illos 
affatur verbis dicens : « Plorande popelle, 
cognosces subito quantas pugnator in armis 
sit Deus omnipotens, homines qui fulmine torquet, 
dum justo late sociorum corpora bello 
a nostra turma passim jugulata videbis : 
invito nihil est quidquam sperare Tonanti. » 

Fortiter his dictis hostes discerpere cœpit; 
illos percutiens implebat sanguinis agros, 
armorum sonitus donec resonaret ubique. 
Ejus nostrates animum ut videre potentem, 
secum quippe ruunt telo, multosque trucidant, 
hostes et jugulant Lotharingi hostile per agmen, 
et neglecta jacent avibus sua membra cruentis. 
Hue tamen Austrasiana manus non venerat omnis; 
octo bis centum verum venisse leguntur 



LIVRE CINQUIÈME. 



89 



personne. Le bruit des armes monte jusqu'à la voûte 
étoilée. Pendant qu'une mêlée furieuse s'engage ainsi, 
un des soldats de l'amée de Lorraine adresse à ces mal- 
heureux des paroles de pitié : « Peuple infortuné ! tu ne 
sauras que trop tôt combien est puissant le bras de Dieu 
combattant avec nous; tu connaîtras celui qui lance la 
foudre, quand tu verras les cadavres de tes compagnons, 
justement immolés par nos soldats, couvrir au loin la 
plaine. Sans l'appui du maître du tonnerre, il n'y a 
rien à espérer. )> 



Après ces fermes remontrances il court écraser l'en- 
nemi; il frappe; les champs regorgent de sang; partout 
retentit le bruit des armes. Car les nôtres, excités par 
cette ardeur, se précipitent l'épée à la main et font 
tomber des milliers de guerriers. Les Lorrains taillent 
en pièces et abandonnent aux oiseaux de proie les cada- 
vres des vaincus. Cependant notre armée n'était pas là 
tout entière. On dit qu'il n'y vint que deux cent huit 
hommes, cavaliers de Gueldre, qui attaquèrent sans 
crainte les ennemis de la Religion, et les menèrent bat- 



90 



LIBER QUINTlJS. 



Geldrenses équités nullo terrore paventes , 
hostes qui Fidei sacrae caedendo per agros, 
usque Saberninas arces duxere potenter, 
totius atque manus pauci superando rigorem 
una cum multis intrarunt hostibus urbem, 
quos pedites nostri, divino robore freti, 
contemnunt, illos caedente morte profunda. 
Qui porta capta sociis, mirabile dictu, 
ingentem faciunt aditum, quem milite complent ; 
atque via facta primos mucrone trucidant, 
urbem sacrilegam spargunt et sanguine multo 
csesoruin, ut saevum Martem venisse putares. 
Hostes instaurant bellum, et cupiunt succurrere telo 
aedibus obseptis ; qui rursus et agmine denso 
armant se galeis, multisque recentibus armis 
omnes cinguntur, nequicquam bella moventes, 
cum nostraque manu, nulla formidine ducti, 
praelia multa gerunt, aedes frustraque tueri 
nituntur, gazasque suas, charosque parentes. 
Nam fere ruricolum viginti millia mûris 
exierant nondum, Geldrinis atque nocebant ; 



LIVRE CINQUIÈME. 



91 



tant jusqu'aux murs de Saverne. Seul pour résister à 
toute une armée, un petit nombre d'hommes pénétra dans 
la ville avec les troupes ennemies. Comptant sur l'assis- 
tance divine, nos fantassins affrontent des adversaires 
qu'ils sont sûrs d'immoler. Maîtres des portes, ils osent, 
chose étonnante ! ouvrir à leurs frères d'armes un large 
passage qu'ils remplissent de soldats, et, pouvant péné- 
trer ainsi dans les murs, ils massacrent les premiers qui 
s'opposent à eux et inondent de sang la ville sacrilège. 
On dirait que la guerre exerce là toutes ses fureurs. 
L'ennemi recommence la lutte ; il veut, le fer à la main, 
défendre ses maisons qu'il tient closes ; il reforme ses 
bataillons, se couvre de casques, prend de nouvelles 
armes et se dispose en vain à combattre. Bannissant la 
crainte, il livre à nos soldats des assauts multipliés, et 
s'efforce inutilement de protéger ses demeures, ses 
richesses et sa famille. Près de vingt mille Rustauds 
n'avaient pas quitté la ville et luttaient contre nos alliés 
de Gueldre. Mais nos fantassins, forts de l'assistance di- 
vine, attaquent audacieusement leurs ennemis. Le son 
attristant des trompettes retentit sous leurs toits, et vient 
frapper désagréablement nos adversaires déçus. Partout 
les maisons se remplissent de lugubres plaintes; dans 



92 



LIBER QUINTUS. 



sed nostri pedites, divino robore freti, 
infestare cito legionem audacius audent. 
Clangor luctificus percurrit tecta tubarum, 
deceptos hostes sonitu quoque puisât amaro. 
Omnis quippe domus rauco plangore remugit, 
implenturque vi^e gemitu fera bella videndo, 
exhalant animas quoniam per tecta domorum 
multi, divitias vel mox rapiuntur ab hoste, 
bellicus atque timor morituram concutit urbem, 
tristitiam meritoque gravem manifestât in omnes, 
implerent viduse ut tristes ululatibus aedes, 
dejectos crines lacérantes unguibus uncis, 
optarentque senes inter tôt funera mortem 
auctori scelerum, fraudem qui voce nefanda 
funeream didicit, mala non dicenda precantur. 
Pr^Esentem vitam fastidit pulchra juventus, 
atque necem miseram poscunt lacrymando puellae. 
Pupilli pueri fient inter brachia matris, 
ignari rerumque timent lamenta parentum. 
Luctu cuncta domus mœstis lacrymisque madescit : 
sicut sole nives gelidae surgente liquescunt. 



LIVRE CINQUIÈME. 



93 



toutes les rues où s'engagent d'afîreux combats , les 
gémissements se font entendre; ils sont arrachés aux 
uns par la perte de la vie dans leurs demeures, aux autres 
par celle de leurs trésors. L'effroi s'empare de la ville 
vouée à la mort ; un profond chagrin se manifeste non 
sans raison sur tous les visages. Les veuves remplissent 
leurs maisons de tristes hurlements ; de leurs ongles fu- 
rieux elles arrachent leurs cheveux en désordre. Les 
vieillards, au miheu de tant de funérailles, réclament le 
supplice de l'auteur du crime, de celui qui, par ses cou- 
pables encouragements , a provoqué une trahison qui 
sera cause de leur perte ; ils l'accablent d'imprécations 
que nul n'oserait redire. Les jeunes gens dans la fleur 
de l'âge sont dégoûtés de la vie ; les vierges en pleurs 
invoquent la triste mort ; les enfants versent d'innocentes 
larmes entre les bras de leurs mères, et s'inquiètent dans 
leur ignorance du deuil de leurs parents. Il n'est pas de 
maison où ne coulent des torrents de pleurs amers : on 
dirait la neige glaciale se fondant sous les rayons du 
soleil levant. Gerber parcourt tristement la ville, en 
exhortant ses compagnons à se défendre, et le traître 
leur adresse ces paroles : « Q.uelle lâcheté vous pousse à 
renoncer aux fatigues des combats, et vous enchaîne 



94 



LIBER QUINTUS. 



Urbeni per mediam fundens suspiria ductor 
Gerberus socios omnes hortatur ad arma, 
fallaci rumpens talem de gutture vocem : 
(( Quse vos segnities belli dissuada laborum 
forte metu mortis jam tanto tempore tardât ? 
Paucula sic veniens deterret mortis imago ? 
Festinate, precor, redeant in pectora vires. » 

Sic comités pungit frustra Gerberius àcer, 
cui sese glomerant multi juvenesque senesque, 
saepius ut secum in certamina magna ferantur. 
Ast alii quibus, heu ! tarde cessarat erinnys 
omnis regnandi, sceptri quoque blanda potestas, 
et, quia quo fortuna loco rem digérât omnem 
aspiciunt, iram et superum punire volentum, 
ulcisci cessant proprios a morte nepotes. 
Namque ibi parca ferox duro fera fila sororum 
ense secare facit, multos truncatque merentes, 
et pedibus c^esi crudeliter atque teruntur : 
grana velut grandes spicis educta repente 
cake premunt patula calcando ssepe juvenci, 
si quando segetes piano excutiuntur in agro ; 



LIVRE CINQUIÈME . 



95 



depuis si longtemps par la crainte de la mort ? L'appa- 
rence du trépas peut-elle ainsi vous terrifier? Reprenez 
au plus tôt courage, je vous en conjure. » 



C'est de la sorte que l'actif Gerber cherche à stimuler 
ses compagnons, mais inutilement. Un groupe de jeunes 
gens et de vieillards se forme autour de lui, afin de pou- 
voir se jeter plus souvent avec lui au fort de la mêlée. 
Mais d'autres qui, trop tard, avaient renoncé à la passion 
de commander, à l'espoir flatteur de tenir quelque jour 
un sceptre, voyant bien d'ailleurs comment tout allait 
se terminer, et que la vengeance divine les atteindrait 
dans peu, refusent de défendre leurs propres enfants. 
L'épée tranche impitoyablement le fil des jours de mil- 
liers de malheureux coupables ; ils sont égorgés et 
foulés aux pieds. Comme les lourds taureaux broient 
de leurs larges sabots les épis pour en faire jaillir le 
grain sur l'aire , ainsi nos soldats écrasaient sans pitié 
leurs ennemis. Ils veulent qu'il n'en reste pas un pour 



96 



LIBER QUINTUS. 



sic pedites nostri calcabant durius hostes, 
illius ut nuUus valeat recitare diei 
infandam stragem, ferventer pene peractam 
a nostra turma, modo quam Germania nobis 
duxerat inferior munitam fortiter armis. 
Cujus non potuere duces sedare furorem, 
quin cito ruricolas regnorum gaudia vana 
dedoceant, variis implentes motibus urbem, 
cives perque domus sese sécréta latentes 
comperiunt multos abigunt quos ^ede potenter, 
atque viam nullam fugiendi morte relinquunt ; 
aut hos ejiciunt pereant ut viliter ictu, 
vel cito compressos deperdunt ense minaci : 
sic sontes semper punit fera pœna potenter. 

Forsitan et quoenam fuerit fortuna requiras 
Gerberi, Martis fere promotoris iniqui. 
Is postquam socios compelli vidit in arctum, 
extremum ad vitas discrimen et ense redactos, 
remque sitam novit suprema in cuspide ferri, 
ingessit sese forti moriturus in asde, 
inque novo Castro vallato turribus altis 



LIVRE CINQUIÈME. 



97 



raconter l'horrible carnage qui eut lieu dans cette jour- 
née, et auquel s'acharnait presque seule la troupe bardée 
de fer que nous avait envoyée la Germanie inférieure. 
Ce fut sans succès que les chefs tentèrent d'apaiser une 
fureur qui voulait dégoûter à jamais ces agitateurs du 
vain plaisir de commander. Apprenant que beaucoup 
d'habitants ont cherché un refuge dans les lieux les plus 
secrets de leurs demeures, ils accourent les chasser et 
leur rendre la fuite impossible, expulsant les uns pour 
les faire périr d'une mort honteuse sous leurs coups, ou 
saisissant les autres, à l'instant ils leur plongent dans le 
cœur l'épée menaçante. Ainsi un châtiment terrible 
finit toujours par atteindre les coupables. 

Peut-être désirera-t-on connaître la destinée de Gerber, 
qui fut presque le promoteur de cette guerre inique. 
Quand il vit que ses compagnons étaient serrés de près ; 
que le fer les avait réduits à une lutte suprême, s'ils 
voulaient avoir la vie sauve ; que la pointe du glaive 
allait tout décider, résolu à mourir, il se jeta dans un 
édifice solide. Bâtie depuis peu, cette enceinte, cette for- 
teresse était défendue par de hautes tours, dans l'une 

RusTic. II, 7 



98 



cum ducibus belli, turri se condit in alta, 
expectatque cito ventur^e tempora mortis. 
Exercent illum curae, saevique dolores, 
et pœnam sceleris secum versando patrati, 
iram non satiare potest, et dulcia sonini 
otia fastidit, vitx finemque precatur, 
incepti bellique pudet, fraudisque repense, 
atque suum luctum tali sermone renarrat: 
(( O quales malefida rotas fortuna reflexit, 
insurgens in me, donec trepidare coegit 
me terrore gravi, diris vinclisque ligavit ! 
Nullus in orbe manet me desperatior omni, 
atque mea vita nihil infelicius ista : 
nam mihi jurarant hominum tôt millia nuper, 
undique decrerantque sequi vestigia nostra, 
asdes atque sacras festivis urere flammis, 
regum divitias bello et lassare rapaci, 
Austrasios necnon prosternere funditus omnes. 
Accidit ast aliter ; nam clausus carcere ciEco, 
et scelerum pœnas nunc adventare féroces 
prospicio, sortemque ferum convertere vultum 



LIVRE CINQUIÈME. 



99 



desquelles il se renferma avec ses généraux, attendant 
l'heure du trépas qui ne pouvait tarder. En proie aux 
chagrins, aux soucis cuisants, songeant aux châtiments 
réservés à ses crimes, il se livre à tous les transports de 
la colère ; il refuse de goûter les douceurs du sommeil ; 
il souhaite la fin de sa vie ; il a honte de la guerre qu'il 
a entreprise, de la trahison dont il s'est rendu coupable ; 
enfin il exhale ainsi sa douleur : « Comme la fortune 
perfide, en se tournant contre moi, a imprimé à sa roue 
une direction opposée ! Me voilà maintenant en proie à 
une profonde terreur ; me voilà retenu par d'impitoya- 
bles chaînes. Il n'y a pas dans le monde un homme plus 
désespéré que moi. Nulle position n'est plus malheureuse 
que la mienne. Naguère tant de milliers d'hommes m'a- 
vaient juré fidélité ; ils avaient promis de suivre partout 
mes pas ; ce serait fête pour eux d'incendier les édifices 
sacrés ; d'épuiser par la guerre et le brigandage les ri- 
chesses des rois et d'exterminer les Lorrains ; il en est 
arrivé bien autrement. Maintenant, renfermé dans une 
sombre prison, je vois venir le châtiment terrible réservé 
à mes crimes; je vois la fortune, après m'avoir flatté, 
me regarder aujourd'hui d'un œil farouche ; mes parti- 
sans sur le point de périr ; les Lorrains se déployer en 



100 



LIBER Q.UINTUS. 



pro blando, socios dum sic in morte rcdegit, 
fecit et Austrasios nostris concurrere signis, 
et secus ac rebar, Marte oppugnare Sabernam, 
occisos comités mandareque tristibus umbris : 
nam vilescit honor céleri qui prxterit hora. )> 

Assiduo dum sic lugens Gerberius ore 
obstrepit, et socios obtundit carceris omnes, 
mox Vademonteus Princeps et Guisius héros 
hos servare jubent vigilaci semper ab hoste, 
çarcere de clauso ne sic prodire relinquant. 
«Scilicet hic seductor, ait Guiseius ille, 
incolumis patriam repetet, charosque parentes, 
uxoremque sibi fidam, natosque videbit, 
et nuUam de se sumemus sanguine pœnam, 
qui superum delubra fero t€>t miserit igni, 
quique Fidem sacram scelerarit crimine multo, 
atque sacerdotum dederit tôt corpora morti, 
heroas celerique pios extinxerit ense, 
atque meo fratri jacturam fecerit omnem, 
et vasti regni scelerata mente flagrando 
deceptum toties vulgus vi traxerit ad se ! 



LIVRE CINQUIÈME. 



lOI 



face de mes étendards; Saverne assiégée, ce que je n'au- 
rais pas cru ; enfin tous mes compagnons immolés bien- 
tôt et précipités sur les sombres bords. Je ne parle pas 
de la gloire, si peu digne d'envie, puisqu'elle est si 
éphémère. )) 

Telles sont les plaintes que la bouche de Gerber ne 
cesse de répéter ; il en fatigue ceux qui partagent sa cap- 
tivité. Bientôt le comte de Vaudémont et le vaillant de 
Guise les font entourer d'une garde sans cesse éveillée, 
dans la crainte qu'ils ne s'échappent de la prison qui les 
renferme. «Ainsi donc, s'écrie le comte de Guise, ce per- 
fide rentrerait sain et sauf dans sa patrie ; il reverrait des 
parents, des enfants chéris, une épouse fidèle, et nous 
ne pourrions tirer de lui, en versant son sang, la ven- 
geance qui nous est due ! Il aurait impunément lancé le 
feu dévorant sur les temples sacrés, profané par tous les 
crimes notre religion, livré à la mort tant de pontifes, 
anéanti par l'épée tant de pieux braves, causé à mon 
frère tous les genres de désastres, et, dans sa scélératesse, 
jetant le brandon de la discorde sur une vaste contrée, 
il aurait par la violence entraîné à sa suite une plèbe tant 
de fois trompée ! Non, dit-il, il n'en sera pas ainsi ; un 



I02 



LIBER QUINTUS. 



Non ita, dixit, erit, gravior sed pœna manebit 
praedonem, is ne nos infestet Marte recenti. » 

Dixerat ; interea cives expilat avaros 
divitiis cuneus noster, torquetque Sabernas, 
ignis materiam et quserens incendia ponit 
asdibus in multis, pereant ut durius hostes, 
quos ardere cupit, projectis usque favillis. 
Quod semel ut videre duces, mox impete facto, 
hoc cessare jubent, grandi non absque tumultu. 

Tempus erat quo sol cunctis ardentior astris 
jam médias umbras celsi superarat Olympi, 
quum dux Austrasius conscendit et ipse ferocem 
quadrupedem, effossas pede qui dispargit arenas ; 
os frenum mordendo sonat, dominoque superbit. 
Tali vectus equo sua jam tentoria linquit, 
atque Saberninas arces, comitante corona 
nobilium, petiit, Mavortis et absque furore. 
Urbis ubi cladem vidit Lotharingius héros, 
vix lacrymas tristes ocuHs, tacitumque dolorem 



LIVRE CINQUIÈME. 



103 



sévère châtiment doit atteindre ce brigand et l'empêcher 
de nous susciter une guerre nouvelle. » 

Ainsi parle le prince ; cependant nos soldats dépouil- 
lent de leurs trésors les avares habitants de Saverne ; ils 
les soumettent à la torture, et, à l'aide de matières com- 
bustibles, ils allument l'incendie dans un grand nombre 
de maisons, pour y faire subir une cruelle mort à nos 
ennemis, et les voir dévorer par les torches projetées 
partout. Témoins de ces violences, les chefs se préci- 
pitent tous, non sans grand tumulte, afin d'arrêter le 
désordre. 

C'était le temps où le soleil, plus lumineux que les 
autres astres, avait chassé les ombres du milieu du ciel. 
Le duc de Lorraine monte un fier coursier qui, du pied, 
disperse au loin la poussière enlevée au sol, fait résonner 
le frein qu'il mord, et s'enorgueillit de son maître. Le 
prince a quitté sa tente et chevauche au milieu d'un cor- 
tège de gentilshommes avec lesquels il se rend à Saverne 
dans l'appareil le plus pacifique. Quand il a vu le dé- 
sastre dont la malheureuse ville est victime, il peut à 
peine retenir les larmes qui attristent ses yeux et la dou- 
leur que renferme son âme. 



I04 



LIBER QUINTUS. 



(Nonnulla desiderantur ,) 

Lethali sontum semper servasset ab ense, 
cornigerum veluti Mosem Pharaonis ab ira 
servasti, quando converso gurgite totum 
ejus cum domino mersisti protinus agmen, 
ingentes et opes quas rex crudelis habebat. 
Vel sicut volucris post partum sedula factum 
implumes custodit aves a c^de cruenta, 
eque virum laqueis nidum custodit amatum : 
sic tibi fidentes ne nos deprehenderet hostis, 
servasti, et quovis, spero, servabis ab ense, 
ad Fidei studium versos animosque reflectes, 
atque haeresim cœptam faciès cessare per orbem, 
intrent ne Fidei sacratas impia caulas 
dogmata ; ne rursum rubeat pia terra cruore, 
gratia diceturque tibi, rex maxime regum. » 



Dum sic orabat Lotharingus, poplite flexo, 



LIVRE CINQ.UIÈME. 



105 



(Lacune.) 



Il l'eût toujours sauvé de l'atteinte mortelle de l'épée 
des scélérats, comme tu as sauvé le radieux Moïse du 
courroux de Pharaon, quand, bouleversant les eaux, tu 
y abîmas et l'armée et le souverain et les trésors qu'em- 
portait avec lui un prince cruel. Comme l'oiseau plein 
de sollicitude, après la naissance de ses petits encore 
dénués de plumes, les préserve d'une mort sanglante et 
défend contre les pièges son nid bien-aimé, ainsi dans 
notre confiance en toi nous avons été à l'abri des sur- 
prises de l'ennemi et tu nous sauveras toujours, je l'es- 
père, du tranchant de l'épée; tu transformeras les cœurs 
et tu y rallumeras la foi éteinte ; tu feras disparaître du 
monde l'hérésie qui vient d'y naître, et tu empêcheras 
que ses dogmes impies ne pénètrent dans les bercails de 
la Foi ; la terre enlevée à l'irréligion ne sera plus rou- 
gie par le sang ; alors, ô roi, le plus grand des rois, 
des actions de grâces te seront prodiguées. » 

Pendant que le Duc agenouillé priait ainsi, ses nobles 
frères et le cortège de grands qui les entourait, les 



io6 



LIBER QUINTUS. 



magnanimi fratres, etiamnum lumina sursum 
tollentes orant, omnis procer unique corona. 

Mox aliud templum, structum quod in urbe potentc 
divo Francisco fuerat, Dux inde petivit, 
ordinis hujus erat quia fautor maximus ille. 
His actis, hilares sacri per limina templi 
concrepuere tubas, litui raucique sonabant. 

Illorum sonitum percepit ut aure Saberna 
luctu tota gémit, tristi quoque plangitur sede : 
nam populi meritis oriuntur bella fréquenter; 
sons quoque supplicio semper torquetur amaro. 

Praeterea castrum quo se Gerberus in urbe 
servarat média cum tôt primoribus ejus, 
cum ducibus belli, belli non absque fragore, 
Lavalleus eques nostro cum milite cepit. 
Haud mora Gerberum cum torto fune revinctum 
Geldrini pedites rabido clamore trahebant, 
cum paucis aliis e mœsto carcere ductis. 
Omnis nobilium tune circumsepta propago, 
ut videat captos, illuc ubicunque ruebat. 
Constitit inter quos fallax Gerberus inermi 



LIVRE CINQUIÈME. 



107 



yeux levés vers le Ciel, lui adressaient aussi leurs sup- 
plications. 

Puis le Duc se rendit dans un autre temple élevé au 
milieu de la ville à l'honneur de saint François, dont 
l'ordre trouvait en lui son plus grand protecteur. Alors 
les trompettes retentirent joyeusement sur le seuil sacré, 
et les clairons firent résonner leurs rudes accords. 

Dès que Saverne eut entendu ces sons éclatants, elle 
se livra tout entière au deuil : la désolation régna dans 
toutes les maisons. Les crimes des peuples sont souvent 
la cause de la guerre, et le coupable ne peut jamais 
échapper à une punition sévère. 

Cependant le fort où Gerber s'était abrité, au milieu 
de la ville, avec les principaux de ses partisans et les 
chefs de ses troupes, n'avait pas été préservé du fracas 
de la guerre, et le brave Lavaux venait de s'en rendre 
maître avec nos soldats. Les troupes de Gueldre ame- 
nèrent bientôt, en poussant des cris de rage, Gerber en- 
chaîné d'une corde enroulée autour de lui ; il est suivi 
de quelques-uns de ses compagnons enlevés à leur triste 
repaire. Toute la noblesse entourée de gardes se pré- 
cipite de partout vers les captifs , pour pouvoir les 



io8 



LIBER QUINTUS. 



corpore, turbatus nullo sermone trahentis. 
Cui postquam multi simul illusere videntes, 
imus nobilium propere scitatur ab illo, 
hortaturque fari causam cur impius omni 
parte sibi densum sic jam quoesiverit agmen, 
agmen quod numéro muscas superabat ovantes, 
lucrosi miscent dum se pastoris in xde, 
quando vaccino sua vascula lacté madescunt. 
Quserit prseterea quaenam sibi tanta cupido 
regnandi subito mentem decepit amaram, 
unde sibi causae veniunt odii atque furoris, 
unde sibi pariter Fidei contemptio sacrœ, 
neglectus superi tandem surgitque senatus. 
Plurima prastereo qu^ sic Mavortius ille 
quaerebat miles capto, ducibusque prehensis. 
Gerberius primo casum sic prodidit omnem : 
« Vera fatebor enim, fuerint qucecunque, libenter, 
heroes, nec me mendacia fingere coget 
supplicii scevi terror, mortisque propinqu^e. 
Sors bene felici successit sidere vobis, 
quod jam nodoso teneor per castra capistro : 



LIVRE CINQUIÈME. ^ IO9 



contempler. Au milieu des vainqueurs s'arrête Gerber 
désarmé, et qui reste impassible aux menaces de celui 
qui l'entraîne. Le perfide est bientôt l'objet des railleries 
d'un grand nombre. Un des gentilshommes présents se 
hâte de l'interroger, le presse de dire pourquoi autour 
de sa personne impie il a réuni une armée si nombreuse, 
une armée plus nombreuse que les bataillons de mouches 
qui se précipitent joyeusement dans la demeure d'un 
riche berger, quand les vases s'y remplissent du lait de 
la génisse ; il lui demande pourquoi son âme s'est éprise 
si soudainement d'une passion coupable pour la domi- 
nation ; pourquoi il a cédé à une haine furieuse ; d'où 
lui vient son mépris pour la Religion, son dédain pour 
notre cour suprême. Je passe sur bien d'autres questions 
que le belliqueux chevalier adressa au captif et à ses gé- 
néraux enchaînés. 

Gerber, sans hésiter, déclara ainsi ses intentions : 
« Soldats, j'avouerai volontiers la vérité tout entière, 
quelle qu'elle soit, et la terreur d'un cruel supplice ou 
d'une mort prochaine ne me contraindra pas à mentir. 
Le sort vous a été favorable, et vous lui devez les plus 
grands succès, puisque me voilà pris et comme muselé 
dans votre camp. Mais si la fortune ennemie ne m'eût 



IIO * LIBER Q.UINTUS. 



nam nisi me fortuna ferox in vincla dcdissct, 
atque Saberninam Princeps Antonius urbem, 
absque mora segni, multum féliciter armis 
servasset, turpi spreta formidine lucis, 
ocius hos fines bellantum copia multa 
implesset, nemo quam dinunierare valeret, 
sicut arena maris nullo numeratur ab ore, 
illaque multorum Austrasium cuni sanguine vitam 
fudisset, totum pariter violasset et agmen, 
et bene muratas cepisset protinus urbes, 
villas cum claustris, validas arcesque potentum. 
Horresco referens quantis tua templa favillis 
ussisset, sacras pariter rupisset et aras. » 

Dixerat, et cunctos équités circumstetit ingens 
formido, dictis qui substupuere revincti. 
Et postquam videre scelus sic ore fateri, 
hune, ut jura jubent, furca pendere rapaci 
condemnant et ibi sceleratam perdere vitam. 

His actis, quidam dum qu?eritur undique lictor, 
qui sontis fœdum celeret torquere reatum, 
unus qui culpam tune conjurarat eamdeni, 



LIVRE CINQUIÈME. 



I I I 



jeté dans vos fers, si le duc Antoine, foulant aux pieds 
une servile crainte pour sa vie, n'eût fait bonne garde 
autour de Saverne, bientôt une nombreuse armée eût 
couvert vos frontières, armée que personne n'eût pu éva- 
luer, comme nulle bouche n'a jamais dit le nombre des 
sables de la mer. Bientôt elle eût versé le sang et arraché 
la vie d'un grand nombre de Lorrains. Elle eût attaqué 
toutes leurs troupes ; elle se fût emparée de leurs villes 
les mieux fortifiées, de leurs maisons de campagne les 
mieux encloses, de leurs châteaux les plus forts. Je ne 
puis, sans frémir, songer aux incendies de vos temples, 
aux saints autels brisés. » 



Il dit, et une grande crainte s'est emparée de tous les 
guerriers qui l'entourent ; les paroles du prisonnier leur 
ont causé une profonde stupeur. Après ces aveux du 
scélérat, il est de toute justice qu'il soit attaché à une 
potence, et que le misérable y perde la vie. 

Pendant qu'on cherche partout un bourreau pour faire 
subir à l'instant au coupable le supplice hideux, un de 
ses complices se présente et offre, movennant le pardon 



112 



surgendo crimen sibi condonarier optât, 
primorem et dominum laqueo pendebit atroci. 
Illi nam crinem detonsum tonderat ante ; 
pro vita nunquam lictoria munera spernet. 
Ut novus hic lictor sic vinclis conspicit arctis 
Gerberum, miserum dictis subsannat amaris : 
« Quam melius tibi, dicebat, venerande magister, 
servivi, mentum lavando dulcius unda ! 
Ars mea quam didici nullam dédit ante ruinam 
quae tibi caesariem rasit vitce absque periclo, 
sed modo quam disco tristes te mittet ad umbras, 
atque tuum corpus disrupto gutture perdet. » 

Sic ait, atque herum dorso devexit equino, 
educens illum, superata longius urbe, 
qui scelus admissum renuit delere fatendo, 
nec cupit assumpto culpam delere dolore, 
ille sed incepto semper persistit eodem, 
oblitus superi quantum clementia régis 
sit prona ad veniam, scelerumque oblivia ponit. 
Captuni praecedunt furias, servantque nocendo 



LIVRE CINQUIÈME. 



de sa faute, de suspendre son ancien maître avec le ter- 
rible lacet. C'est lui qui, en qualité de barbier, le débar- 
rassait jadis de ses cheveux ; aujourd'hui, pour avoir la 
vie sauve, il ne refusera pas le rôle d'exécuteur. Quand 
ce bourreau improvisé eut vu le malheureux Gerber 
étroitement enchaîné, il lui adressa d'amères railleries : 
c( O mon respectable maître, lui dit-il, combien les ser- 
vices que je t'ai rendus autrefois devaient t' être plus agréa- 
bles ! Auparavant j'arrosais ton menton avec l'eau at- 
tiédie ; mon ancienne profession ne t'a jamais causé 
aucun mal. Si je coupais tes cheveux, tu n'avais rien à 
craindre pour ta vie, mais le métier que je vais ap- 
prendre doit te précipiter sur les sombres bords ; la corde 
qui va serrer ton cou amènera la fin de tes jours. » 

Il dit, place son ancien maître sur le dos d'un cheval, 
et l'emmène loin de la ville. Le coupable refuse d'effacer 
son forfait par un aveu ; il ne veut pas faire oublier par 
le repentir sa criminelle conduite. Il persiste dans ses 
premières erreurs, ne songeant pas combien est grande 
la clémence divine, comme elle est toujours disposée à 
pardonner et à perdre le souvenir des fautes. Les Furies 
précèdent le captif dans sa marche ; toujours nuisibles, 
elles ont soin qu'il ne change pas de sentiments, même 

RUSTIC. II. 8 



114 



LIBER QUINTUS. 



ne revocet mentem, dum saeva morte quicscat. 
Ducitur is, salicem dum lictor cernit amaram, 
in cujus ramo religata fune ligavit 
captivi domini collum, sursumque pependit, 
emisit donec effracto gutture vitam, 
corpore contabuit qui sic pendendo repente : 
sic osor Fidei, populi deceptor iniquus, 
suspensus laqueo volucres enutrit agrestes : 
qui vivendo Dei spernit praecepta superni, 
spernitur a justo semper rectore polorum. 

Alter erat captus perpulchro corpore secum, 
aequalis fuerat pariter cui débita pœna. 
Is, socii vitam misero finire dolore 
suspiciens, illum festina voce profatur : 
« Quid nova seditio, dixit, Gerbere miselle, 
facta prius juvit, fervens c^edesque piorum 
expetere et justo sine jure palatia regum ? 
quem natura humilem genuit Germania quondam, 
in qua solerti coriarius arte fuisti, 
unde tibi facilem victum natisque parabas, 



LIVRE CINQUIÈME. 



à l'approche d'une mort affreuse. Le coupable est ainsi 
transporté jusqu'au moment où son bourreau aperçoit le 
saule fatal, aux rameaux duquel il attache la corde qui 
enchaîne et balance dans les airs son ancien maître, en 
attendant que son cou se brise, et qu'il exhale le dernier 
soupir. Le corps suspendu tombe peu après en putré- 
faction. L'ennemi de la Foi, le séducteur coupable de 
tout un peuple périt ainsi par le lacet, et servit de pâture 
aux oiseaux des champs. Celui qui, pendant toute sa vie, 
a méprisé la loi de Dieu, mérite bien que le maître cé- 
leste le rejette à son tour. 

Avec Gerber se trouvait un autre captif d'une grande 
beauté, à qui le même châtiment était dû. Celui-ci, voyant 
son ancien compagnon périr d'un affreux supplice, lui 
adressa aussitôt ces paroles : « Malheureux Gerber, à quoi 
t'ont servi la dernière sédition que tu as causée ; le meur- 
tre des hommes pieux, que tu as voulu avec tant de 
persistance, et l'injuste convoitise des palais des rois, 
toi, humble fils de la Germanie? Corroyeur habile, tu te 
procurais aisément des moyens d'existence pour tes en- 
fants et pour toi ; tu n'avais pas besoin de recourir au 
crime pour faire subsister une épouse chérie. Dès que 
ce genre de vie eut cessé de te plaire, tu t'abandonnas 



ii6 



LIBER QUINTUS. 



uxori charaeque tuae sine crimine lurpi. 
Hanc ubi sprevisti, mutato munere vitœ, 
omne tibi crimen nullo prohibente licebat, 
ausus es et mundi, miser ! insultare potentes, 
omnes Plutonis furias anteire furore. 
Regnasti, satis est, periit quoque cepta potestas : 
quippe gulae tradent viles tua viscera corvi, 
atque canes sese satiabunt corpore pingui. » 

Dixit, et, advertens mortem sibi jure paratam 
suspicit hic sursum; sceleris quoque pœnitet acti. 
Hinc, animo versans furias cito pectore tristi, 
quce sibi noxarum causam peperere nocentum, 
devovet, et veniam hac lacrymosa voce precatur 
« Principis aetherei genitrix generosa, faveto, 
sublimis virgo, priscae quae nescia culpas 
portasti prolem, miserai qua gratia terrae 
jam diffusa viget, totumque illuminât orbem, 
quam prius assumptam solio sedere superno 
rex superum justam voluit, sontesque juvare, 
arces atque tuo vultu decorare supernas, 
mortales misères celsa de sede revise, 



LIVRE CINQUIÈME. 



117 



sans obstacle à toute ta scélératesse. Tu osas, malheu- 
reux ! insulter les grands de la terre et surpasser en fureur 
les furies elles-mêmes. Tu fus roi, c'est tout dire, mais 
ton pouvoir usurpé est anéanti. Les vils corbeaux vont 
se repaître de tes entrailles, et les chiens se rassasieront 
de ton cadavre obèse. » 

Il dit, et, voyant le juste supplice qui lui est préparé, 
il lève les yeux vers le ciel ; il se repent des crimes qu'il 
a commis ; il se rappelle tristement les fureurs auxquelles 
il s'est livré, et qui l'ont entraîné à des actes coupables; 
il les exècre, et en demande ainsi le pardon avec des 
larmes dans la voix : 

«Généreuse mère de Dieu, vierge sublime, viens-moi 
en aide, toi qui, pure de la faute de nos premiers pa- 
rents, as porté dans ton sein le Fils par qui la grâce 
s'est répandue et vit sur la terre, illuminant le monde 
entier ; vierge de justice que le maître souverain enleva 
d'abord et puis plaça sur le trône auprès de lui ; toi 
dont il voulut faire l'appui des coupables et l'ornement 
des célestes demeures, daigne du haut de remp3Tée jeter 
un regard sur tant d'infortunés ; vierge pieuse, prie ton 



ii8 



LIBER QUINTUS. 



atque tuum natum pro me, pia virgo, precare, 
turpibus ut vitiis queis nunc offendimus illum, 
ignoscat, necnon morientem lumine dextro 
respiciat, fragiles donec mors dirimat artus. » 

His dictis illum suspendit in arbore lictor, 
atque diu luctans animam exhalavit amaram. 

Princeps interea noster, cum fratribus urbem 
dimittens captam, repetit sua castra libenter. 
In cujus reditu cito cyprea massa rotando 
sethera celsa quatit, Ixto frangitque boatu, 
victorem venisse sonat longoque fragore. 
Ausonii hinc posuere duces pro nocte sequenti 
excubias vigiles, servant vigilanter et agmen, 
quod bene conservant dum nox dissolvitur omnis. 
Sic fera turba canum vastum custodit ovile, 
vulnifico ne dente fer.'e de monte ruentes 
silvoso, placidas valeant laniare bidentes; 
sic vigilant Itali, periit quibus undique somnus. 

Nondum Aurora rubens spatiosum sparserat orbem, 
concilium concire jubet Lotharingius héros, 



LIVRE CINQUIÈME. 



119 



Fils pour moi ; qu'il me pardonne les crimes par les- 
quels je l'ai offensé ; qu'il me regarde d'un œil favo- 
rable, au moment de la mort, à l'heure où elle va briser 
mes membres. » 

Il dit, et le bourreau le suspend à un arbre; après 
une longue lutte il rend son âme pécheresse. 

Cependant le Duc, avec ses frères, abandonne la ville 
captive, et se hâte de rentrer dans son camp. Au retour 
du prince, le boulet d'airain dans sa rotation va sou- 
dain frapper l'air, qu'il fait retentir d'un grand bruit de 
fête. L'explosion prolongée annonce l'arrivée du vain- 
queur. Les chefs italiens disposent des sentinelles pour 
la nuit qui approche ; des postes vigilants sont chargés de 
la sûreté de l'armée, qu'ils protègent jusqu'au moment 
où les ténèbres font place au jour. Comme des chiens 
attroupés gardent une vaste bergerie contre la dent 
meurtrière des bêtes fauves prêtes à se ruer du haut des 
montagnes boisées pour venir déchirer les innocentes 
brebis, ainsi veillent les Italiens, pour qui le sommeil 
d'une nuit entière est perdu. 

L'aurore n'avait pas encore disséminé ses feux sur 
l'orbe spacieux de l'univers ; le héros de la Lorraine 



120 



LIBER QUINTUS. 



gaudia ne faciat violentis hostibus ille. 
Continuo venit prudens Guiseius illuc, 
atque ducis fratres, veniunt multique vocati ; 
Austrasii comités adsunt, pariterque ducatus 
primores equitum quos secum duxerat omnes. 

Astabant ubi conventus, Lotharingius héros 
haec ait, ad cunctos defigens lumina fratres : 
« Scitis quam felix, supero ducente monarcha, 
sit modo christicolae victoria facta phalangi, 
in qua bis octo numerantur caesa virorum 
millia, perpetuo quae sunt jam dedita somno, 
cruda quibus comedunt obscœnae corda volucres. 
Consilium quaero si, tôt post millia ca^sa, 
est subito repetenda domus, regnumque paternum, 
atque manus revocanda in sedes ante relictas, 
aut modo Germanos hic exspectare féroces. 
Si patriam remeem, timeo ne perfidus hostis 
saeviat, atque novum properanter pullulet agmen, 
atque renascatur veluti maie pullulât hydra 
multorum in Lerna turpi rediviva colubrum : 
uno conscisso, multi, ut dixere, resurgunt. 



LIVRE CINQUIÈME. 



121 



ordonne de réunir son conseil, pour aviser aux moyens 
d'enlever à ses cruels ennemis la joie qu'ils se promettent. 
Le sage de Guise s'y rend aussitôt ; avec lui les frères 
du Duc et bien d'autres encore. Là sont présents les 
comtes de Lorraine et les principaux chevaliers que le 
Prince avait tous amenés avec lui. 

Quand l'assemblée fut complète, Antoine portant ses 
regards du côté de ses frères, leur dit : « Vous savez 
comme, avec l'aide de Dieu, l'armée chrétienne vient 
de triompher heureusement. Deux fois huit mille ennemis 
ont été immolés; déjà ils dorment de l'éternel sommeil, 
et leurs cœurs encore palpitants sont la pâture d'oiseaux 
immondes. Je viens vous consulter pour savoir si, après 
la défaite de tant de milliers d'hommes, il nous faut 
rejoindre immédiatement nos pénates et les États de 
mes pères, et faire revenir mes troupes dans leurs foyers 
délaissés, ou attendre encore ici les féroces Germains. 
Si je retourne dans ma patrie, je crains que nos perfides 
ennemis ne se livrent à toute leur fureur; qu'il ne repa- 
raisse tout à coup une nouvelle armée, et qu'elle ne 
renaisse, comme sur l'hydre hideuse repoussaient, dans 
les fanges de Lerne, les cent têtes de couleuvres. A peine 
Tune était-elle coupée, qu'il en reparaissait plusieurs 



122 



LIBER QUINTUS. 



Sic timeo vulgus majus ne suscitet agmen, 
inventaque manu nos caedat more leonis, 
ut modo Gerberus vulgavit voce minaci. » 

Dixit, et exsurgens Joannes, inclytus héros, 
cardinei decoris quem fulgens culmen honorât, 
effudit talem generoso pectore vocem : 
« Dissona non statim a citharœdo chorda diserto 
tolHtur, a cithara pariter removetur eburna, 
illam tendendo docta verum expHcat arte, 
vel minus extensam digito satis ille remittit : 
sontes sic subito princeps non tollat iniquos, 
illorum mores ast emandare rehnquat : 
sic Deus expectat venturx tempora messis, 
peccantes clemens nec sem'per perdit in ira. )> 

His dictis propere siluit prsestantior héros. 
Guisius et princeps cœpit discrimina belli 
mox pensare feri, quantam miserisque ruinam 
afferat humanis, obstet ni rector Olynipi ; 
hxc cogitans secum postremo taha dixit : 
« Cesset jam vulgus nostratum morte cruorem 



LIVRE CINQUIÈME. 



123 



autres, dit-on. Je crains donc que cette plèbe ne nous 
suscite une armée plus grande que la première, et qu'a- 
vec ses nouvelles troupes elle ne nous traite comme le 
lion ses victimes : ainsi nous l'a déjà annoncé Gerber 
d'une voix menaçante. » 

Il dit ; alors se lève l'illustre Jean de Lorraine, orné 
des insignes de la haute dignité de cardinal, et son cœur 
généreux lui inspire ces paroles : « L'habile joueur de lyre 
n'enlève pas tout de suite, et ne rejette pas de l'instru- 
ment d'ivoire la corde dissonante : son art lui apprend 
à la détendre quand elle est trop raide, ou, si elle est 
trop lâche, son doigt la retend. Que le Prince se garde 
donc d'exterminer sans sursis les coupables ; qu'il leur 
permette de revenir à résipiscence. C'est ainsi que Dieu 
laisse arriver les temps de la moisson ; que, toujours bon 
dans sa colère, il épargne les pécheurs. )> 

Le noble prélat s'arrête soudain, et garde le silence. 
Le comte de Guise se met à peser les chances d'une 
guerre terrible, tous les malheurs dont elle accable les 
pauvres humains, quand Dieu n'y pourvoit pas. Après 
ces réflexions, il s'exprime ainsi : ((Qiiele Rustaud cesse 
de verser notre sang dans d'affreuses luttes, ou il éprou- 
vera de cruels échecs en retour des embûches qu'il nous 



124 



LIBER Q.UINTUS. 



perdere crudeli, vel perniciosa dabuntur 
damna modo, dum nobis insidiatur ubique, 
omnes et rapientur opes quas ante coegit, 
in nos insurgens si rursum viribus impar, 
dementer commovet praelia plena furore. 
Propterea in patriam tua nondum castra movenda, 
strenue ter princeps , dulcis repetenda nec asdes, 
hase populi rabies dum plus sedata quiescat. » 

Guisius hac princeps perçusserat aethera voce, 
quae Vademonteo comiti sententia multum 
grata fuit, nullum qui semper Martis amati 
spernit opus, forma cunctis generosus et armis; 
hœc comitum placuit pariter fortique coronae. 
Ast alii patriae seniores multa ferebant 
inter se, nec sic adeunda pericula belli 
dicebant, at per Sarburgia mœnia tantum 
consultant remeare ducem, totamque phalangem. 
Consilium tamen hoc cuncti sprevere potentes, 
decretumqué fuit legionem longius ire 
Austrasiae, cui jam nullus reditusque patescet, 
Alsaticam vallem donec lustraverit omnem. 



LIVRE CINQUIÈME. 



125 



dresse partout. Nous lui reprendrons toutes les richesses 
qu'il a entassées, s'il s'élève encore contre nous ; si, avec 
des forces inégales, il est assez insensé pour raviver la 
fureur des combats. Ainsi, Prince trois fois intrépide, 
avant de mettre ton camp en marche pour revenir dans 
ta patrie, avant de reprendre le chemin de ta demeure 
chérie, attends que la rage de ce peuple s'apaise, qu'il 
rentre dans le calme. » 

Telles furent les paroles que le comte de Guise fit 
entendre. Son avis fut complètement partagé par le 
comte de Vaudémont, pour qui les expéditions guerrières 
eurent toujours des charmes, et qui n'était pas moins 
remarquable par sa valeur que par sa beauté. La réso- 
lution ne plut pas moins à la phalange belliqueuse des 
comtes de Lorraine. Mais certains pères de la patrie, 
d'un âge plus avancé, conférèrent longtemps entre eux, 
n'étant pas d'avis de courir les dangers de la guerre, et 
voulant que le duc et ses troupes se bornassent à reve- 
nir par les murs de Sarrebourg. La généralité des grands 
repoussa ce projet. Il fut décidé que les légions lor- 
raines poursuivraient leur marche, et qu'on ne songe- 
rait pas au retour avant d'avoir parcouru toute la vallée 
d'Alsace. 



126 



LIBER QUINTUS, 



Dicitur interea spoliata rumor in urbe, 
Austrasium regem sua Martia castra subisse, 
Haec ubi cognorunt pedites, majora fremendo 
damna ferunt victis, ignem rapidumquc per aedes 
hostiles mittunt, volitent ut jamque favillae. 
Conveniunt victi, postquam videre periclum ; 
rem quoque consultant tacito sermone timendam, 
portarumque dehinc reserato cardine cives 
ire jubent ad pulchra ducis tentoria centum, 
centum oratrices, nuptarum ex ordine sancto 
délectas, sparsis gradientes crinibus omnes 
proque viris charis quos carcere detinet ille, 
patribus et natis lacrymando poscere pacem, 
ne pereant illi properanti funditus ense, 
ignis et immissi faciant cessare furorem, 
quem scelerata phalanx immiserat ante latronum. 

Haud mora, matronae céleri tentoria gressu 
festinando adeunt tristes, Lotharingia castra, 
atque iter ingressae mœstum sua castra libenter 
non procul aspiciunt, illucque subire laborant. 
Qui prior ingressis generoso h^c protulit ore : 



LIVRE CINQUIÈME. 



127 



Cependant il se répand dans la ville pillée le bruit que 
le Duc est rentré dans son camp. Lorsque l'ennemi en 
est informé, il se livre, dans sa fureur, a de plus grands 
excès contre les vaincus ; il lance sur les maisons un feu 
dévorant; déjà voltigent les flammes. A la vue du péril 
les malheureux se réunissent; ils délibèrent secrètement 
sur leur dangereuse position, puis ils ouvrent les portes 
de la ville à cent de leurs concitoyennes, cent matrones 
suppliantes choisies parmi les plus respectables, et qu'ils 
envoient sous les riches tentes du prince; elles iront, 
éplorées, les cheveux épars, demander grâce pour des 
époux chéris retenus dans les fers, pour des pères et des 
fils que l'épée menace d'exterminer bientôt; elles prie- 
ront qu'on fasse cesser les ravages de l'incendie qu'une 
troupe de scélérats vient d'allumer. 

Les dames, en deuil, hâtent leur départ; d'un pas ra- 
pide elles se dirigent vers les tentes du prince, vers le 
camp lorrain. Elles les aperçoivent bientôt, non sans 
plaisir, et s'empressent d'y pénétrer, après une marche 
qu'elles ont faite bien tristement. Quand elles sont en- 
trées, le Duc leur adresse le premier ces paroles pleines 



128 



LIBER Q.UINTUS. 



(( Dicite, matronce, quaenam mea castra petendi 
causa fuit? Nostrum quis vos hue vexit ad agmen? 
A me quid petitis tanto in discrimine belli ? » 

Urbe Sabernina veniens selecta virago, 
quae fuerat cunctis aliis facundior ore, 
ante Ducem nostrum loquitur sic, poplite flexo ; 
« Magne Renatiades, o cui clementia mitis 
complacuit semper, décor et pietatis amatae, 
venimus hue muho céleri, dux inclyte, gressu, 
proque viris veniam, natisque precamur ademptis, 
carcere robusto bellum quos intulit omnes, 
illos ne facias ^terna tollere morte. 
Vidimus, heu ! miserae tôt nostrae funera gentis 
Mavortis cecidisse manu ; cessent, precor, illa, 
aedibus a nostris arce clementer et ignem 
quas post discessum populus sceleratus inurit. 
Et, nisi nos propero tua virtus sublevet ense, 
omnia vastando violabit fumiger ignis. 
Devins ut Phaeton, post jani promissa parentis, 
post sibi concessum Phœbi moderamen equorum, 
quod renuens genitor multum dissuaserat ante, 



LIVRE CINQUIÈME. 



129 



de bonté : « Veuillez me dire, nobles dames, quel motif 
vous amène en mon camp, et qui a pu vous faire arri- 
ver jusqu'au milieu de mes troupes? Qu'attendez-vous 
de moi dans cette terrible guerre ? )> 

Une des habitantes de Saverne, choisie pour porter la 
parole à cause de sa plus grande facilité à s'exprimer, 
incline le genou devant le prince et lui répond : « Illus- 
tre descendant de René, souverain pour qui les douceurs 
de la clémence eurent toujours des attraits, vous qui 
aimez et honorez la piété, nous sommes venues en toute 
hâte, chef glorieux, afin de vous demander grâce pour 
nos maris et nos enfants, qui nous ont été ravis et que 
la guerre a tous plongés dans les cachots : veuillez les 
soustraire à la mort qui les attend. Hélas ! les combats 
cruels ont déjà fait bien des victimes parmi nous ; arrê- 
tez, nous vous en supplions, ces funérailles d'un mal- 
heureux peuple. Daignez éloigner le feu de nos de- 
meures, que depuis votre départ des scélérats ne cessent 
d'incendier. Si votre valeur ne nous délivre bientôt à 
l'aide de l'épée, la flamme attaquera et dévorera tout 
ce qui nous appartient. Comme, après quePhaéton, auto- 
risé par les promesses paternelles, eut obtenu de diriger 
les coursiers du Soleil, et que ce jeune présomptueux, 

RUSTIC. II. Q 



130 



LIBER QUINTUS. 



postquam lora manu cepit puer inscius artis, 
in cinerem vertit multas cum mœnibus urbes : 
sic facient pedites ni sit clementia praesto. 
Injusto quamvis bello bellavimus omnes, 
majori exitio meruimus perdier a te ; 
attamen in captos hostes non sseviat ira : 
Scipio sic magnus sine munere reddidit omnes 
Hispanos, longo quos bello ceperat ante. 
Romanis multis reditum concessit et ultro 
Pyrrhus Achilleides, hosti captoque pepercit : 
sic reditum facilem nostris largire maritis, 
in viduo lecto madeant ne tempora fletu, 
et tanti facti cessabit gloria nunquam. « 



His dictis, mulier tristi suspiria corde 
rumpere non cessât, multo quoque lumina fletu 
irrorat, veluti dulcis si forte puellum 
iratum mater gremio deponit amœno. 

Ocius his lacrymis motus Dux inclytus urbi 



LIVRE CINQUIÈME. 



triomphant enfin des refus de Fauteur de ses jours, fut 
monté sur un char qu'il était inhabile à conduire, par 
ses déviations, des villes, habitants et murailles, furent 
réduites en cendres, ainsi nous périrons brûlés par nos 
ennemis, si votre bonté ne nous vient en aide. Bien que 
nous vous ayons fait une guerre injuste, que nous ayons 
mérité de finir plus cruellement encore, cependant vous 
ne voudrez pas vous abandonner à toute votre colère 
contre des captifs. Le grand Scipion rendit autrefois, 
sans rançon, tous les prisonniers espagnols qu'il avait 
faits dans une longue guerre. Le descendant d'Achille, 
Pyrrhus, accorda spontanément le retour dans leur pa- 
trie à une foule de Romains ; il épargna l'ennemi vaincu. 
Facilitez aussi, nous vous en conjurons, le retour de nos 
époux, si vous ne voulez pas que nos couches désertes 
soient baignées de nos larmes. Et jamais la gloire d'un 
si grand bienfait ne périra. » 

En parlant ainsi , la matrone pousse de son cœur 
attristé des soupirs profonds, et arrose de pleurs son 
visage, comme le ferait un jeune enfant courroucé qu'une 
tendre mère serrerait entre ses bras. 

Le prince, touché de tant de larmes, ordonne qu'on 



132 



LIBER QUINTUS. 



afflictae, miseris subito et succurrere mandat 
hostibus, et flammam pariter prohibere voracem. 
Ludrius eligitur, primis assuetus ab armis 
ducere bella Ducis, qui tantum munus obirer 
Evocat armatos lecta de gente potenter, 
adjunxitque sibi, domini qui jussa capessant. 
Agmine nobilium facto tentoria linquunt, 
atque Saberninse succedunt protinus urbi, 
ignis et immissi flammam compescere curant, 
instanterque jubent hostem ne talibus ultra 
incessent plagis, nullo quoque funere turbent, 
nec vitam eripiant conclusis carcere cxco, 
sed tenui pretio vitam servare laborent. 

His actis dominée celebrabant jamque recessum 
Germanae, revocat cum Princeps eminus illas 
Austrasius matres, sortis miseratus iniquse, 
atque suas epulas partiri jussit in omnes, 
tollere mœstificamque famem decrevit ab illis. 
Gramineo cunctas igitur discumbere campo 
non procul a castris fecit, dapibusque repertis, 



LIVRE CINQUIÈME. 



aille aussitôt au secours de la ville infortunée de 
nos ennemis si malheureux, et qu'on arrête en même 
temps les ravages de l'incendie. Pour cette importante 
mission, il choisit le brave de Ludres qui, dès son entrée 
dans la carrière des combats, eut toujours des comman- 
dements dans les armées de son prince. Le guerrier 
appelle à lui des soldats de haut lignage, qu'il s'adjoint 
dans le but d'exécuter les volontés du souverain. Cette 
noble troupe une fois formée, il abandonne le camp, et 
se hâte d'entrer dans Saverne. On éteint le feu dévasta- 
teur. Des ordres pressants sont donnés pour que désor- 
mais l'ennemi soit à l'abri des attaques; que la mort 
cesse de le poursuivre ; que ceux qui sont renfermés 
dans les sombres cachots n'aient plus à craindre pour 
leur vie, et qu'ils puissent se racheter moyennant une 
modique rançon. 

Déjà les dames germaines se sont retirées; le Duc de 
Lorraine, touché de leur infortune, ordonne qu'on les 
rappelle et qu'on leur distribue les mets de sa table : il 
veut qu'elles apaisent la faim qui les tourmente. Il com- 
mande qu'on les fasse asseoir toutes non loin du camp, 
dans une verte prairie ; il n'a pas de repos qu'on n'ait 
trouvé des aliments pour rassasier les malheureuses à 



134 



LIBER QUINTUS. 



explevit ventrem jéjunum strenuus héros, 
ardentemque sitim dulci vinoque refecit, 
iitque piae Cereris dédit illis plurima dona 
quae conservabat Wiceius Ulricus (i) ante, 
auratus miles, Castelli natus ab aede. 

Potandi postquam cunctis expleta cupido, 
retulere Duci Cereris pro munere grates, 
atque suam repetunt cum dono protinus urbem. 
Illae dum redeunt, suspensi triste cadaver 
Gerberi cernunt pascentis in aere corvos, 
non procul a castris Lotharingi principis, omnes 
irato multum jaciunt convicia corde, 
quod proprios omnes macularit sanguine fines, 
vicinum gazis sit depopulatus agellum, 
per quem Tartareis tôt corpora missa sub undis, 
auri tôt per quem periereque pondéra caeci. 
Pendentem necnon verbo execrantur amaro 
Germanae dominae, atque dehinc sua tecta subintrant, 
enarrantque viris Lotharingi munera régis 
ilHs quse dederat, mox ut largitus in omnes 
sitque dapes lautas in l^to gramine campi. 



LIVRE CINQUIÈME. 



jeun ; il veut étancher leur brûlante soif avec la douce 
liqueur du vin. Il leur fait remettre de grandes provi- 
sions de pain que tenait en réserve Ulrich de Wysse, 
chevalier du Châtelet. 

Quand toutes se sont suffisamment désaltérées, elles 
viennent remercier le Duc de ses présents, et chargées 
de ses dons elles regagnent aussitôt leur ville. A leur 
retour, elles aperçoivent le cadavre de Gerber, triste- 
ment suspendu dans les airs et servant de pâture aux 
corbeaux, non loin du camp lorrain. Toutes, le cœur 
irrité, accablent d'injures celui qui a inondé de sang leur 
pays, qui a dépouillé de ses richesses la contrée voisine, 
qui a précipité tant de morts sur les sombres rives, et 
par qui ont disparu tant de lingots de cet or qui nous 
aveugle. Dans les termes les plus outrageants elles 
vouent le supplicié à l'exécration, puis enfin elles ren- 
trent dans leurs demeures. Elles racontent aux habitants 
les largesses du Prince, et comment il a fait distribuer 
entre elles toutes, dans une vaste plaine, des mets exquis. 



LIBER QUINTUS> 



Urbe Sabernina capta Lotharingius héros 
castra movere jubet, rauce résonante per astra 
aerisono clangore tubas, lituique sonori. 
Arma parant pedites, Ducis et mandata facessunt, 
acceptoque penu cito Marmonsteria tendunt 
mœnia, quas capta non distant longius urbe. 
Accélérant dum sic fratres, arcique propinquant 
praedictae, cernunt parvi de vertice montis 
innumeros équités, fulgentes aere corusco. 
Restitit hic legio, donec cognoscit an hostes 
illi an socii conjuncti fœdere pacis. 

Austrasium dum sic prospectât non procul agmen, 
exiHt in médium mox gubernator honorus, 
nomine Caesareo, Germanas totius orae. 
Argentinenses équités fulgentibus armis 
hic aderant, regem nostrum qui pone sequuntur, 
intraret donec sua Marmonsteria tecta. 
Introgressa fuit postquam constanter in urbe 
Antonina manus, surgunt de sede ministri, 



LIVRE CINQUIÈME. 



Après la prise de Saverne, le héros de la Lorraine 
ordonne qu'on lève le camp. Partout retentit dans les 
airs le son éclatant de la trompette d'airain et du clairon 
guerrier. Les troupes prennent les armes, et, pourvues 
de provisions suivant les ordres du Prince, elles se diri- 
gent en toute hâte vers les murs de Marmoutier, qui 
n'est pas bien éloigné de la ville dont on vient de s'em- 
parer. Pendant que les frères de notre Duc précipitent 
la marche et s'approchent de la forteresse, ils aperçoivent 
du haut d'une colline d'innombrables cavaliers qui res- 
plendissent de l'éclat de l'airain. L'armée s'arrête pour 
s'assurer si elle a affaire à des ennemis, ou si elle ne 
voit que des alliés que lui ont créés les traités. 

Pendant que nos troupes restent ainsi attentives, tout 
à coup s'élance au milieu d'elles l'honorable gouverneur 
chargé par l'empereur de maintenir dans l'obéissance 
leé frontières de la Germanie. Avec lui sont les cavaliers 
de Strasbourg ornés de brillantes armes ; ils se placent 
derrière notre prince et l'accompagnent dans son entrée 
à Marmoutier. Quand l'armée d'Antoine se fut introduite 
dans la ville, les serviteurs du souverain quittèrent leurs 
rangs, accoururent à sa rencontre, lui enlevèrent son 



138 



occuruntque Duci, positisque fulgentibus armis 
egregium corpus laena cinxere micanti. 

Germani hue veniunt équités, regemque salutant. 
nie sui similis cunctis assurgere cœpit, 
omnes quem propere celebri venerantur honore, 
illos praesenti quod sic defendere.t ense, 
quod facinus fulgens omni celebrabitur sevo, 
quod réfèrent homines donec radiantia cœlo 
sidera fulgebunt, vivet dum florida tellus, 
perque suum regnum refluet dum rauca Mosella. 

Hac et in urbe pius, pro victis hostibus lieros 
intentus precuHs, invisit templa sacrata, 
pro sibi concesso laudes agitatque triumpho. 
Haec urbs et quoniam caecorum lusa furore 
agricolum fuerat, voluere hanc perdere bello 
nostrates pedites, illam spoliando libenter, 
noluit at princeps ablutos sanguine Christi 
tam multos homines properanti toUere morte. 
In melius verum vitam correxit ubique, 
atque novum virus tota deposuit urbe, 
ultio ne divina cadens liane obruat olim. 



LIVRE CINQUIÈME. 



139 



éclatante armure, et couvrirent d'un manteau splendide 
sa personne majestueuse. 

Alors les cavaliers germains viennent saluer le Duc 
qui, toujours semblable à lui-même, se lève à leur as- 
pect. Tous se hâtent de lui présenter leurs hommages 
solennels ; ils le remercient de les défendre ainsi de son 
épée protectrice ; ses glorieux exploits seront célébrés 
dans tous les âges ; ils seront l'entretien des hommes 
tant que les étoiles radieuses brilleront dans le ciel, tant 
que la terre restera ornée de fleurs, tant que la bruyante 
Moselle parcourra ses Etats. 

Le héros, toujours pieux, va, à Marmoutier aussi, 
le rosaire à la main, visiter les saints temples, re- 
mercier le ciel de la défaite des ennemis, et lui rendre 
grâce du triomphe qu'il a obtenu. Comme cette ville 
avait été également la dupe de la fureur aveugle des 
Rustauds, nos soldats voulaient la faire passer par les 
armes et la piller, mais le prince ne consentit pas à 
condamner si promptement à la mort tant d'hommes 
lavés par le sang du Christ. Il prétendit introduire par- 
tout une sage réforme, faire disparaître la contagion dont 
la ville était atteinte depuis peu, empêcher que la ven- 
geance* divine ne s'étendît sur elle et ne l'engloutît , 



140 



LIBER QUINTUS. 



moribus ut sacris corruptas quatuor urbes, 
Gomorrham, Seboim miseram, Sodomenque scelestam 
atque Adamam grandem divino perdidit igne. 

Dux tamen his aliquos qui seduxere juventam, 
et sermone suo populum sua vota sequentem, 
illius, heu ! sectas capientis verba libenter, 
abstulit ense pio, vitam et finire coegit, 
crimine ne populus sese macularet ab illo. 
Inter quos aderant cathedram qui forte repertam 
iedibus in sacris igni et, res mira ! voraci 
audacter dederant, spernentes jussa Lothringi ; 
hanc cathedram dico qua concio sacra fiebat. 
Quos ubi Hctor atrox voluit suspendere furca, 
noluit ex ipsis unus commissa fateri, 
nec scelus agnovit veluti truculentus ludas, 
sit Hcet a doctis longo sermone precatus. 
Q.uem postquam Hctor tristes demisit ad umbras, 
tune mage turpe fuit nigro carbone cadaver. 



LIVRE CINQUIÈME. 



141 



comme jadis Gomorrhe, la misérable Séboïm, la cri- 
minelle Sodome et la vaste Adama, qui toutes quatre 
devinrent la proie des flammes divines, digne châtiment 
d'une infâme corruption. 

Cependant le Duc^ mû par de pieux scrupules, fit 
frapper de l'épée et livra à la mort quelques coupables 
qui avaient séduit la jeunesse, qui par leurs discours 
avaient entraîné le peuple à leur gré et lui avaient fait 
partager, hélas ! avec plaisir les erreurs de l'hérésie 
nouvelle. Le prince voulait préserver désormais la 
ville. Parmi les criminels se trouvaient ceux qui, au 
mépris du souverain, avaient eu, quelle chose mons- 
trueuse ! l'audace de livrer aux flammes dévorantes dans 
le saint temple une de ces chaires sacrées d'où l'on fait 
entendre la parole de Dieu et dont le hasard les avait 
rendus maîtres. Quand le bourreau dut les suspendre à 
la fatale potence, l'un d'eux refusa de confesser sa scélé- 
ratesse ; il nia son crime comme l'infâme Judas, bien 
qu'on eût longtemps essayé de le convaincre par d'élo- 
quentes paroles. Mais quand ce coupable endurci eut 
subi le supplice, son cadavre hideux parut plus noir que 
le noir charbon. 



LIBER QUINTUS. 



His actis princeps, populoque in pace redacto 
qui sacrae Fidei postquam servire Lothringo 
promisit domino et sceleri desistere cœpto, 
dimisit princeps sua Marmonsteria tecta. 
Ut rauco strepuere tubae per sidera cantu, 
extemplo petiit, Martis non absque tumultu, 
arcis Dachstennae sublimia tecta repente. 



LIVRE CINQUIÈME. 



Le prince ayant ainsi rétabli l'ordre partout, après 
avoir reçu de tous la promesse qu'ils seraient désor- 
mais de fervents observateurs de leur religion et qu'ils 
renonçaient à leur criminelle entreprise, abandonna sa 
demeure de Marmoutier, puis, au son bruyant de la 
trompette qui retentit dans les airs, au milieu du tumulte 
des armes, il se dirigea rapidement vers les remparts 
élevés de la forteresse de Dachstein. 



ARGUMENTUM LIBRI SEXTI 



Praeter spem in sexto renovantur Martia bella ; 
Lothringus Chervillae castra locavit ad arces ; 
magnanimi heroes consultant; bella parantu i 
horrida ; Chervillse incenduntur tecta superbas ; 
diffugiunt hostes, et Marte premuntur acerbo, 
et dono Divum victoria parta secundo ; 
magnanimi heroes patrios petiere pénates, 
Marte triumphanti, et Divis dant thurea dona. 



em Fidei sacras, tollendo funere vulgus 



-L Vundique deceptum, valide reparasse putabat 
Austrasius princeps, belli finemque dédisse, 
h^reseos vires et confregisse nefandae. 
Fortius at bellum Germano surgit in orbe, 
post tantos homines inopina morte ligatos, 
omnis et Alsatiae regio dissultat in arma, 
asseclasque suos a nostris caede peremptos 



LIBER SEXTUS. 




ARGUMENT DU SIXIEME LIVRE. 



Contre toute attente nous voyons dans ce livre se renouveler les com- 
bats. Le Duc établit son camp près des murs de Scherwiller. Conseil 
tenu par les guerriers ; dispositions prises pour une lutte redouta- 
ble. Incendie de l'orgueilleux Scherwiller. Fuite des ennemis ; 
terrible défaite qu'ils éprouvent. Nouvelle victoire due à la protec- 
tion divine. Nos braves regagnent leur patrie en triomphateurs, et 
font brûler l'encens dans les temples. 



rétabli la Foi partout et terminé la guerre en écrasant 
l'infâme hérésie. Mais la lutte recommence plus acharnée 
dans le monde germain. Après que la mort y a fait 
inopinément d'importantes victimes, l'Alsace entière 
court aux armes, brûlant de venger par une guerre 
cruelle ses partisans, qu'ont immolés nos soldats. Elle 
jure que ses perfides projets seront menés à bonne fin ; 

RUSTIC. II. • 10 



LIVRE SIXIÈME. 



L 



E Duc de Lorraine était persuadé que, par la des- 
ftruction d'une plèbe qui s'était laissé séduire, il avait 



146 



LIBER SEXTUS. 



acrius ulcisci telis exardet amaris, 
ejus perfidiam sancit nec tradere ventis, 
infestumque sibi quaerit per dévia regem. 
Propterea cives miscentes omnia Marte, 
injussi absque tubae sonitu sua limina linquunt, 
contemptum fratrem, cum conjuge pignora chara. 
Hic hunieros grandes lorica vestit atroci, 
induit atque caput galea fulgore nitenti, 
et teretes ferro suras includit iniquas. 
Alter habens armis protectum a vertice corpus, 
mucronem lateri saevo suspendit acutum, 
nescius et vinci clypeum capit ille cruentum. 
Mox alii reserant urbes, domibusque relictis 
digressum quserunt. Veluti si quando columb^e, 
implumem niduni linquentes, agmine facto, 
posteaquam cœlum bene conspexere serenum 
et vacuas umbra nubes, sua tecta relinquunt, 
per campumque volant, carpunt ubi pascua multa : 
sic sua Germani grassando mœnia linquunt. 

Postea Fama loquax currit velocibus alis, 
augescit viresque suas celeranter eundo. 



LIVRE SIXIÈME. 



elle cherche par des voies détournées à surprendre un 
prince qui lui est hostile. Bientôt les citoyens, sans qu'on 
leur en ait intimé l'ordre, sans que la trompette se soit 
fait entendre, font partout des préparatifs de guerre, 
abandonnant leurs maisons, laissant là un frère, une 
épouse , les gages chéris de leur tendresse. L'un charge 
de la terrible cuirasse ses larges épaules; il couvre sa 
tête du casque éclatant ; il enveloppe ses jambes de 
cuissarts qui n'étaient pas faits pour elles. L'autre, armé 
de pied en cap, suspend fièrement à son côté une épée à 
la pointe aiguë; invincible jusqu'alors, il saisit son bou- 
clier sanglant ; d'autres ouvrent les portes des villes, dé- 
laissent leurs demeures et se répandent de tous côtés. 
Comme les colombes s'attroupant abandonnent leurs 
petits encore privés de duvet, quittent leur nid à la vue 
du ciel serein qu'aucun nuage ne vient assombrir, puis 
s'élancent dans la plaine et vont y recueillir une abon- 
dante nourriture , ainsi les Germains sortent de leurs 
maisons pour voler au combat. 

Cependant la Renommée, qui n'est jamais muette, se 
précipite en déployant ses ailes légères ; dans son vol 



148 



multiplici linguaque sonum, mirabile dictu ! 
commovet Alsaticos vario sermone rebelles, 
Austrasiumque canit dominum, post funera gentis 
Germanae, post tôt dimissa cadavera saevis 
alitibus, patriam nunc cum legione Lothringa 
per vallem Alsaticam demum remeare potenter, 
et nisi Germani populi modo causa perempti 
audaces moneat tollendo fortiter illum, 
atque suum cuneum gladio lacerando minaci, 
hic impune petet Nanceia mœnia victor, 
ni cœptum turbetur iter cum strage potenti, 
atque Almannorum di^to ridebit amaro 
antiquas vires, belli quoque pristina facta. 

Tali Fama ferox cives exaggerat ira, 
illorum et mentes verbis incendie acutis. 
Urbes qui postquam tôt dimisere capaces, 
mox agitant illi quo possint perdere Marte 
hostilem cuneum, socios qui perdidit omnes. 

Villa sedet prope Slestadium, non invia nullis. 



LIVRE SIXIÈME. 



149 



rapide elle se renforce, répand mille bruits, et, chose 
étonnante ! des rumeurs de tout genre lui suffisent pour 
soulever encore les rebelles d'Alsace. Elle annonce que 
le souverain de la Lorraine, après la destruction de toute 
une population de la Germanie, après avoir livré aux 
vautours les cadavres de tant de guerriers, ne craint plus 
de rentrer enfin dans sa patrie et de se diriger par les 
vallées d'Alsace avec ses légions. Si la cause de tout un 
peuple qui vient d'être immolé pour eux ne parle pas au 
cœur des Germains, s'ils n'ont pas le courage d'anéantir 
l'ennemi, si leur glaive menaçant ne taille pas en pièces 
l'armée du prince, le vainqueur regagnera impunément 
les murs de Nancy. Si une sanglante défaite ne vient pas 
l'arrêter dans sa marche, il pourra, par ses piquantes 
railleries, tourner en ridicule l'antique puissance des 
Germains et leurs anciens exploits. 

C'est ainsi que la cruelle Renommée se plaît à exciter 
le courroux de malheureux citoyens et à les enflammer 
par des paroles irritantes. Laissant à l'abandon une foule 
de villes spacieuses, ils vont concerter entre eux les 
moyens de perdre une armée ennemie qui a exterminé 
leurs partisans. 

Il est près de Schelestadt un bourg alors inabordable à 



150 



LIBER SEXTUS. 



quam modo Germano dicunt sermone coloni 
Chervillam, fluidus quam totam circuit amnis, 
mœnia conspiciens Castenae non procul arcis. 
Hanc villam juxta, campo spatiosa patenti, 
Martia vallis erat, multum vicina décore 
vineto, Cereris multum divesque potentis, 
flexivago fluvio pingues ornata per agros, 
montibus excelsis non distans, in quibus hostes 
occultent sese, si sors adversa requirat. 
Hac iter Austrasius quoniam cupiebat habere 
in patriam princeps, omnis legioque Lothringum, 
nec locus uUus erat per quem securius iret, 
confluit hue subito vulgus qui fluctuât aestu 
irarum, facto démens s^evitque tumultu, 
armatum cuneum properanter et undique cogit, 
digressum ut Ducis impediat, prcedamque paratam, 
dedecus inque suos factum reparare laborat : 
dedecus at delere volens hic scepius auget. 
Deceptis ideo veniunt ex urbibus ultro 
hostes injussi, ad Chervillam castra locantes, 
Christophilum valeant ut res evertere cunctas. 



LIVRE SIXIÈME. 



plusieurs ; dans leur langage germain les habitants l'ap- 
pellent maintenant Scherwiller. Entouré par une rivière, 
il regarde à quelque distance les murs de Châtenois. 
Près de ce hameau s'étend dans la vallée une vaste plaine 
propre aux combats, peu éloignée de beaux vignobles, 
riche en froment et dont les gras sillons sont traversés 
par une onde aux replis tortueux. Elle est voisine de 
montagnes élevées où, en cas de défaite, l'ennemi peut 
trouver un refuge. Comme le Duc de Lorraine veut 
prendre ce chemin pour retourner dans sa patrie avec 
toutes ses troupes, et qu'il ne trouvera nulle part de 
passage plus sûr, c'est là que vient affluer soudain une 
populace en proie à tous les transports de la colère et 
s'abandonnant à la plus folle agitation. Elle réunit pré- 
cipitamment des bandes armées qu'elle est allée chercher 
partout, afin d'arrêter la marche du prince et de lui ravir 
le butin qu'il emmène; elle veut réparer l'affront fait 
aux siens, sans songer que souvent celui qui tente d'effa- 
cer un outrage s'en fait infliger un plus grand. C'est 
donc à Scherwiller que viennent camper les habitants des 
villes gagnées par l'ennemi; sans ordre, spontanément, 
ils s'y établissent avec l'intention d'anéantir le catholi- 
cisme. L'un dispose un char rapide pour amener dans le 



152 



LIBER SEXTUS. 



Construit hic celerem currum quo machina belli 
in castris horum vicina ex urbe vehatur, 
ex alioque loco gemitus strepit atque rotarum 
belHca queis tormenta ferant, massasque volantes. 
Lora tenens junctos scandit simul ille jugales, 
hisque penum furto deducit ubique repertum. 
MiUia sex veniunt ex una parte virorum ; 
ocius ex alia cernuntur milHa quinque. 
Post unum cuneum prodibat cominus aher. 
Diceres Alsatiam crescentem gignere gentem, 
atque no vos homines armatos corpore toto. 
Sicut Deucalion justus, si forte vetust^e 
credimus aetati, lapides post terga rigentes 
quando mittebat cum Pyrrha conjuge dulci, 
hi formas hominum subito cepere récentes, 
inque virum duri lapides venere figuras, 
sic Germanus ager pugiles producit ubique. 

Ut Chervilla cohors in plurima millia crevit, 
inter eos aderat vitio generosior unus, 
egregius forma, violento Marte verendus. 
Latior ante alios nervoso pectore cives, 



LIVRE SIXIÈME. 



camp une machine de guerre de la ville voisine. Ailleurs, 
on entend gémir et grincer des roues entraînant des 
engins de guerre et leurs projectiles. Un autre, les rênes 
à la main, monte sur des chevaux apportant les provi- 
sions qu'il s'est procurées par le vol. D'une part arrivent 
six mille guerriers; du côté opposé on en voit accourir 
plus vite encore cinq mille autres ; à la suite d'un 
bataillon se presse un autre bataillon. On dirait que 
l'Alsace enfante un second peuple, de nouveaux hommes 
armés de pied en cap. Ainsi fit le vertueux Deucalion, 
lorsque, s'il en faut croire l'antiquité, avec Pyrrha, sa 
chère compagne, il lança derrière lui des pierres insen- 
sibles qui, soudain, revêtirent des formes d'êtres animés, 
et, de cailloux qu'elles étaient, furent changées en hom- 
mes. Ainsi les champs de la Germanie se couvrent par- 
tout de guerriers. 



Q.uand_la troupe de Scherwiller se fut grossie de plu- 
sieurs milliers d'hommes, il s'en trouva un d'une plus 
grande scélératesse que les autres, d'une beauté remar- 
quable, qui savait se faire craindre, les armes à la main. 



154 



LIBER SEXTUS. 



quem fecere ducem belli surgentis ubique ; 
ductor qui factus comités ex agmine toto 
delegit, secum qui castra nefanda gubernent. 
Q,uos ad concilium ductor novus ille vocavit; 
ad se concurrunt veniendo protinus omnes, 
et surgens cunctis mentem patefecit iniquam : 
«Ut reor, o socii, missa formidine segni, 
venimus hue, inquit, Lotharingum perdere regem, 
et socios omnes gladio delere minaci. 
Hac in re quoniam cunctos velocius Euro 
vos venisse palam video et tormenta tulisse 
bellica, sulphureo vastant qu^e pulvere tactos, 
non modo diffido tali in discrimine vestris 
viribus, assiduo geritis qui proelia Marte, 
dum tamen hac in re nil dimittatis inausum, 
cuncti mature quoque festinetis ad arma, 
ne rumor trepidus celerando nuntiet ilh 
insidias vestras, in se quoque proxima bella, 
is gressum celeret, cursu se dando fugaci : 
ut cervus volucer cui crescunt cornua lata 
mobihbus pedibus montana rupe recedens, 



LIVRE SIXIÈME. 



et qui étalait une poitrine large et nerveuse ; on le plaça 
à la tête de tous pour cette guerre universelle. Proclamé 
chef, il choisit dans la bande des compagnons qui, avec 
lui, gouverneraient cette armée criminelle. A peine élu, il 
les appelle en conseil. Tous accourent à son invitation. 
Debout au milieu d'eux, il leur dévoile ainsi ses infâmes 
desseins : «Je pense, camarades, qu'étrangers à une hon- 
teuse crainte, nous nous sommes réunis pour exterminer 
le souverain de la Lorraine et détruire avec nos terribles 
glaives tous ceux qui le suivent. Puisque dans cette 
circonstance je vous vois accourir ouvertement, plus 
prompts que le vent du midi ; puisque vous entraînez 
avec vous des machines de guerre qui font périr, par 
une poudre où entre le soufre, ceux qu'elles atteignent, 
au milieu des dangers qui nous environnent, j'ai toute 
confiance dans les bras d'hommes qui combattent sans 
cesse ; mais il ne vous faudra reculer devant aucun acte 
d'audace ; vous devrez aussi vous hâter de courir aux 
armes, dans la crainte que des bruits ne mettent notre 
ennemi au fait des pièges que nous lui préparons, et ne 
lui apprennent que la guerre est prochaine, l'obligeant 
ainsi à hâter sa marche et à se livrer à une prompte 
fuite. Comme le cerf léger, dont le front est orné de 



156 



LIBER SEXTUS. 



aufugit, insani dum liquerit antra leonis, 

ne cito compressum violento evisceret ungue, 

hostis sic fugiet, si rumor nuntiet illi. 

Et quia vos video nunc ad mea jussa paratos, 

Chervillam cupio vallo munire potenti, 

ejus et in templo sublimi ponere cives, 

qui vigilent semper cernendo longius hostes 

fossoresque dehinc vellem qui castra profundo 

fossato, necnon vallo munire laborent, 

e nostris castris scindendo non procul ornos. » 

Taliter bis dictis per vallem protinus itur ; 
arbor si qua patet, discenditur, atque bipenni 
lignifica, multisque viris evertitur omnis 
juglans aut pyrus quam prospexere propinquam; 
ingens atque cadit multis scindentibus ulmus, 
quam cuneis in frusta sécant nodosa ministri, 
illaque multorum in dorso prope castra reponunt, 
lignaque ductori comportant ordine longo, 
atque ea quse conferre vident ad castra tutanda. 



LIVRE SIXIÈME. 



larges bois , se confiant à ses pieds agiles, abandonne la 
montagne et ne s'arrête que lorsqu'il a laissé loin der- 
rière lui l'antre du lion furieux, dans la crainte d'être 
saisi bientôt et déchiré par ses ongles terribles, ainsi 
fuira l'ennemi, dès que la renommée l'aura instruit de 
notre approche. Puisque je vous vois tout prêts à exé- 
cuter mes ordres, je veux environner Scherviller d'un 
retranchement formidable ; je veux placer au haut de 
son temple des sentinelles dont le regard soit sans cesse 
dirigé au loin sur l'ennemi. Il me faut des pionniers qui 
entourent notre camp d'un fossé profond, et qui le for- 
tifient d'un puissant boulevard, en abattant les ormeaux 
voisins. )) 

A ces mots on s'élance dans la vallée, on fait tomber 
tous les arbres qui s'offrent aux regards. Armés de la 
hache du bûcheron, des milliers d'hommes renversent 
et les noyers et les poiriers qu'ils aperçoivent à le.ur 
proximité. L'orme géant tombe sous les coups multi- 
pliés ; munis du coin, des serviteurs le débitent en pièces 
noueuses dont ils chargent près du camp le dos d'un 
grand nombre de travailleurs, qui vont en longue file 
porter au chef le bois et tout ce qui peut contribuer à la 
défense du camp. La terre retentit au loin du bruit que 



LIBER SEXTUS. 



Inde fragore solum resono circumtonat omne ; 
Alsatici heroes sic sic sua castra vicissim 
expédiant, variis necnon conatibus aptant : 
quas tu sponte facis semper tibi grata videntur. 

Alter quippe dies nondum diluxerat orbi, 
linquere cuni princeps Dachstennia tecta laborat 
Austrasius, Superum regem qui in vota vocavit : 
« O Deus omnisator, Patris generosa propago, 
qui intrasti, veniam facturus, Virginis alvum, 
Bethleemitanus lactat quem pauper agellus, 
aeterno et nutu celsus veneratur Olympus, 
ingens cujus opus miratur machina mundi ; 
horrificumque cahos primo formidat ab ^evo, 
qua^sumus, hocce die ne nos contagia lasdant 
criminis, atque viam facilem, tutumque recessum 
ferto tuis famulis a te, pie Christe, redemptis, 
insurgens hostis ne nos disperdat eundo. 

Dixerat, atque tubam mandat per castra sonare. 
Buccina, quae tendens in latum crescit ab imo 
tortilis, inflato properanter sumitur ore. 



LIVRE SIXIÈME. 



font tant d'ouvriers. Ainsi, les belliqueux Alsaciens tra- 
vaillent tour à tour à l'établissement de leur camp, et 
n'épargnent aucune fatigue pour l'approprier à sa desti- 
nation. Ce que nous entreprenons volontairement nous 
agrée d'ordinaire. 

Le jour suivant n'avait pas encore commencé à éclairer 
la terre, quand le Duc de Lorraine, prêt à quitter les murs 
de Dachstein, adresse cette prière au Maître souverain : 
« Dieu qui as tout produit, noble fils du Père; toi qui, 
pour obtenir notre pardon, es entré dans le sein d'une 
vierge, toi qui fus allaité par elle dans le misérable 
bourg de Bethléem ; toi devant qui s'incline de toute 
éternité le ciel respectueux; toi dont le monde entier 
admire les œuvres immenses; toi qui, dès la naissance 
des temps, fis trembler l'horrible chaos, nous t'en sup- 
plions, ne permets pas en ce jour que la contagion du 
crime nous atteigne; accorde un voyage facile, une re- 
traite sûre à tes serviteurs, à ceux que tu as rachetés, ô 
débonnaire Jésus ! que l'ennemi qui s'élève contre nous 
ne parvienne pas à nous perdre. » 

Le Duc avait prié ; par son ordre la trompette retentit 
dans le camp. Le clairon, qui va s'élargissant en spirales 
multipliées^ enfle bientôt la bouche du guerrier qui le 



i6o 



LIBER SEXTUS. 



tectaque voce replet, cunei canit atque recessum. 
Hanc ubi nostrates sic audivere sonantem, 
subsiliunt omnes, reditumque parare laborant ; 
cornipedes armantur equi, quos scandera gaudent 
heroes laeti natos spectare relictos. 
Cuncta legunt, sociis pictis domibusque relictis, 
felicem et redituni querula cum voce precantur, 
et tentare viam properant, cum cuncta serena 
conspiciunt, rutili cœli nubesque fugatas, 
ignari tacitoe fraudis, bellique latentis 
quod sibi Germanus secreto suscitât hostis. 

Dum sic progreditur multo celebranda triumpho 
Austrasium legio, hanc vigiles liquere repente 
exploratores, videant si forte vagari 
armatos équités, vel quemdam in valle tumultum 
Alsatica, populi cernant si forte furorem. 
Undique discurrunt omnes sursumque deorsumque, 
illis dum Stotsema pateret parvula villa. 
Hue vigiles postquam cursu venere citato, 



i6i 



fait résonner dans les murs de la ville, et donne le signal 
de la retraite à ses compagnons belliqueux. Dès que 
nos soldats ont entendu l'appel , ils s'élancent tous et 
vont travailler aux apprêts du départ. On équipe les 
coursiers aux pieds armés de sabots, et nos braves s'em- 
pressent de les monter, joyeux d'aller revoir leurs en- 
fants délaissés à la maison. En quittant nos alliés et 
leurs brillantes demeures, qu'ils dépouillent de ce qu'ils y 
avaient serré, ils demandent au ciel d'une voix sup- 
pliante un heureux retour. Ils ont hâte de se mettre en 
chemin, en voyant le calme régner partout et le ciel ra- 
dieux dégagé de nuages. Ils ignorent les pièges cachés, 
les perfides attaques que les Germains leur préparent 
dans l'ombre. 

L'armée lorraine, dont la renommée doit proclamer 
bientôt les nombreux triomphes, s'était mise en marche ; 
des éclaireurs vigilants s'en séparent tout à coup pour 
s'assurer s'ils ne verront pas errer quelques cavaliers en 
armes, si dans les vallées de l'Alsace il n'éclatera pas 
quelque tumulte, et si le hasard ne leur fera pas sur- 
prendre une plèbe en fureur. Ils se répandent de tous 
côtés, ils montent, ils descendent. Enfin devant eux se 
présente l'humble bourg de Stotzheim. Quand les éclai- 

KUSTIC. II. II 



l62 



LIBER SEXTUS. 



pulveream nubem tenebrosis surgere campis 
non procul aspiciunt hostili ex agmine factam. 
Per campos etiam venientum cernitur ingens 
copia rhedarum gestantum plurima dona, 
hostibus atque penum furto fortasse paratum. 
Pulvereum ut videre globum non longius esse 
cursores, aliquos noscunt glomerarier hostes ; 
accedunt propius, spectent ut cominus illos, 
Chervillamque petunt videant ut castra parata, 
Austrasio référant hi ne mendacia régi : 
mendaces etenim semper privantur honore. 

His actis redeunt vigiles, regemque salutant ; 
illi denarrant quce conspexere tuendo : 
« Magne Renatiades, o Relligionis amator, 
segnem rumpe moram, dicunt, quia perfidus hostis 
his ocuHs etiam quem jamjam vidimus ipsi, 
divitiis inhians nostris, consurgit ubique, 
apparat insidiasque tibi, nostraeque cohorti. 
Ut férus accipiter, rabies quem vexât edendi, 



LIVRE SIXIÈME. 



163 



reurs, dans leur course précipitée, sont arrivés là, ils 
aperçoivent à quelque distance un nuage poudreux qui 
assombrit la plaine et qui est produit par une troupe 
hostile. Ils voient aussi s'avancer dans la campagne une 
longue file de chariots chargés d'objets reçus et de pro- 
visions que nos adversaires se sont peut-être procurés 
par le vol. Nos coureurs, en voyant cet amas de pous- 
sière s'avancer vers eux, ne doutent pas que des ennemis 
ne se rassemblent. Ils s'approchent, afin de mieux se 
renseigner ; ils se portent vers Scherwiller, afin de voir 
le camp qui s'établit; ils- ne veulent transmettre au duc 
que des nouvelles certaines. Le menteur en eflfet s'expose 
au mépris. 

Après ces investigations, les éclaireurs viennent saluer 
le prince et lui raconter ce qu'ils ont vu eux-mêmes : 
« Noble descendant de René, vous à qui la religion est si 
chère , disent-ils , hâtez-vous ; un perfide ennemi, que 
nous avons vu de nos propres yeux, convoitant nos ri- 
chesses, s'élève de tous côtés contre nous et s'apprête à 
aire tomber dans le piège et vous et notre armée. 
Comme le vautour cruel, tourmenté par une faim dévo- 
rante, s'envole de son nid pour aller ravir le cygne au 



164. LIBER SEXTUS. 



devolat e nido niveum rapturus olorem, 
vel pavido lepori caute insidiatur in agro , 
sic Germanus atrox cuneo insidiatur eunti, 
occupât atque locum per quem tua castra potenter 
ad patriam ducenda forent, missosque pénates : 
desipiunt semper quos fallit gloria mundi. » 

Hostes in foribus quum Dux cognovit adesse, 
is cum fratre suo dextram non dormit in aurem, 
assiduo at monitu pedites celerare laborat, 
quos via longa nimis praetardos reddidit ante, 
quos urebat adliuc gradiendo solicus ardor. 
Hinc fratres venire jubet, pugilesque Lothringos, 
ingentemque ducum turbam sibi poscit adesse. 
Et postquam linguis cuncti siluere vocati, 
ordine cuncta suo retulit, populique tumultum, 
atque aciem magnam, se non sperante, paratam, 
post tantum vulgus divino Marte peremptum. 
Hinc ait Alsatiam magnoque tonare fragore, 
a sociis arcere jubet miserumque timorem, 
illeque cum ducibus de belli rébus agebat 



LIVRE SIXIÈME. 



plumage plus blanc que la neige, ou pour dresser dans 
la campagne d'insidieuses embûches au lièvre timide, 
ainsi le féroce Germain cherche à nous surprendre dans 
notre marche. Il occupe une position par laquelle vous 
pouvez faire passer vos troupes pour vous rendre dans 
votre patrie et rejoindre vos pénates abandonnés. Ceux 
qui se laissent séduire, par la gloire mondaine tombent 
toujours dans la démence. » 

Dès que le Duc est informé que l'ennemi le serre de 
près, il ne s'abandonne pas, non plus que son frère, à une 
sécurité trompeuse. Il ne cesse d'avertir ses fantassins 
d'accélérer leur marche, malgré la longue route qu'ils 
ont déjà faite et qui ralentit leurs pas, malgré les rayons 
ardents d'un soleil qui les brûle. Il convoque ses frères 
et tous les champions lorrains; il veut s'entourer de la 
foule de ses généraux. Quand ils sont accourus à son 
appel, au milieu du silence général, il leur dévoile suc- 
cessivement tout ce qui se passe : le soulèvement de la 
plèbe, la formation d'une puissante armée réunie contre 
son attente, puisque, avec l'aide de Dieu, le fer avait déjà 
fait périr tant d'ennemis. Le Duc déclare à ses compa- 
gnons d'armes que le plus grand tumulte règne dans 
l'Alsace ; il les rassure contre de misérables terreurs ; il 



i66 



LIBER SEXTUS. 



sermones varios : querulo ut stridore cicadae, 

sole levante, vage per prata virentia cantant. 

Primores belli, ut curam videre monentis 

principis egregii, nulla non parte laborant 

ut pedites fessos celèrent, totamque cohortem. 

Mox auriga celer rhedas agitabat eundo, 

cunctos et currus belli tormenta ferentes 

aurigare facit, validis et viribus urget : 

omnis enim legio festinans acrius ibat, 

donec Stotsheimo se contulit haud procul agro. 

Hic inter binas silvas praegrande sedebat 

pratum, gramineo fulget quod ubique décore. 

Hue ubi nostra manus, quanquam non venerat omnis, 

jam tamen in trinas acies dividitur illic. 

Guisano comiti, armorum fulgore corusco 

prima datur : superat socios nam viribus omnes, 

forti vectus equo sequitur quem Pesmius (i) héros ; 

Marchius hune etiam sequitur non longe loannes ; 

hic aderat fulgens etiam Parroius(2) armis. 

Stenvillo (3) pariter fuerat donata secunda, 

Pullia cui paret, tanto decorata patrono. 



LIVRE SIXIÈME. 



167 



traite des affaires de la guerre avec les chefs, dans des 
colloques non moins fréquents que les concerts plaintifs 
des cigales vagabondes que le soleil fait chanter dans les 
vertes prairies. Les généraux, en voyant la sollicitude 
de leur digne prince, font, d'après ses conseils, tous leurs 
efforts pour précipiter la marche de leurs fantassins fati- 
gués et de l'armée tout entière. Bientôt le conducteur 
agile presse le pas de ses chariots ; les chars qui empor- 
tent les machines de guerre s'avancent avec un redou- 
blement de vigueur. Toute la colonne se ranime et hâte 
son mouvement, jusqu'à ce qu'elle ait presque atteint 
les plaines de Stotzheim. Là, entre deux forêts, s'étend 
une vaste prairie décorée du plus beau gazon. Là aussi- 
tôt, quoiqu'une partie ne soit pas encore présente, nos 
troupes sont divisées en trois corps. Le premier est 
donné au comte de Guise, tout brillant de l'éclat de son 
armure, et dont la force est supérieure à celle de chacun 
de ses compagnons. A sa suite s'avance, monté sur un 
vigoureux coursier, le brave de Pesme ; Jean de la Mar- 
che vient après lui, puis de Parroy aux armes resplen- 
dissantes. Le deuxième corps avait été confié à Stain- 
ville de Pouilly, dont les vassaux sont si fiers de leur 
vaillant seigneur. L'héroïque comte de Vaudémont, que 



i68 



LIBER SEXTUS. 



Et Vademonteo comiti virtute micanti, 

hostili pariter qui nullo frangitur icta ; 

tertia tum décréta fuit bene régis ab ore, 

cui modo parebant peditum tria millia tantum, 

qui incessu gravior cunctos celerare jubebat, 

anteque primus abit, pedites procul haudque relinquit. 

Ut veniens taurus de celso vertice montis, 

dura virides silvas et pinguia pascua linquit, 

armentum ille boum praecedit longius ante, 

sic pedites nostros princeps Vademonteus anteit. 

Hinc clangore tuhx strepuerunt cethera saevo, 

tympana multa sonant gemino percussa bacillo, 

atque replet campum sonitu Syringa canoro, 

montibus in mediis fallentem Pana relinquens. 

Hac prius audita, pratum, sedemque paratam 

misit nostra manus, vallem quoque murmure complet, 

murmure quo celsi percusserat aetheris auras, 

illaque carpit iter donec prope castra nefanda 

Chervillae geritis studiose castra locavit, 

arbor ubi ramosa fuit quam vallis amœna 

cingebat late, sub qua cum fratribus acri 



LIVRE SIXIÈME. 



169 



les coups de l'ennemi n'ont jamais abattu, reçoit de la 
bouche de son souverain l'ordre agréable de commander 
le troisième corps; jusqu'alors il n'avait eu sous sa di- 
rection que trois mille fantassins. S'avançant avec gra- 
vité, il fait hâter ses troupes, et les précède sans les 
laisser trop en arrière. Comme le taureau descendant 
du sommet élevé d'un roc, au sortir des vertes forêts et 
des gras pâturages, marche loin en avant du troupeau, 
ainsi le comte de Vaudémont devance nos soldats. L'air 
retentit alors du son terrible des trompettes ; les nom- 
breux tambours résonnent frappés par la baguette dou- 
ble ; la flûte charme les plaines de ses doux accords : on 
dirait les plaintes de Syrinx fuyant à travers les monta- 
gnes Pan, son séducteur. Les troupes s'éloignent de la 
prairie où elles allaient se reposer. A son tour, la vallée 
s'emplit de bruit, d'un bruit pareil à celui qui vient de 
monter aux cieux. Enfin l'armée arrive près de l'infâme 
camp de Scherwdller, et s'empresse de dresser ses tentes. 
Là se trouvait un arbre aux rameaux épais, qui s'élevait 
au milieu d'un agréable et large vallon. C'est là qu'avec 
ses frères, le Duc, environné de troupes, s'élance de son 
ardent coursier. Il fait préparer pour lui et pour ses 
compagnons d'armes un abri sûr ; alors debout et s'a- 



170 



LIBER SEXTUS. 



desiliit princeps ab equo, comitante phalange, 
praeparat hicque sibi tutum sociisque receptum, 
et ducibus belli surgendo talia fatur : 
« Dogma viget magnum, proceres, in rébus agendis, 
omnia globosi superat quod dogmata mundi : 
Quod vitare nequis, prudenti sorte ferendum. 
Pulchrius in grandi fulget discrimine virtus. » 

Dixerat, atque suos ad proxima praelia semper 
excitât, ut videant quae sit fiducia régi, 
undique proveniens quem nullum territat agmen. 

Sordidus interea pulvis quem fecerat ante 
ungula quadrupedum, cursus celerumque rotarum 
altius in morem montis surgebat ubique, 
omnis et Alsatias fumabat pulvere vallis 
quem Chervilla cohors, ubi templo vidit ab alto, 
non procul Austrasiurri cuneum cognovit adesse. 
Tune socios vigilare jubet per castra repente 
illius ductor, pellit cunctisque timorem 
pugnandi, belli quos sasva libido tenebat, 
affectantque Ducem telo trucidare nocenti. 
Propterea mentem ductor per multa trahebat 



LIVRE SIXIÈME. 



171 



dressant à ses généraux, il leur dit : « Seigneurs, il existe 
pour les entreprises un important adage, toujours en 
vigueur, et qui vaut à lui seul tous les adages de ce 
monde : Ce qu'on ne peut empêcher, il est sage de savoir 
le souffrir. C'est dans les grands dangers que la valeur 
éclate le mieux. » 

Il dit, et ne cesse d'encourager l'ardeur de ses troupes 
pour les combats qu'elles vont bientôt livrer; il veut 
qu'elles voient la confiance qui remplit leur prince, lui 
que n'effrayent pas les ennemis arrivant de toutes parts. 

Cependant la poussière immonde, soulevée par les 
sabots des coursiers et par la marche rapide des chars, 
s'élevait comme une montagne, et remplissait les vallées 
alsaciennes. L'armée de Scherwiller, dont les sentinelles 
veillaient au haut du saint temple, apprend bientôt l'ar- 
rivée des troupes lorraines. Le général ennemi invite à 
l'instant ses compagnons d'armes à ne pas s'endormir 
dans le camp ; il les rassure contre la crainte de com- 
battre, et allume en eux le cruel désir d'en venir aux 
mains ; ils brûlent d'immoler le Duc sous leurs coups 
terribles. Mille pensées envahissent aussi l'esprit du chef 



172 



LIBER SEXTUS. 



Chervillus; magno secum quoque fluctuât a^stu 
curarum, socios cernens ad bella paratos. 
Et, cito consurgens, ad sese convocat omnes 
praedonum belli comités quos fecerat antc ; 
agmen et in médium postquam venere vocati, 
hic in très acies etiamnum dividit illud, 
in quo bellantum viginti millia stabant : 
nunquam quippe malus fera damna inferre quiescit, 
nec cessât, donec saturarit sanguine mentem. 

His actis ductor socios hortatur ovantes, 
atque Duci cœnam mandat condire Lothringo 
virosam multum, postquam mage nulla sequatur. 
Accidit ast aliter, quia tune periere latrones, 
et fuit illa dies prœdonibus ultima multis : 
nam licet expectet, tandem ferit ultio sontem. 

Hinc sua cornicen dependens cornua collo 
Martia, l^etanter labiis insufflât apertis ; 
concutit agricolum campum trinoque boatu, 
per vallem necnon tremulo clangore remugit. 



LIVRE SIXIÈME. 



des bandes de Scherwiller. Il flotte agité par les soucis, 
à la vue de ses compagnons prêts à en venir aux mains. 
Il se hâte de convoquer tous ceux qu'il a associés à 
cette guerre de brigands. Dès qu'à son appel ils se sont 
rendus au milieu des troupes, il partage en trois bandes 
son armée, composée de vingt mille hommes. Jamais le 
méchant ne s'arrête quand il s'agit de faire le mal ; il 
n'a de repos que lorsqu'il est rassasié de sang. 

Le général ennemi exhorte ses compagnons joyeux; 
il leur recommande de préparer pour le Duc de Lorraine 
un festin bien assaisonné, car il n'en fera plus d'autre. 
Mais il en arriva bien différemment, puisque ces lar- 
rons furent anéantis; puisque ce jour fut le dernier que 
comptèrent une foule de ces voleurs. La vengeance peut 
bien se faire attendre, mais elle finit par atteindre le 
coupable. 

Cependant le joueur de cor, dont le martial ins- 
trument est suspendu au cou, l'embouche fièrement; 
trois fois il en fait retentir la plaine foulée par les pieds 
des Rustauds ; trois fois la vallée répète le terrible mu- 
gissement. 



174 



LIBER SEXTUS. 



Haec Chervillana dum sic in parte geruntur, 
Guisanus princeps, nunquam virtutis egenus, 
centum mox équités, linquentes agmina nostra 
miserat, ut videant quantis exurgat in armis 
hostilis legio, vel quo ductore regatur, 
et quibus insidiis contra nos muniat agmen. 
Qui postquam venere, Deum in sua vota vocarunt, 
hostes et praeire parant ad praelia saevos. 
Ensibus acceptis, omnique timoré reposto, 
transadigunt illis jugulum in certamine primo, 
enseque vulnifico multis damnumque facessunt, 
ingentemque sonum sonuerunt protinus arma. 
Chervillinus ubi ductor prosternere vidit 
per campum socios morientes undique telo, 
ille tonans verbo ventoso taliter infit : 
« Vivit adhuc princeps qui nos tôt terruit armis ! 
Huic jugulum nullus feriendo fecit apertum 
funere caesorum qui tabida strata replevit, 
et tumuli cives tantos privavit honore. 
Si nobis igitur constanter credere vultis, 
agmine cum toto nunquam miser ille videbit 



LIVRE SIXIÈME. 



Tandis que ceci se passe du côté de Scherwiller, le 
comte de Guise, toujours vaillant, détache de nos trou- 
pes et envoie en avant cent cavaliers, pour s'assurer du 
nombre de soldats que l'armée ennemie a soulevés contre 
nous, pour connaître le chef qui les commande, et par 
quels 'habiles moyens de défense il entend les protéger. 
A leur arrivée ils invoquent Dieu, et se disposent à pré- 
venir l'ennemi brûlant de combattre. Mettant l'épée à la 
main et pleins d'assurance, ils frappent tout d'abord à la 
gorge leurs adversaires, et le glaive meurtrier multiplie 
les victimes. Bientôt le bruit horrible des armes retentit 
partout. Quand le chef des bandes de Scherwiller voit 
tomber de toutes parts dans la plaine ses compagnons 
mourants, il tonne, et leur adresse ces paroles vantardes : 
« Ainsi donc il vit encore ce prince qui a réuni tant de 
guerriers pour jeter la terreur parmi nous! Nul ne lui a 
porté le coup qui doit lui ouvrir la gorge, à lui qui a 
couvert et empesté les chemins de tant de cadavres, à 
lui qui a privé tant de citoyens de l'honneur du tom- 
beau. Si vous voulez avoir en moi une ferme confiance, 
jamais ce misérable ni toute son armée ne reverront la 
patrie qu'ils ont quittée, ni le visage d'une épouse chérie, 
quand même ils invoqueraient avec ferveur l'appui du 



176 



LIBER SEXTUS. 



dimissani patriam, nec charge conjugis ora, 
invocet is quamvis studiose numina cœli : 
rex non exaudit quoties accitur Olympi. w 

Dixit et e castris populorum corpora multa 
exiliunt. Ut apes linquentes cerea tecta 
rusticus illa sagax dum fumo implevit inani, 
discurrunt illae magno stridore furentes, 
ruricolum legio sic currit ad arma repente 
hostes invadens, nulla formidine capta, 
ictus atque manu dextra simul atque sinistra 
ingeminat, pugnaeque novae constantius ardet 
misceri, atque suo jam sudore madescit. 
Tune équités centum, quos nuper miserat héros 
Guisanus, capiunt vires quae tollere facta 
non credenda viris faciunt, teloque cruento 
Germanos perimunt, vita quassantque salubri ; 
tingitur atque rubens inimico sanguine tellus. 

Austrasii dum sic sternebant corpora multa, 
ex ipsis unus, violenti Martis amator 
audaci cursu socios praecesserat omnes, 
illi sed nunquam redeundi facta potestas; 



LIVRE SIXIÈME. 



177 



ciel : car le Maître d'en haut n'écoute pas toujours les 
appels qu'on lui fait. » 

Il dit, et du camp plébéien s'élancent une foule de 
guerriers. Comme les abeilles abandonnent leurs de- 
meures de cire lorsque le rusé villageois les enveloppe 
de la fumée légère qui les chasse, et se répandent en 
faisant retentir les airs de leurs bourdonnements furieux, 
ainsi se précipitent tout à coup une légion de Rustauds 
courant aux armes. Ils attaquent l'ennemi sans éprouver 
la moindre crainte; ils frappent à coups redoublés à 
droite et à gauche; ils brûlent d'engager vigoureuse- 
ment une lutte nouvelle, et bientôt la sueur couvre leurs 
membres. Alors les cent cavaliers que vient d'envoyer 
le brave de Guise se sentent animés d'une force qui en- 
gendre d'incroyables prodiges de valeur; leurs armes 
sanglantes atteignent les Germains, les enlèvent aux 
douceurs de la vie, et la terre se teint et rougit bientôt 
du sang de l'ennemi. 

Pendant que les Lorrains immolent ainsi des milliers 
de victimes, l'un d'entre eux, pour qui les joutes mar- 
tiales ont un grand attrait, avait dans sa course auda- 
cieuse devancé tous ses compagnons. Mais le pouvoir 

RusTic. II, 12 



178 



LIBER SEXTUS. 



at gladio scevo dum sic prosternit ubique 
Chervillos hostes, tandem prosternitur ipse, 
enseque lethifero morientem percutit illum 
hostis, vita fugit donec demissa sub umbras : 
sic fortuna ferox féliciter invidet actis. 

His actis redeunt équités sine murmure magno. 
Guisanus venit subito quibus obvius héros, 
quo praesente, Duce et nostro, cessisse laborum 
principium, inter se belli cœptique furorem 
longius edicunt, nostra lœtante cohorte, 
Germanoque solum jamjam maduisse cruore 
atque gravi jacuisse ferunt hostiHa letho 
corpora, per campum quae sic defleta jacebant ; 
e nostris unum sethereas sparsisse per auras 
tune animam illustrem ; teneat quam celsus Olympus ! 

Chervillana manus suspensa audivit ut aure 
nostratum reditum, vires augere per agmen 
tune facit. Ut si deficientem sparseris unda 
praidulci, hic sensum subito revocabit ademptum, 
hostilis legio sic vires illa resumpsit, 
nam putat Austrasiam tune terga dédisse cohortem. 



LIVRE SIXIÈME. 



179 



de revenir jamais lui fut ravi. En combattant avec le 
glaive impitoyable tous les ennemis qui l'entourent, il 
succombe enfin lui-même. Il est frappé d'un coup mor- 
tel, et son âme descend sur les sombres bords. Ainsi la 
Fortune cruelle se montre jalouse des succès. 

Alors nos cavaliers reviennent sans bruit ; le brave de 
Guise accourt aussitôt à leur rencontre. En sa présence 
et en celle de notre Duc ils publient dans un long récit 
et à la grande joie des nôtres, que les premières fatigues 
de l'armée, que la fureur avec laquelle la guerre s'est 
annoncée, sont à leur terme. La terre, disent-ils, est déjà 
trempée du sang des Germains ; les cadavres de nos enne- 
mis, cruellement frappés par la mort, sont étendus triste- 
ment dans la plaine ; un seul des nôtres vient d'exhaler 
son âme généreuse, puisse-t-elle être montée vers les 
cieux ! 

Quand les bandes de Scherwiller, l'oreille au guet, se 
sont bien assurées du retour des nôtres au camp lorrain, 
elles reprennent courage. Comme si quelqu'un vient à 
tomber en défaillance, vous lui rendez tout à coup les 
sens qu'il a perdus, en répandant sur lui une onde bien- 
faisante, ainsi l'armée ennemie se ranime. Elle est per- 
suadée que les Lorrains ont lâché pied. Alors le chef 



i8o 



LIBER SEXTUS. 



Quod ccrnens ductor verbo sic fatur iniquo : 
« Quis metus, o socii, nostros perserpit in hostes, 
•contemnant ut jam tentata pericula belli, 
tamque cito redeant, loris ad castra reversis? 
Hic reditus non absque fuga confingitur unquam : 
semper velocem reddit timor ipse timentem. » 
His dictis ejus legio consurgit ubique, 
atque cupit, sonitu crepitans, sua linquere castra, 
Austrasiumque Ducem exitiali perdere bello. 

Lumine Phœbus adhuc nondum privaverat orbem 
nec cœlum fulgens nox frigida sparserat astris ; 
nondum puisa dies noctis produxerat umbras, 
quum Dux Austrasius noctem non longius esse 
aspiciens, magnum subito in sua castra coegit 
concilium, cunei nostri magnatibus actum. 
Illi conveniunt ubi, princeps talia fatur : 
« Ignorât nullus quod votum sanctius omnes 
fecerint heroes patriam nunc linquere dulcem, 
regales et opes, simul et connubia chara. 
Hue Fidei sacrée fervens dilectio traxit, 
quam conturbatam multo defendere Marte 



LIVRE SIXIÈME. 



I8l 



des Rustauds leur adresse ces insolentes paroles : « Com- 
pagnons, quelle terreur s'est emparée de nos ennemis? 
ils fuient déjà devant les dangers de la guerre auxquels 
ils se sont à peine exposés, et, tournant bride vers leur 
camp, ils y rentrent au plus vite. Un départ si prompt 
annonce toujours une fuite véritable. La crainte donne 
des ailes à celui qui a peur, Ainsi excités, nos adver- 
saires se soulèvent partout; au milieu du plus grand 
tumulte ils veulent abandonner leur camp, et courir 
engager avec le Duc une lutte d'extermination. 

Le soleil n'avait pas encore privé le monde de ses 
rayons ; la nuit glaciale n'avait pas encore semé les 
étoiles dans le ciel resplendissant et chassé le jour en 
répandant les ténèbres. Le Duc de Lorraine, voyant que 
la lumière disparaîtrait bientôt, se hâte de réunir dans 
son camp en grand conseil les principaux chefs de 
l'armée. Quand ils sont arrivés, il leur adresse ainsi 
la parole : « Nul de nous n'ignore le serment inviolable 
qu'ont fait tant de braves de ne pas rentrer encore dans 
leur chère patrie pour y retrouver leurs richesses et 
leurs femmes bien-aimées. Ils y ont été poussés par un 
ardent amour de notre sainte religion. C'est pour dé- 
fendre vaillamment notre foi contre de rudes attaques 



l82 



LIBER SEXTUS. 



nunc sudamus, adhuc neglecto munere vitae, 
haereseosque sacrae confringere vincula sasva, 
illicet et, quanquam supero auxiliante monarcha, 
innumeros hostes prostravimus ante Sabernam, 
qui saturas volucres satiant per strata viarum, 
jam majora tamen subeunda pericula nobis, 
et, quoniam nox est nostro vicinior orbe 
quam vellem, qu^ero an siet hac in luce petenda 
agricolum legio, spreto discrimine noctis, 
an expectandum duni crastina fulserit hora. 
Et, ne vos lateat quae sit sententia nobis, 
hoc die constanter vellem disperdere.totum 
hostilem cuneum, si nos cœlestis Olympus 
aspiciat, veluti fortem prius Othonielem 
respexit. Populus cœli dum pronus ad astra 
crimina detestans, cœlum clamore replebat, 
ille, poli domino celsa de sede jubente, 
judicis Israël generosum munus obivit. 
Rasutham liinc valido concussa Marte, tyrannos 
gnaviter evicit, spargendo sanguine terram : 
nam nocet assidue misero mala vita nocenti. » 



LIVRE SIXIÈME. 



183 



que nous nous soumettons à tant de fatigues, sans pren- 
dre aucun soin de notre vie : car nous voulons briser 
les lourdes chaînes de l'hérésie infâme. Mais, bien qu'a- 
vec l'aide de Dieu nous ayons déjà immolé devant Sa- 
verne d'innombrables ennemis, dont les cadavres sont 
jetés en proie aux oiseaux rapaces sur tous les chemins, 
nous avons pourtant à courir des dangers plus grands 
encore. Comme la nuit est déjà plus près de nous que 
je ne le souhaiterais, je vous demande s'il ne faudrait 
pas, sans tenir compte des périls auxquels nous expose 
l'absence du jour, attaquer l'armée des Rustauds dès 
maintenant, et ne pas attendre que demain luise pour 
nous. Afin de vous dévoiler toute ma pensée, j'ai la ferme 
intention d'écraser aujourd'hui toutes les forces de nos 
ennemis, si Dieu daigne jeter sur nous un regard favo- 
rable, comme jadis sur le valeureux Othoniel. Quand 
les Israélites, les mains levées vers le ciel, et témoignant 
toute l'horreur qu'ils avaient conçue pour leurs crimes, 
remplissaient les airs de leurs clameurs, Othoniel, sur 
l'ordre que le Tout-Puissant lui envoya des célestes 
demeures, dut se charger de la noble fonction de juge. 
Alors il attaqua vigoureusement Rasutham, vainquit les 
rois et arrosa de sang la terre. Le criminel finit tou- 
jours par être puni de sa conduite coupable. )> 



i84 



LIBER SEXTUS. 



Dixerat, et princeps Guisanus pectore toto 
instantis belli secum discrimina multa 
inspicit, et quas sit sua tune sententia pandit. 
Quam cum dicebat nostratia castra silescunt : 
«Agricolum legio, fluvialem quamvis arenam 
asquoris exuperet, non me deterret ab armis, 
sed timidam noctem video non longius esse. 
Non licet heroas in quo mandare periclo, 
et loca sunt liniosa nimis non cognita nobis ; 
respicio longaeque vise sudore gravatos 
omnes Austrasios pedites, equitumque coronani. 
Sed postquam, dixit, lux postera sparserit orbem, 
ocius impavidi crudelia bella ciemus, 
hostem quaerentes superi cum numine régis, 
illi nec requiem dabimus donec cadat ense. » 

Taliter edixit princeps quae mente videntur 
(hase ducibus belli placuit sententia multis) : 
hic auscultandus bene, cum sunt quatuor aures. 
Tum peditum Vademonteo cum principe ductor 
contra Guisanum qu^ sit sententia pandit, 
deposta galea haec prudenti dixit et ore : 



LIVRE SIXIÈME. 



185 



Ainsi parle le Duc ; le comte de Guise, après avoir 
scrupuleusement pesé en lui-même les périls multiples 
de la guerre présente, fait ainsi connaître sa pensée, que 
notre camp écoute dans le silence : « Cette légion de 
Rustauds, quoiqu'ils soient plus nombreux que les sables 
de la mer, ne me détourne pas de la combattre, mais je 
vois approcher la nuit qui rend timide ; il ne convient 
pas d'exposer nos braves à un pareil danger dans des 
marais qui nous sont peu connus. Je vois d'ailleurs que 
nos fantassins lorrains sont couverts de sueur, et qu'ils 
sont, comme nos cavaliers, fatigués d'une longue route. 
Mais , quand demain le soleil nous ramènera sa clarté, 
alors, sans crainte, nous nous précipiterons dans les hor- 
reurs de la guerre ; avec l'aide de Dieu nous irons cher- 
cher l'ennemi, et nous ne lui laisserons pas de trêve 
qu'il ne soit tombé sous notre épée. » 

C'est ainsi que le prince exprime sa pensée. Son avis 
plut à un grand nombre de chefs ; il ne devait être en- 
tendu que dans le secret le plus intime. Alors le général 
qui partage le commandement de l'infanterie avec le 
prince de Vaudémont, émet une opinion contraire à 
celle du comte de Guise. Déposant son casque, il fait 
connaître en ces termes ses sages résolutions : « Braves 



i86 



LIBER SEXTUS. 



«Magnanimi heroes, et tu, Lotharinge monarcha, 
rettulit interpres qu^ sit sententia vestra ; 
bellica Guisanus bene jam discrimina secum 
prudenter versât, sortis nec frangitur ictu. 
Ut dixit, fateor noctem nimis esse propinquam ; 
sed modo restât adhuc tempus, si vivida virtus 
incendat mentes equitum, Martisque trophaeum; 
nos ideo hocce die cuncti irrumpemus in hostes, 
multis oblati metam tollemus et sevi, 
antea qiiam noctis tenebras vaga lumina valde 
impediant, nigroque polus se tingat amictu, 
et loca sint cœnosa licet, noctuque timenda : 
hosti quippe magis quam nobis ista nocebunt. 
Sunt équités, fateor, multo sudore gravati, 
atque labore viae pedites mansere per agros, 
omnes et nondum sua castra subiere, parati . 
hi tamen advenient, si quisquam devocet illos. 
Et tamen hue peditum si nullus venerit ultra, 
illorum quanquam sit parvula copia nobis, 
sufficiet, quoniam multum dabit illa laboris 
hostili cuneo, quem diro Marte lacesset. 



LIVRE SIXIÈME. 



187 



guerriers, et vous, Souverain de la Lorraine, un inter- 
prète nous a fait connaître le parti que vous venez de 
prendre. Le comte de Guise, sans se laisser abattre par 
la fortune, a sagement balancé les chances défavorables ; 
il vient de déclarer, et je l'avoue, que la nuit est trop 
près de nous, mais néanmoins il nous reste assez de 
temps, si une valeur martiale vit encore au cœur de la 
cavalerie, si la gloire des combats n'a pas cessé de l'en- 
flammer; il nous faut tous aujourd'hui nous jeter sur 
l'ennemi, et beaucoup de nos adversaires trouveront le 
terme de la carrière qu'ils devaient parcourir, avant que 
les ombres de la nuit n'obscurcissent complètement la 
faible lumière qui nous reste, et que le ciel ne s'enve- 
loppe d'un noir manteau. Quoique nous ayons à redou- 
ter des marais au milieu des ténèbres, ils seront encore 
plus à craindre pour nos ennemis. Sans doute la cava- 
lerie est couverte de sueur; les fatigues de la route ont 
forcé des fantassins à s'arrêter dans la campagne, et 
tous n'ont pas encore regagné le camp, mais ils seront 
prêts à nous rejoindre dès qu'on leur en aura transmis 
l'ordre. Et, quand même aucun fantassin ne devrait 
nous revenir, bien qu'il n'y en ait qu'un très-petit nom- 
bre avec nous, il suffira pour fatiguer l'ennemi et le 



i88 



LIBER SEXTUS. 



Crastina nam si lux haec expectetur ad arma, 
tota nocte quidem incessanter copia crescet 
agricolum, sicut formosi tempore veris 
umbrosae frondes per silvas undique crescunt. 
Nulla quies dabitur nobis totique cohorli, 
nullus mulcebit fatigata et lumina somnus, 
in nos assidue quia durus saeviet hostis , 
cui semper crescet virtus Mavortia belli, 
jam cœpta pugna quum nos cessare jubebit. 
Crastinus ergo dies non expectetur ad arma : 
hocce die virum totum pessundemus agmen, 
nam nobis aderit, spero, regnator Olympi. » 

Taliter heroas inflammat strenuus omnes 
praefectus peditum, cujus sententia belli 
niultum grata fuit ducibus, regique Lothringo. 
Atque, ubi concilii finem fecere potentes, 
Dux portare dapes jussit per castra repente, 
imperat atque arcere famem a tôt millibus omnem, 
grato partiri et Cerealia munera vultu. 
Nec mora, capsarum dominorum multa tegilla 
pandere conspiceres, conclusum et carpere victum, 



LIVRE SIXIEME. 



harceler sans relâche. Si au contraire nous attendons 
l'arrivée du jour de demain pour combattre, les Rustauds 
recevront des renforts incessants pendant toute la nuit, 
comme aux beaux jours du printemps les forêts se gar- 
nissent partout de feuilles et d'ombrage. Ni nous ni 
l'armée ne goûterons le repos ; le sommeil ne vien- 
dra pas rafraîchir nos yeux fatigués : car l'ennemi, impi- 
toyable, continuera à nous assaillir avec fureur; son 
courage croîtra sans cesse, tandis que, dès les premières 
attaques, le nôtre sera à bout. N'attendons pas à demain 
pour prendre les armes, exterminons aujourd'hui l'armée 
ennemie, car, je l'espère. Dieu nous viendra en aide. » 

C'est ainsi que l'intrépide général de l'infanterie en- 
flamme les cœurs par un avis qui entraîne l'assentiment 
de tous les chefs et du souverain lui-même. Le noble 
conseil congédié, le Duc ordonne de distribuer à l'ins- 
tant des vivres dans le camp ; il veut apaiser la faim de 
tant de milliers d'hommes ; il est heureux de leur faire 
partager les provisions de pain dont il peut disposer. 
Partout on voit se lever les couvercles d'une infinité de 
caisses où les seigneurs avaient fait renfermer les vivres, 
et où l'armée entière va chercher de quoi réparer ses 



LIBER SEXTUS. 



Ut sibi restauret vires exercitus omnis. 
Dolia plena mero necnon duxere ministri, 
ablato fundo quae mox erecta fuere, 
nectareum ut pugiles valeant haurire liquorem, 
atque gravem sedare sitim liberalius omnes. 

Tum juvenes princeps donavit munere multos 
militiae, quibus instruit onera cuncta repente : 
« Miles enim, dixit, nullus prcEclarus habetur, 
divine fuerit ni relligionis amator, 
oppressamque sua viduam ni protegat arte, 
pupilli flentis ni sublevet atque dolorem ; 
praedonis nomen miles fugiatque nefandi, 
proefulgens virtute pia devincat et omnes, 
militis aut non est generoso nomine dignus. » 

His dictis, juvenes demum sua colla sub ense 
submisere Ducis, qui cunctos percutit ense : 
« Sis miles, dicens, asterni in nomine Patris, 
atque sui Nati, cœli factoris et orbis, 
Spiritus et sancti, mœstis qui gaudia prrestat. » 

Venerat hos inter Vademontis strenuus héros. 
Hic, illustre caput declinans, suscipit ictum 



LIVRE SIXIÈME. 



191 



forces. Des serviteurs roulent devant eux des tonneaux 
remplis d'un vin bienfaisant ; ils les dressent en ouvrant 
le fond, et nos soldats y puisent un doux nectar, avec 
lequel ils peuvent largement apaiser la soif qui les ac- 
cable. 

En ce jour le Duc accorda le titre de chevaliers à un 
grand nombre de jeunes braves, auxquels il fit connaître 
en peu de mots les devoirs que leur imposait leur nou- 
velle dignité : « Nul, dit-il, n'est digne du beau titre de 
chevalier, s'il ne se montre l'ami dévoué de notre sainte 
religion, s'il ne sait protéger la veuve opprimée, ni sou- 
lager la douleur de l'orphelin en deuil ; que le chevalier 
ne mérite pas le nom infâme de déprédateur; que son 
éclatante piété le fasse remarquer plus que tous ; autre- 
ment il sera indigne de son noble titre. » 

A ces mots les jeunes guerriers viennent incliner la 
tête devant le Duc, qui les frappe du plat de l'épée, en 
disant : « Sois chevalier, au nom du Père éternel, de son 
Fils, créateur du ciel et de la terre, et de l'Esprit-Saint, 
qui rend la joie aux affligés. » 

Avec les autres aspirants se présente l'intrépide Vau- 
démont qui, inclinant aussi son noble front, reçoit, comme 



192 



LIBER SEXTUS. 



ensis nudati, sicut fecere priores. 
Hinc bombarda ferox, céleri revoluta rotatu, 
exilit e castris, omnis quoque machina belli. 
et clamore virum turbatur nubilus aether, 
spargitur et campus tremulo clangore tubarum. 

Guisius interea primam produxit in hostem 
Austrasium turmam versus Chervillia castra. 
Marchius hic aderat, veluti praediximus, héros, 
Pesmius et miles nullo terrendus ab hoste; 
cum multis aliis Parroius inclytus armis ; 
hac fuit in turma tu-nc Villaenovius héros (4), 
qui Ducis Austrasii in sancta virtute regebat 
illustrem natum, Franciscum astate puellum, 
inclyta cui multum Lotharingia serviet olim. 
Hanc aciem primam Stenvillius ille Joannes 
acer pone subit, sonipes quem portât anhelus, 
armis fulgentum sequitur quem clarior ordo 
nobilium, valde quos torquet Martius ardor 
bellandi, et venientem tollere cominus hostem. 
Hae duo dextrorsum ponunt vestigia turmae. 
At comes insignis cui dives Salmia paret, 



LIVRE SIXIÈME. 



193 



ceux qui l'avaient précédé, le coup du glaive nu. Alors 
la terrible bombarde, entraînée par les roues légères, 
sort du camp avec tous les autres engins destinés au 
combat. L'air nuageux retentit, ébranlé par les cris des 
guerriers, et dans la plaine se répandent les sons brisés 
de la trompette. 

Cependant Guise dirige vers l'ennemi, du côté de 
Scherwiller, les premiers escadrons lorrains. Le vaillant 
de La Marche s'y trouvait, comme nous l'avons dit, et 
avec lui le chevalier de Pesme, que nul ennemi ne de- 
vait faire trembler, et encore, parmi beaucoup d'autres, 
Parroy, fameux dans les combats. Dans cette troupe on 
remarquait aussi l'héroïque Villeneuve, chargé de diri- 
ger dans le chemin de la vertu l'illustre fils de notre Duc, 
François, encore enfant, à qui sera soumise un jour la 
brillante Lorraine. Derrière le premier détachement 
s'avance le bouillant Jean de Stainville, porté par un cour- 
sier haletant. A sa suite marche, couvert d'armes écla- 
tantes, l'ordre illustre de la noblesse, qui brûle du désir 
d'en venir aux mains et d'exterminer l'ennemi. Ces deux 
bandes occupent l'aile droite de l'armée. L'illustre comte 
qui gouverne le riche Salm fait marcher vivement à l'aile 
gauche, avec beaucoup d'autres, les braves cavaliers que 

RusTic. II. 13 



194 LIBER SEXTUS. 



egregios équités, pia quos Germania nobis 
miserat inferior contra hos, in parte sinistra 
cum multis aliis constanter cedere jussit. 
Has inter turmas peditum quoque copia grandis 
procedebat ovans Fidei succurrere sacras, 
quam Vademonteus radianti fulgidus auro 
ducebat, clari genitoris captus honore. 

Inde Geraudurus, dimisso tramite recto, 
Albanie gentis ductor, prodire coegit 
praecipites cursu socios per dévia rura, 
Slestadium versus, sparsos qui gnaviter liostes, 
ne noceant nobis, subito comprimere fecit. 
Cum Duce processit, veluti praediximus ante, 
Leucorum pr^sul generosus, Dailius Hector, 
cum multis aliis quos secum duxerat héros, 
in castris cuncti qui permansere relictis, 
proque suo domino cœli regemque precantur, 
quem tali supplex etiamnum supplicat ore : 
« Davidis soboles, o summe tridentifer orbis, 
sordida quem semper veneratur terra parentem, 
sethere cum picto, Superum cui concinit ordo. 



LIVRE SIXIÈME. 



la Germanie inférieure, toujours pieuse, nous avait en- 
voyés contre nos ennemis. Entre ces escadrons s'avançait 
une puissante infanterie, fière de venir en aide à notre 
sainte religion ; elle était conduite par le prince de Vau- 
démont, resplendissant d'or et tout épris de la gloire 
acquise par son illustre père. 

D'un autre côté Géraudure, chef des Albanais, s'écar- 
tant de la route directe, fait avancer à marche forcée ses 
compagnons d'armes, par des sentiers détournés, vers 
Schlestadt, afin d'arrêter subitement et avec vigueur les 
ennemis disséminés qui pourraient nous nuire. Avec le 
Duc marchait, ainsi qu'on l'a vu, l'illustre évêque des 
Leuquois, Hector Daily, au milieu d'un nombreux cor- 
tège que le prince avait amené avec lui et qui, lorsqu'on 
avait abandonné le camp, y était d'abord resté, adres- 
sant au Roi des cieux des prières pour le souverain, qui 
lui-même le supplie en ces termes : «Descendant de Da- 
vid, ô Maître de toute l'étendue des mers, toi que notre 
pauvre terre et le ciel étoilé révèrent toujours comme un 
père ; toi que dans leurs concerts célèbrent les Saints, 
prends sous ta garde le peuple que tu m'as donné à ré- 



196 



LIBER SEXTUS. 



custodi populum quem, te tribuente, regendum 
suscepi, misero ne confundatur ab hoste, 
inque suis nullum capiat jam dedecus armis 
Austrasiana manus, quam sacri sanguini simbre 
largius effusi redemisti, summe Redemptor; 
illa domum verum dulcem, patriamque relictam 
ob nomen Fidei, sine luctu visitet, oro. » 

Dixit, et alipedem demum conscendit atrocem, 
auratum niveo frenum qui dente terebat, 
hinnituque gravi campum diverberat omnem ; 
hic graditur post haec acies fulgentior armis 
quam radians Phœbus, dum mundo lumina spargit. 
Agmine cum multo sequitur post hune loannes, 
oHm quem genuit nobis Geldrina Philippe, 
cardinei coetus sacro decoratus honore. 
Faius incedit pariter cum principe nostro, 
oui cataphractus eques parebat ssevus in hostem. 
Uhima mox acies sequitur quam Ludrius acri 
vectus equo miles, defensus milite multo, 
ducebat, late bellandi captus amore. 
Austrasii proceres, ut deduxere phalangem, 



LIVRE SIXIÈME. 



197 



gir; qu'il ne soit pas détruit par ses misérables ennemis; 
que l'armée de Lorraine n'éprouve aucun affront dans 
les combats, puisque les flots de ton sang divin, libéra- 
lement répandu, l'ont rachetée, ô souverain Rédempteur ! 
Puisse-t-elle avoir le bonheur de revoir ses doux asiles, 
sa patrie, qu'elle a abandonnée pour défendre la Foi 
attaquée ! c'est mon vœu. » 

Ainsi parle le Duc ; il s'élance enfin sur un fier cour- 
sier dont la dent d'ivoire ronge le frein doré et qui, de 
ses terribles hennissements, fait retentir au loin la plaine. 
Alors s'avance l'armée, plus éclatante sous les armes que 
le soleil radieux inondant le monde de sa lumière. Puis, au 
milieu d'une suitê nombreuse, marche le fils de Philippe 
de Gueldre, Jean de Lorraine, paré du titre sacré de 
cardinal. Près de notre souverain se trouve Dufay, qui 
commande la cavalerie, bardée de fer et si terrible à l'en- 
nemi. Enfin on voit bientôt arriver l'arrière-garde, que 
conduisait le chevalier de Ludres. Porté sur un bouillant 
coursier, il était entouré de guerriers nombreux et brû- 
lait d'un vif désir d'aller combattre au loin. La noblesse de 
Lorraine, amenant ses belliqueuses phalanges, se dirige 
en partie vers Scherwiller, que la plèbe des Rustauds, 



198 



LIBER SEXTUS. 



Chervillam versus partim vestigia tendunt, 
rustica quam plèbes, talpa Ccecutior omni, 
praevalido furtim vallo concluserat ante. 
Ocius et partim contra nos venerat illuc 
viribus ut cunctis surgens obsisteret in nos. 

Tum Vademonteus sasvo discrimine belli 
commotus, veluti volucris de rupe cavata 
exilit in valluni, vallum primusque refringit, 
Lupsteno in bello sicut confregerat ante, 
œgre quod vallum rupisset Martia Pallas, 
ut faceret sociis aditum ad mala nostra patentem. 
Militis inde novi mirantur protinus omnes 
egregium factum, vallum lateque subintrat 
Antonina cohors, ubi plures inde necavit. 

Altéra pars ensem constanter stringere cœpit, 
desiliens in nos belli virtute repleta, 
quilibet atque suum jugulavit protinus hostem : 
segnitiem quivis bellando spernit inertem, 
algificusrque timor nullum consternit ab armis, 
nemo fugit pariter cœpti bellique timorem. 
Insequitur sed nos primo certamine vulgus, 



LIVRE SIXIÈME - 



plus aveugle que l'aveugle taupe, avait déjà secrètement 
entouré d'un fort retranchement, où elle s'était prompte- 
ment et en partie renfermée, dans l'intention de s'oppo- 
ser à nous avec ses forces réunies. 

Alors Vaudémont, ému des dangers que nous allons 
courir, se précipite sur l'ennemi comme l'aigle du haut 
d'un roc. Le premier il attaque les retranchements, ainsi 
que déjà il l'avait fait dans la lutte de Lupstein. Ce bou- 
levard, qui eût résisté à la déesse de la guerre, tombe 
devant le héros, qui rend ainsi l'ennemi accessible aux 
coups de ses compagnons d'armes. Toute l'armée admire 
le bel exploit du nouveau chevalier. Aussitôt les cohortes 
d'Antoine pénètrent de toutes parts dans les retranche- 
ments, et immolent une foule d'ennemis. 

Du côté des Rustauds, les combattants, animés d'une 
grande ardeur guerrière, commencent à tirer fermement 
l'épée et à s'élancer sur nous. Chacun d'eux a frappé à 
la gorge un adversaire ; tous dédaignent de recourir à 
une prudente lenteur; une crainte glaciale ne détourne 
personne du combat. Nul ne cherche à se soustraire aux 
périls de la lutte engagée. Dès la première attaque l'en- 



200 



LIBER SEXTUS. 



sicut aprum sequitur setis horrentibus acrem 
turba canum, currens per silvas agmine facto. 
Exitio ne sic multos afficeret hostis, 
nostri ductores, auro radiante decori 
(detineam ne te longo sermone legentem) , 
Chervillam villam cœsorum corpore totam 
spargere cœperunt, implent terramque cruorc, 
hostibus et multis oculos clausere tenebrae. 

Hanc ubi Chervillana manus conspexit atrocem 
ruricolum cœdem, gelido commota pavore, 
rétro ferre pedem cœpit, pugnamque refugit, 
atque timet nostro violari fortiter ense. 
Et, modo quse magno belli fervore fremebat, 
agmine dimisso, fugiens sua tecta subintrat : 
sicut oves fugiunt, ubi conspexere leonem. 
Hos ubi nostrates angi formidine spectant, 
villae partibus in multis incendia mittunt. 
Hinc graviter crepitans excluditur œde favilla, 
nec cessât donec multi periere per ignem : 
ille périt subito quem Christi gratia nescit. 
Tum bis sexcenti pedites de gente Lothringa 



201 



nemi nous poursuit comme la meute pressée qui se pré- 
cipite dans les forêts à la suite du sanglier terrible, aux 
poils hérissés. Afin d'arrêter les pertes que l'ennemi 
allait nous faire subir, nos généraux, tout brillants d'or 
(je te dirai en peu de mots leurs exploits, ô lecteur !), en- 
tassent bientôt des monceaux de cadavres dans Scher- 
willer et inondent la terre de sang; bientôt les voiles 
de la mort vont couvrir les yeux de milliers d'ennemis. 

Quand l'armée de Scherwiller eut vu l'horrible mas- 
sacre des Rustauds, saisie d'une peur glaciale, elle com- 
mença à reculer, à fuir loin du champ de bataille, à 
redouter les coups de nos vaillantes épées. Naguères, 
remplie d'une bouillante ardeur, elle brûlait de combattre ; 
maintenant ses bandes se dispersent ; elle fuit, et se glisse 
dans ses demeures, comme les brebis disparaissent à la 
vue du lion. Quand les nôtres les voient en proie aux 
angoisses de la crainte, ils lancent la flamme en mille 
endroits du bourg; on entend les crépitations du feu 
qui s'échappe, formidable, hors des maisons ; il ne s'arrête 
pas sans avoir fait de nombreuses victimes. Celui que le 
Christ ne protège pas périt bientôt. Deux fois six cents 
fantassins de l'armée de Lorraine, fiers de leurs exploits, 



202 LIBER SEXTUS. 



armati gesis, beili virtute féroces, 

Chervillos hostes nullo terrore repletos, 

in média villa qui commansere potenter, 

hi licet exLiperent plus quam duo millia, nobis 

ne noceant, subito ad vallum duxere relictum, 

rustica plèbes in quo nos expectabat in armis. 

Nuntius interea per nostram forte catervam 

ecce ruit, campum et multo clamore replevit ; 

millia sex hominum sese vidisse fatctur 

cum multis aliis plcbi venientia scmper 

auxilio, princeps quos expectarc parumper 

Guisius affectât, pereant ut protinus omnes, 

detinuitque Ducem nostrum cui talia fatur : 

« Per caput hoc illustre tuum, per numen Olympi, 

obtestor tete, per Borboniamque Renaten, 

per natum pariter, cui débita sunt tua régna, 

dextrorsum ut maneas cum turma non procul agro 

Chervillo, invadam dum bello cominus hostem. » 

Trux bellum postquam sic constituere phalanges, 
nostra bobarda globum ferri demisit in agmen 
horrihco sonitu, muitos ictuque peremit. 



LIVRE SIXIÈME. 



205 



poussent devant eux, la pique à la main, plus de deux 
mille combattants de Scherwiller qui, intrépides, étaient 
restés fermement au milieu du bourg, et les forcent, 
pour qu'ils ne nous attaquent pas, à rentrer dans les re- 
tranchements qu'ils avaient abandonnés et où nous 
attendaient en armes les Rustauds. Tout à coup voici 
qu'un messager se précipite au milieu de nos bataillons, 
et, remplissant la plaine de ses cris, annonce l'approche 
de six mille combattants avec beaucoup d'autres qui arri- 
vent à chaque moment au secours de la plèbe. Le comte 
de Guise veut les attendre et les anéantir; aussitôt il 
arrête le Duc, auquel il dit : « Par cette tête illustre, par 
le Dieu du ciel, au nom de Renée de Bourbon et de ce 
fils auquel sont destinés un jour tes États, je te conjure 
de rester avec tes escadrons à la droite de l'armée et non 
loin de la plaine de Scherwiller, jusqu'à ce que j'aie 
abordé les assaillants. » 



Quand nos phalanges eurent pris ces dispositions de 
guerre, notre bombarde lança sur l'ennemi, avec un bruit 
horrible, le globe de fer, qui fit tomber une foule de 



204 



LIBER SEXTUS. 



et via per s^evos hostes fit pondère ferri 

emissi, tactos équités et in agmine perdit, 

immundo veluti cum s^evit turbine fulgur. 

Altéra pars etiam belli tormenta replevit 

pulvere sulphureo, et fera pondéra mittit in auras; 

in nostrum cuneum fulmen jaculavit et ignem, 

abstulit hoc verum, dictu mirabile ! paucos : 

nam globus, alta petens, paucos ferit impete facto, 

hastas sed tantum tetigit volitando Lothringum, 

illos nec Ixdit, nec sœva ca:ide lacessit : 

lasdere nemo potest servat quem gratia Christi. 

Haec cum vidissent vulgi tormenta, potenter 

transcendunt nostri pedites, non absque tumultu, 

ocius ut périmant homines quos odit Otympus. 

Prosiliunt dum sic cursu, penetrare putantes 

hostilem populi densa cum strage phalangem; 

dum sic quisque ferit socium per prcelia fortem, 

Chervillana phalanx nostrum prorumpit in agmen, 

atque gravi bello bis vel ter rejicit illud, 

omnis adhuc quoniam ssevum congressus ad hostem 

clausus erat, nuUus nostris aditusque patebat. 



LIVRE SIXIÈME. 



205 



guerriers. Le boulet s'ouvrit un chemin à travers les 
rangs, et alla exterminer les cavaliers qu'il atteignit. 
Ainsi frappe la foudre au milieu d'une noire tempête. 
Nos adversaires, de leur côté, gorgèrent de poudre leurs 
canons et firent aussi voler dans les airs de terribles 
mases; leur tonnerre lança également des flammes 
contre nos bataillons ; mais, ô miracle ! il n'y eut parmi 
nous que quelques victimes. Le projectile, perdu dans les 
airs, chose étonnante! n'arriva qu'à la portée d'un petit 
nombre de Lorrains, dont il effleura seulement les lances 
dans son vol, sans blesser personne, sans causer une 
seule mort: nul ne peut nuire à celui que le Christ prend 
sous sa sauvegarde. En voyant diriger ainsi contre nous 
les machines de guerre, nos soldats s'avancent brave- 
ment, non sans bruit, pour en finir avec les ennemis de 
Dieu. Tandis qu'ils arrivent au pas de course, dans l'es- 
poir de pénétrer au milieu des troupes qu'ils combattent 
et d'y faire un grand carnage, pendant que chacun cher- 
che à se délivrer de celui qu'il a en face, voici que les 
phalanges de Scherwiller se précipitent sur nos soldats, 
et, par une rude attaque, les repoussent deux et trois fois, 
car tout moyen d'en venir aux mains avec nos féroces 
assaillants nous était refusé, et les nôtres ne s'étaient pas 



206 



LIBER SEXTUS. 



At globus hic peditum sic est rejectus ab hoste ; 
ille locum nimis angustum virtute ruentum 
majorem fecit, per quem bis quinque Lothringum 
incedunt una multo cum funere vulgi, 
hostileiiique cito perfundunt sanguine campum. 
Guisanus furtim vulgi duni castra pererrans, 
nunc hue nunc illuc aditum quœrebat ad agmen, 
et tentât qusenam sit porta patentior illi, 
interea Vademonteo cum principe forti, 
Dagobio, dux Ausonium, Machaonius acer, 
Chervillum vahum, multa virtute paratum, 
cum peditum turma veniens, disrupit ubique ; 
disjecitque trabes, postes et in ordine pinus. 
Hune aditum postquam conspexit Guisius héros, 
aHpedem pigrum dicto castigat amaro, 
ire cito pedibus, nullumque reHnquere longe 
post sua terga jubet, nullis et cedere cursu. 
Qui domini verbo suadentis gnaviter actus 
exiliit propere, reliquos post terga relinquit, 
dimissoque loco jam pulvere sidera foedat, 
atque solum céleri currendo repercutit ungue, 



LIVRE SIXIÈME. 



207 



encore ouvert un passage. L'ennemi éloigne donc ainsi 
une troupe de nos fantassins, mais par leur valeur ceux- 
ci, en se ruant, avaient élargi le passage; aussitôt dix 
Lorrains s'y jettent ensemble, sèment la mort autour 
d'eux et inondent la plaine de sang ennemi. Cependant 
Guise parcourt furtivement le camp des Rustauds ; il y 
cherche de tous côtés un accès pour nos soldats ; il sonde 
pour trouver une entrée plus facile. Mais alors avec le 
comte de Vaudémont se présente le bouillant Machaon 
Dagobio, le chef des Italiens; à la tête de ses bataillons 
il attaque de tous côtés les retranchements de nos enne- 
mis, brise et disperse les poutres, les poteaux, les pins 
rangés symétriquement. Dès que le brave de Guise aper- 
çoit le chemin ouvert, il gourmande son coursier, trop 
lent à son gré ; il veut qu'il précipite sa marche, qu'il 
ne laisse personne derrière lui, qu'il ne soit devancé par 
personne. Excité vivement par les paroles persuasives de 
son maître, le coursier bondit, dépasse les autres, et en 
partant obscurcit le ciel de poussière ; il frappe le sol 
avec son sabot léger, et, plus rapide que le vent, il pénè- 
tre dans le camp de Scherwiller. Alors nos cavaliers, 
emportés dans leur course, s'introduisent avec leur chef 
qui déjà égorge les orgueilleux Rustauds, mais ceux-ci 



208 



LIBER SEXTUS. 



ocior et vento Cherviliia castra subivit. 
Nostrates équités etiamnum praepete cursu 
intrant cum domino, vulgus jugulante superbum; 
Austrasiis verum magna virtute resistit, 
bisque novem pugiles pugnantes acrius illi 
précipitant ab equo longe, tenuesque per auras 
dispergunt alacres, in morem fulminis actos, 
actos ingenti sonitu et clamore cadentum 
Austrasium ; inter quos aderat modo Pesmius, atro 
vectus equo, ssevum qui dum pugnabat in hostem, 
ejus quadrupedem multi incidere potentem, 
ad mollemque ruit prasceps properanter arenam, 
montibus in celsis veluti dum scinditur ornus. 
nie pedes tamen, aggrediens hune cominus ense, 
aut hune infestans, vires expromit ubique. 
Insultans Petrus nec non Haracurius illuc 
venerat, inviso jugulum ut depellat ab hoste; 
decidit ille tamen dorso delapsus equino. 
Hos tàmen excussos vulgi servavit ab ense 
rex Superum, rursus dimicans et Guisius héros, 
hostes qui Vademonteo cum fratre trucidât, 



LIVRE SIXIÈME. 



209 



résistent aux Lorrains avec une grande valeur. Ils préci- 
pitent loin de leurs chevaux dix-huit des nôtres qui les 
avaient vivement assaillis, et qui sont violemment dis- 
persés dans l'espace; lancés comme la foudre à travers 
le tumulte et les cris, nos soldats sont couchés sur le sol. 
Parmi eux se trouvait de Pesme qui, porté sur un noir 
coursier et combattant l'ennemi furieux, vit tomber sa 
vigoureuse monture sous les coups multipliés de ses 
agresseurs. L'animal s'abattit soudain et resta étendu 
sur la molle arène, comme l'orme amputé par la hache 
au haut des montagnes. Le héros, maintenant à pied, 
attaque de près l'un avec l'épée, poursuit l'autre, et dé- 
ploie partout une grande résistance. Pierre d'Haraucourt 
s'est élancé pour préserver des coups de l'ennemi son 
brave compagnon d'armes, mais lui-même tombe pré- 
cipité de son coursier ; toutefois dans leur chute le Roi 
du ciel les préserve de l'épée des Rustauds. L'héroïque et 
pieux de Guise, qui vient à son tour combattre et tailler 
en pièces les ennemis avec son frère de Vaudémont, 
s'acharne à leur poursuite et les abat de tous côtés. 
Comme le sanglier farouche, poursuivi du haut des mon- 
tagnes par les molosses au pied léger, couche les uns 
sur le gazon, et teint de leur sang les autres qu'il frappe 

RusTic. II. 14 



210 



LIBER SEXTUS. 



quos plus insequitur sternens per praelia multos. 
Scevus sicut aper, celso de monte molossi 
quem civere levés, nunc illum sternit in herba, 
nunc alium caput obliquando sanguine tingit; 
hune sic vel illum pertundit Guisius hostem. 

Si mihi Pierio Musse perfusa liquore 
ora darent centum, linguam multoque loquacem, 
nunquam prosequerer qua magna caede rebellem 
infestet populum, nullo satietur et ictu : 
namque sui pugiles devolvunt corpora terras ; 
sternitur ante pedes quorum fera copia vulgi, 
atque cadit veluti de ramo putrea poma 
arboris a vento dum sunt agitata per auram : 
quo se cunque tui circumflectat ocelli 
aspiciens acies, nihil hic nisi csesa virorum 
corpora conspiciet, fœdantia sanguine campum, 
non deploratam plebem sub Tartara mitti. 
Hinc Vademonteus, nullo discrimine motus, 
quem Bellona ferox passim comitatur ubique, 
ecce ruit rursum vulgi per castra potenter, 
agmen et illius magna virtute lacessit. 



LIVRE SIXIEME. 



obliquement de la tête, ainsi de Guise immole tantôt un 
ennemi, tantôt un autre. 



Quand même les Muses me donneraient cent bou- 
ches abreuvées de la liqueur poétique ; quand elles me 
verseraient une éloquence intarissable, jamais je ne pour- 
rais dire l'immense carnage de rebelles que fait le prince, 
les coups que porte son bras infatigable. Avec lui ses 
compagnons d'armes précipitent sur la terre les cadavres, 
et les féroces Rustauds tombent à leurs pieds comme le 
fruit gâté tombe des rameaux de l'arbre agité par les 
vents. De quelque côté que se promènent les regards sur 
l'armée ennemie, ils n'aperçoivent que des monceaux de 
morts inondant de sang la campagne ; qu'une misérable 
populace qu'on précipite sans regret sur les sombres ri- 
vages. Vaudémont, que nul danger ne peut émouvoir, 
que la farouche déesse des combats accompagne au loin 
et partout, se jette de nouveau sans hésiter dans le camp 
ennemi, dont il attaque vigoureusement les troupes. Il 
venait pour ranimer les siens, mais en voyant tant de 



212 



LIBER SEXTUS. 



Venerat ut socios hic hortaretur ad arma, 
ast hominum postquam vidit tôt millia csesa : 
<( Ut video, dixit, non est hortamine nostro 
nunc opus, o socii, qui jam tôt colla virorum 
scindere novistis, pugilesque retundere telo, 
caesorumque solum satiari sanguine multo. » 

His dictis alios princeps hortatur in hostem, 
qui resono belli mox insiluere fragore, 
rursus et insternunt geminato Marte rebelles, 
Austrasium sequitur quos plurima turba ; 
quos cernens terrore gravi jam rustica plèbes 
concutitur multum ; necnon vexilla relinquit, 
milite cum pauco et remanet vexillifer illic. 
Increpat hune ductor multo sermone latentem : 
(( Quis timor, o socii, jam pugnae reddit inertes? 
Majorum quaenam vires ignavia pellit? 
Vix cœpti jamjam cceperunt tœdia belli ! 
Sic Lotharinga manus tua signa relinquere cogit ! 
Sic sinis ignava legionem perdere mente 
post modicam stragem nostrorum caede cadentum ! 
Tempore sed noctis potando pocula Bacchi 



LIVRE SIXIÈME. 



carnage : « Il me semble, dit-il, que toutes les exhorta- 
tions sont inutiles, compagnons d'armes, vous savez bien 
abattre les têtes et paralyser avec le glaive ceux qui 
joutent contre vous; vous .savez abreuver la terre du 
sang de milliers d'ennemis. » 

Le prince se tourne alors d'un autre côté pour encou- 
rager à l'attaque ; de nouveaux guerriers s'élancent en 
faisant retentir l'air du fracas des armes, et, redoublant 
de valeur, ils taillent en pièces d'autres rebelles. A leur 
suite s'avancent une foule de Lorrains. A cette vue, les 
Rustauds, saisis d'une grande terreur, sont fortement 
ébranlés, et le porte-enseigne, abandonnant son drapeau, 
s'arrête avec quelques soldats. Tourné vers ce mal- 
heureux qui cherche à se dérober à ses regards, leur 
chef le gourmande longuement et s'écrie : « Quelle 
terreur vous rend incapables de lutter, compagnons? 
Quelle lâcheté anéantit les forces que vous avez héritées 
de vos ancêtres? Quoi ! les ennuis d'une guerre que nous 
avons entreprise ont à peine commencé, et l'armée lor- 
raine t'oblige déjà, toi chargé de l'étendard, à quitter ton 
drapeau ! Tu as assez peu de cœur pour laisser extermi- 



214 



LIBER SEXTUS. 



non estis segnes, vel quando largius omnes 
ventre dapes pleno géniales sumere vultis, 
invitatque chorum quando vos tibia dulcem, 
hic alacres estis nuUoque timoré repleti. 
Nunc tamen Austrasium jam formidatis in armis, 
signa relinquentes turpi non absque timoré. » 

Hoc ductor sermone suos instigat in hostem, 
amissamque cito virtutem ad bella reposcit 
ruricolum cumulus ; surgens nunc agmine denso 
acrius incurrit, crudescens cxde per agmen, 
ductorisque memor dictorum sumere vires 
fortiter affectât, nostros et sternere telo, 
et dare constanter lethalia vulnera multis. 
At Vademonteus, sequitur quem Martia virtus, 
irruit in médium bellando cominus hostem, 
injicit et sese qua vidit densius agmen, 
et feriens hostes multos extendit in herba, 
enseque sanguineo sustentât pmelia multa. 
Hune jaculo misso sed dure percutit hostis, 



LIVRE SIXIÈME. 



215 



ner nos légions après quelques pertes éprouvées par les 
nôtres ! Pourtant, quand la nuit arrive, vous montrez 
tous une bien autre ardeur pour vous abreuver de la 
liqueur enivrante, pour gorger vos estomacs d'aliments 
choisis. Quand la flûte vous invite aux plaisirs de la 
danse, vous avez une bien autre vivacité, et la crainte 
vous est tout à fait étrangère. Mais maintenant vous 
tremblez devant les Lorrains en armes et, saisis d'une 
honteuse terreur, vous laissez là vos drapeaux ! » 

Ce discours du chef ennemi réveille les siens ; les 
bandes rustiques rappellent aussitôt leur courage perdu ; 
elles se précipitent à rangs serrés, s'élancent au combat 
avec une ardeur renaissante pour le carnage, et, son- 
geant aux railleries de leur général, elles veulent déployer 
une nouvelle vigueur, abattre les nôtres sous leurs coups 
et immoler sans peur des milliers de victimes. Mais 
Vaudémont, plein d'une chaleur toute martiale, se rue 
au milieu des bataillons ennemis, qu'il attaque de près ; 
il se jette au plus épais de la mêlée; il frappe et fait 
tomber sur la plaine verdoyante de nombreux guerriers ; 
son épée sanglante engage des luttes multipliées. Alors 
l'ennemi lui lance des traits qui lui portent de rudes 
atteintes. Désireux d'immoler le beau cavalier, ils l'atta- 



2l6 



LIBER SEXTUS. 



egregium cupiens ejus configere corpus, 
et validos ictus circum sua tempora jactat ; 
tinnitu galeae generosi militis aures 
percussae résonant, volitantibus undique telis ; 
hostibus ille tamen magna virtute resistit : 
immitis veluti fera circumsepta corona 
venantum juvenes multi quam perdere credunt. 
Haec quatiens telum jactum se protegit ore, 
acrius atque in se venabula jacta retundit : 
sic Vademonteus multo sudore repellit 
ictus agricolum contra sua terga cadentes, 
ense facit calido manareque sanguine terrani. 
Jurasses Martem vulgi venisse per agmen, 
cervicem quoniam multis a corpore tollit : 
semper quippe nocet perjuris cœlica virtus. 

Illius at vulgus persistit perdere corpus 
assidue pugnans, telum jaculabat ubique, 
hastilique fero dum sic sua terga fatigat, 
ocius auratam manicam detrudit ab armo, 
pennicolae galeae partem trudit atque priorem 
Ut Vademonteum tanto in discrimine vidit. 



LIVRE SIXIÈME. 



217 



quent à la tête avec vigueur. Les coups qui frappent le 
casque du noble guerrier retentissent à ses oreilles au 
milieu des dards qui volent de tous côtés, mais il résiste 
en héros. Comme une bête féroce, environnée d'un 
cercle étendu de jeunes chasseurs qui comptent la faire 
périr, se défend en secouant de la tête les traits lancés 
contre elle, et en rejetant les épieux destinés à lui 
faire de cruelles blessures, ainsi Vaudémont, tout cou- 
vert de sueur, repousse les coups que l'ennemi veut lui 
porter par derrière, et de son épée fait couler sur la terre 
un sang tiède encore. On dirait Mars lui-même qui 
attaque les Rustauds ; il fait tomber les têtes d'une foule 
de victimes. Le ciel a toujours puni les parjures. 



Cependant la plèbe, dans une lutte continue, s'acharne 
à perdre le prince ; elle fait pleuvoir sur lui une grêle de 
traits. En l'assaillant par derrière avec la lance terrible, 
tout à coup elle lui détache de la main le gantelet doré 
qui la couvre, et fait tomber la partie antérieure de son 
haume empanaché. Voyant Vaudémont réduit à cette 
extrémité, un fantassin ôte aussitôt son propre casque 



2l8 



LIBER SEXTUS. 



mox unus peditum galeam deposuit ultro, 

hanc dédit atque lubens, sa^vo ut servaret ab hoste. 

Continuo plebem tamen indefessus agebat, 

in quam jactabat quando sua tela fréquenter, 

illustrem hosc illi feriendo laedit ocellum, 

cooperuit bysso quem longo tempore princeps. 

nie tamen per bella ruens non laedere cessât 

Chervillum cuneum, terram lavât atque cruore 

heroo, quanquam sit saucius alter ocellus. 

Hinc hastile suum, dum pugnat, frangitur illi 

in varias partes, et dissilit undique fractum, 

torquentem dominum medio dimittit et ictu. 

Hoc postquani vidit sic ruptum lumine tristi : 

« Hasta, vale, dixit, per quam modo sternere sontum 

corpora tôt potui, Christo juvante, per agmen, 

arma simul pugilum dextra lacerare potenti. )> 

Dixit, et impostum vagina protinus ensem 
distrinxit, contra venientes et ruit hostes. 
Hune ubi conspexit, generoso sanguine natus 
quidam dux peditum sese per bella propinquat, 
hastam fraxineam capiens et tradidit illi : 



LIVRE SIXIÈME. 



219 



et l'offre avec empressement au prince, pour le préserver 
des atteintes d'un ennemi furieux. Cependant le comte, 
infatigable, poussait toujours devant lui la plèbe, mais, 
pendant qu'il lui lance d'innombrables dards, lui-même 
est frappé à l'un de ses yeux, toujours si brillants, et 
qui resta longtemps voilé d'un lin préservateur. Le héros 
n'en continue pas moins à se précipiter à travers les 
rangs et à frapper l'armée de Scherwiller, faisant couler 
le sang des plus braves, malgré la blessure qu'il a reçue 
à l'œil. Mais dans la lutte sa lance se brise, et les nom- 
breux éclats s'en disséminent au loin. Elle abandonne 
son maître au milieu du coup qu'il va brandir. Quand 
de son regard attristé il en eut contemplé les fragments : 
«Adieu, dit-il, ma lance, toi par qui, avec l'aide du Christ, 
j'ai pu naguère renverser tant de coupables sur le champ 
de bataille, toi par qui mon bras robuste a rompu les 
armes de ceux qui se sont attaqués à moi. )) 

Il dit, tire à l'instant l'épée du fourreau qui la tenait 
renfermée et se rue sur les assaillants. A cette vue, un 
chef des fantassins, issu d'un noble sang, s'approche de 
lui dans la mêlée et, saisissant une lance de frêne, il la 
lui remet : « Prince, lui dit-il, dans une bataille si meur- 



220 



LIBER SEXTUS. 



« Hoc hastile tibi melius quam belliger ensis 
serviet, o Princeps, in tanta strage virorum. )> 

Qui l^tus dixit, postquam vibraverat illud, 
firmiter in dantem figendo lumina tota : 
« Dignas, o ductor, nequeo persolvere grates 
munere pro tanto, référât sed rector Olympi, 
cujus opus gerimus, jam praemia digna labore. 
Ante cadent rutilo sed fulgida lumina cœlo, 
desinet umbra prius lustrareque culmina montis, 
antea quam tanti cessent oblivia facti. )> 

Dixit, et agricolas validos hac dejicit hasta, 
illos atque ferit, donec sensere sonantem ; 
ictibus assiduis instantem provocat hostem. 
Nonnihil huic verum belli violentia cessât : 
ille genu flexo toto quoque corpore tandem 
bellando cecidit, vulgi post verbera multa, 
atque suum corpus ccesorum sanguine tinxit : 
non laeto semper florescit gramine tellus ; 
fulgidus interdum flos gratum ponit odorem ; 
haud etiam durant vires in milite semper. 
Agminis agricolum pertingens aurea clamor 



. LIVRE SIXIÈME. 



221 



trière cette lance vous servira mieux que la meilleure 
épée de combat. » 

Le comte, joyeux, agitant sa nouvelle lance et enve- 
loppant d'un regard assuré le généreux guerrier : « Géné- 
ral, lui dit-il, je ne puis reconnaître assez dignement un 
si grand service, mais veuille le Dieu du ciel, pour qui 
nous avons entrepris cette expédition, vous accorder une 
récompense méritée ; les étoiles brillantes tomberont du 
ciel radieux et l'ombre cessera de descendre du sommet 
des montagnes avant que l'oubli d'un tel bienfait entre 
dans mon âme. » 

Il dit, et de sa lance il renverse les robustes campa- 
gnards, les frappe et la fait retentir sur eux ; ses attaques 
continuelles ne cessent de provoquer l'ennemi qui le 
serre de près, et son audace guerrière ne s'affaiblit pas. 
Cependant ses jambes fléchissent; il tombe enfin épuisé 
par les coups multipliés qu'il a portés à l'ennemi, et son 
corps se teint du sang de ses victimes. La terre n'est pas 
toujours parée d'un riant gazon, et la fleur brillante 
perd quelquefois son doux parfum. La force également 
finit par abandonner le guerrier. La bande rustique 
pousse des cris qui s'élèvent jusqu'à la voûte étoilée et 
retentissent aux alentours. A la vue du prince exposé à 



222 



LIBER SEXTUS. 



sidera, vicinam propius diverberat oram. 
Ut Vademonteiim tanto in discrimine cernunt, 
infensum ciipiunt hi tota perdere mente : 
ursam turba virum veluti disperdere quaerit, 
infestam bubus cum senserit atque juvencis. 

Principis ut tanti casum non longius héros 
Marchius aspexit, pedites glomeravit ubique 
ingenti numéro, quem damans ponit in unum, 
ocius et Vademonteo succurrere mandat. 
Undique qui laeti socios hortantur ad arma, 
rursus et incipiunt crudeli sternere csede, 
dum terrae fuso surgendi commoda praestent 
tempora, virtutemque sinant recalescere primam. 
Quis numeret quantum princeps confligit in hostem 
hic ubi surrexit; quantum dissuhat ubique? 
Huic aperit costas, aUi sua pectora rumpit; 
hune trahit exanimem per fortia castra cedendo. 

Dum dimicant acies inter se Marte cruento, 
tune Crucifex sursum, rutiH prope lumina sohs 
cernitur a cuneo peditum, mirabile visu ! 
hoc stupidum signo, sed taHa legimus ante. 



LIVRE SIXIÈME. 



223 



un si grand danger, ils brûlent tous du désir le plus 
ardent d'exterminer leur ennemi : ainsi une troupe armée 
cherche à faire périr une ourse qu'elle sait avoir attaqué 
les taureaux et les génisses. 

Cependant le brave de La Marche, qui était près de là, 
s'aperçoit de la chute du prince ; il recueille de toutes 
parts des fantassins nombreux qu'il réunit à grands cris, 
et les invite à secourir au plus tôt le prince de Vaudé- 
mont; tous s'empressent d'appeler aux armes leurs com- 
pagnons, et recommencent un horrible carnage, afin de 
donner au prince tombé le temps de se relever et de 
retrouver sa vigueur première. Qui pourrait énumérer 
les assauts du comte, dès qu'il s'est redressé? Comme il 
s'élance de tous côtés ! A l'un il ouvre le flanc, à l'autre 
il brise la poitrine, un troisième meurt, et son cadavre 
est traîné dans le camp. 

Pendant que les deux armées se livrent entre elles une 
bataille sanglante, le crucifix apparaît près des rayons 
lumineux du soleil. L'infanterie, muette d'étonnement, 
aperçoit le signe miraculeux. Mais qui n'a remarqué de 



224 



LIBER SEXTUS. 



scriptural sacras docuit quae lectio sancta. 

Antea quam Solymse fieret destructio sedis, 

tune bis sex menses super hanc vaga Stella pependit, 

mortifère gladio similis, sic^que furenti ; 

pendebant etiam celeres et in aere currus, 

armati pugiles per cœlum bella moventes : 

saepe quidem signis revocatur turba malorum. 

Hue ades, o mea Calliope, et succurre canenti ; 
ne fastidito virtutem carminé ludam 
Guisani comitis, belli fortisque pericla ; 
qualiter in campo Chervillo fulminet armis ; 
quam demum vulgi stragem confecerit ille, 
quantos et pugiles Lethaso miserit amni. 
Hune detrudit equo, nulla formidine plenus, 
atque suum perimit feriendo cominus hostem 
vulnere mortifère, ci-esumque relinquit in herba, 
ejus et exultans sonipes cito pr^eterit omnes, 
audaci cursu densam transitque catervam. 

Longius inter se pugnando praelia miscent 
hostiles acies, multoque labore resistit 



LIVRE SIXIÈME. 



225 



pareilles merveilles, en faisant une sainte lecture des 
Écritures sacrées ? Avant l'accomplissement de la des- 
truction de Solyme, on vit, pendant deux fois six mois, 
une étoile vagabonde suspendue au-dessus de cette ville ; 
elle ressemblait à un glaive prêt à donner la mort, ou 
au poignard impitoyable. Des chars rapides circulaient 
aussi dans les airs, et des guerriers armés combattaient 
dans le ciel. La multitude des calamités s'annonce le 
plus souvent par des signes. 

Viens à mon aide, ô Muse, et favorise mes chants, 
pour que je puisse redire en vers dignes de quelque 
estime, les actes de courage du vaillant comte de Guise, 
les dangers qu'il courut; comment dans les champs de 
Scherwiller il frappa à l'égal de la foudre, quel carnage 
il fit des Rustauds, et quels lutteurs il précipita dans le 
fleuve de l'oubli. Toujours étranger à la crainte, il abat 
de leurs coursiers ses adversaires, les frappe de près, 
leur fait de mortelles blessures, et les laisse étendus sur 
le gazon, pendant que son cheval bondissant devance 
bientôt tous les autres, et, dans sa course audacieuse, tra- 
verse les escadrons épais. 

Les deux armées ennemies soutiennent longtemps le 
choc ; les bandes des Rustauds opposent une vigoureuse 
RusTic. II. 15 



226 



LIBER SEXTUS. 



agricolum legio, numerosa fulta phalange 
Helvetiae gentis, secum qu3e venerat ante. 
Hac confisa diu, fatui populique tumultu, 
despicit Austrasium praelongo tempore vires. 
Incipit at demum belli trepidare pavore, 
vestigatque cavam latebram prope castra relicta : 
sicut avis saevi dum diffugit aucupis iram, 
per silvam volitans, loca cunctis dévia quasrit ; 
sic fugiunt hostes queis bellum displicet omne ; 
ambas nam turmas hilares fudere Lothringi, 
tertia nec veniens acies tune profuit illis, 
Chervillus ductor quam ducere fecit in hostem. 
Qui postquam socios passim cecidisse per agmen 
conspicit, illorum vires revocare studebat : 
« Q.UO fugitis, dixit, post tôt certamina belli ? 
Quse maculans mentem nunc nunc ignavia tangit ? 
Hanc prohibete, precor, dum res expostulat omnis, 
quum faveat vobis belli fortuna potentis, 
extremo fuerit quum res in cardine tota, 
horae nec spatium Victoria nostra requirat. » 



LIVRE SIXIÈME. 



227 



résistance, appuyées qu'elles sont par de nombreux ba- 
taillons suisses qui les ont accompagnées. Longtemps 
pleine de confiance en eux et dans toute l'ivresse de la 
folie, la plèbe montre un dédain inaltérable pour les 
troupes lorraines. Cependant la crainte de la mort com- 
mence à s'emparer enfin de l'ennemi; il s'efforce de 
trouver, autour du camp qu'il veut abandonner, des re- 
traites où il puisse s'enfouir. Comme l'oiseau, fuyant la 
colère du terrible vautour, s'envole à travers les forêts 
et cherche un abri inaccessible à tous ; ainsi s'enfuient 
nos ennemis entièrement dégoûtés des combats. Les 
Lorrains ont déjà eu le bonheur de tailler en pièces deux 
corps d'armée, et le troisième, que le chef des Rustauds 
de Scherwiller fait avancer vers nous, ne leur est pas 
d'une grande utilité. En voyant ses compagnons tomber 
partout dans la bataille, il s'efforce de ranimer leur va- 
leur: « Où fuyez-vous, leur dit-il, après tant de combats ? 
Quelle crainte frappe et souille votre âme? Chassez-la. 
je vous en conjure, la circonstance l'exige impérieuse- 
ment. La fortune vous favorise dans une expédition si 
importante ; la crise est à son terme, et la victoire, pour 
nous appartenir, n'exige pas plus d'une heure de résis- 
tance. )) 



228 



LIBER SEXTUS. 



Nequicquam fortis tali sermone redire 
sollicitât ductor vulgus terrore repletum ; 
longius at fugiens furtim sua castra relinquit. 
Decidit huic ensis manibus, feraleque telum; 
ille metu lethi clypeum deponit et hastam, 
atque petit vitem, dimisso tramite recto, 
sub palo quo juncta fuit cœpitque latere. 
Alter et in silvam tandem fugiebat opacam ; 
ast alius transit fluviuni prope castra fluentem, 
lucis in occasu vitam et servare laborat, 
vicinam malum passim scandebat et alter, 
affectatque cito mortis vitare periclum. 

Ut sine c^ede suos hostes conspexit abire 
Antonina manus, palantes, agmine facto, 
per vallem sequitur, qu^ mox clamore remugit 
nostratis cunei fugientia castra sequentis, 
per quamcunque viam, celsum montemque migrasset, 
atque solum totum geminato funere turpat ; 
nec cessât donec perierunt millia bis sex, 
e grandi numéro vulgi qui venerat illuc. 
Arboris et si quis culmen scandisset in altum, 



LIVRE SIXIÈME. 



229 



En vain leur chef courageux cherche par ses paroles 
à ramener les Rustauds terrifiés, ils ne fuient qu'avec 
plus de vitesse, et quittent furtivement leur camp. L'un 
laisse tomber de ses mains l'épée et le trait qui apporte 
le trépas; l'autre, dans la crainte de la mort, jette son 
bouclier et sa lance, et se dirige, par des sentiers détour- 
nés, vers les vignes dont les appuis doivent le cacher aux 
regards. Un autre cherche un asile dans les profondeurs 
des forêts ; ceux-ci traversent le fleuve qui coule près du 
camp, et tentent de sauver leur vie à la faveur des té- 
nèbres ; ceux-là vont se réfugier au haut des arbres voi- 
sins, et tâchent de se dérober au plus vite à la mort qui 
les menace. 

Quand l'armée d'Antoine voit l'ennemi s'éloigner et 
se disperser, elle se réunit, et s'engage dans la vallée, qui 
bientôt retentit de ses clameurs ; elle s'attache aux pas 
de ce camp de fuyards, quelle que soit la route, quelle 
que soit la montagne où ils cherchent un asile, et couvre 
de cadavres la terre, qui en est infectée. Enfin le combat 
ne cesse que quand il a péri deux fois six mille de cette 
masse énorme de campagnards qui étaient venus nous 
assaillir. Et, s'il en est qui essaient de se cacher au som- 
met des arbres, les couleuvrines des nôtres les en font 



230 



LIBER SEXTUS. 



a nostris statim colubrino sternitur ictu, 

ut mihi narravit docto Murnerius ore, 

e bello veniens, nostra susceptus in aede 

hospitio tenui, lecto modicumque parato. 

Qui tamen hic longo satiabat lumina somno ; 

Endymioneum superabat quippe soporem, 

nam plures noctes insomnes duxerat ante. 

At, de Murnerio ne longius evager, extra 

materiam versans, gentis redeamus ad arma 

Austrasise. Vulgus quae postquam straverat omne, 

siderei tubicen cœli diverberat auras 

victrici sonitu, totam vallemque propinquam. 

Ut sonus ille Ducis nostri pervenit ad aures, 

nota fuit pariter sparsi Victoria vulgi ; 

hic descendit equo, frenum famuloque tetendit, 

armatumque genu subito deflectit, in herba 

casside deposta, Christum regemque precatur : 

« Christe, tui mundi, dixit, generahs Judex, 

aetherei regni totus cui concinit ordo, 

qui miseros homines conservaturus ab Orco 

intrasti tandem sacratas Virginis alvum, 



LIVRE SIXIÈME. 



231 



tomber à l'instant, suivant le récit que m'en a fait Mur- 
ner, qui le savait bien et qui, après la bataille, reçut chez 
nous une modeste hospitalité et un lit médiocre, où ce- 
pendant ses yeux purent se livrer à satiété aux douceurs 
d'un long sommeil, d'un vrai sommeil d'Endymion : 
car il venait de passer bien des nuits sans goûter le 
repos. Mais je ne veux pas plus longtemps m'écarter de 
mon sujet à propos de Murner; je reviens aux combats 
des troupes lorraines. Quand elles eurent taillé en pièces 
tous les Rustauds, la trompette fit retentir les airs de ses 
sons de victoire, qui se propagèrent dans la vallée voi- 
sine. En arrivant aux oreilles de notre prince, ils lui 
apprennent le triomphe qu'il vient d'obtenir sur les 
Rustauds dispersés. Alors il descend de son coursier, en 
jette les guides aux mains d'un serviteur, puis fléchis- 
sant aussitôt sur le gazon ses genoux armés, et déposant 
son casque, il prie ainsi le Christ, le Maître souverain : 
«O Christ, juge universel de ce monde qui t'appartient, 
toi pour qui la cour céleste réunie fait entendre ses con- 
certs, toi qui, afin de sauver des flammes de l'enfer les 
infortunés humains, as daigné un jour te renfermer dans 
le sein d'une vierge sacrée; toi qui, brisant pour nous 
les liens de la mort, nous as ouvert les cieux, et fait voir 



232 



LIBER SEXTUS. 



et necis evicto laqueo, jam régna polorum 

celsa recludisti nobis, soliumque Parentis, 

humanos actus ex quo spectare benignus 

suevisti, Fidei sanctae quos cura remordet, 

illorumque pia misereri mente laborum, 

atque suos hostes bello delere potenti, 

sicut delesti vulgi sua castra furentis, 

armorum tanquam dominus, custosque tuorum, 

illi ne fierem nunc prosda pudenda cadendo, 

Austrasiusque tuo confidens numine miles 

armis non timuit grassantes tollere morte. 

Sed tibi quam celebrem pro tali munere laudeni, 

quamve precem referam pro parto, Christe, triumpho 

nescio, quum superent humanam prsemia mentem ; 

verum, si repetam Nanceiana mœnia victor, 

nostrates mystae picto loca sancta tapeto, 

candidulaque rosa decorabunt ordine pulchro, 

atque vaporarint aras ubi thure Sabaso, 

festivo laudem tibi dicent ore canoram. » 

Dixerat, atque suum tandem cum fratre receptum 
Guisano petiit comitatus milite multo. 



LIVRE SIXIÈME. 



le trône paternel, du haut duquel tu aimes à contempler 
avec bonté les défenseurs de la Religion, te laissant aller 
à une bienveillante pitié pour les fatigues qu'ils éprou- 
vent. De ton bras puissant tu extermines leurs ennemis, 
comme aujourd'hui tu as détruit dans leur propre camp 
les Rustauds furieux : tu es en effet le Dieu des ar- 
mées, le protecteur de ceux qui te sont fidèles ; tu n'as 
pas voulu que je devinsse honteusement la proie de nos 
ennemis, et le soldat lorrain, confiant dans ton appui, 
n'a pas hésité à prendre les armes pour exterminer ses 
agresseurs; mais comment célébrer dignement un tel 
bienfait? quelles actions de grâces te rendrai-je jamais 
qui égalent un triomphe pareil ? Je l'ignore, ô Christ : le 
service dépasse la faiblesse humaine. Ah! s'il m'est per- 
mis, après cette victoire, de rentrer dans les murs de 
Nancy, nos prêtres viendront dans le plus bel ordre dé- 
corer le lieu saint d'un tapis orné de broderies et d'une 
rose éclatante de blancheur, et, après avoir brûlé sur les 
autels l'encens de Saba, ils entonneront à ta gloire une 
hymne de fête. » ^ 

Il dit, et, accompagné de nombreux soldats, il se ren- 
dit à sa demeure avec son frère de Guise : car le mar- 



234 



LIBER SEXTUS. 



antea quippe baro Badensis venerat illuc, 
quem Dux cum sociis celebri suscepit honore. 

Nuntius intcrea carsu currebat anhclo, 
prhicipis Austrasii graviter qui vulnerat aurem : 
nam Vademontis herum nuper cecidissc sub armis 
viderat, ingenti vitce positumque periclo. 
Q,ui vocitans illum, tristi sic clamitat ore : 
« Antoni, Antoni, tibi quanti nuntius adsum 
exitii, quantx cladis patrixque Lothringx ! » 
Extemplo qucecumque ferat Dux edere mandat : 
« Junior, ille rcfert, quem tantum diligis acri 
in bello cecidit frater per tela furentum, 
nec spera vitam in tanto servasse periclo. )> 

Dixit, et, audito Lotharingus nomine fratris, 
fortius expavit, postquam cecidisse sub armis 
illum cognovit, nondumque redisse per agmen. 
Unde, suuni feriens pectus, suspiria fundit, 
talia non siccis oculis lamentaque promit : 
« Heu mihi ! quis fratrem tanto in discrimine Martis 
funerei liquit qui tôt prostraverat hostes ? 
Quantum mœstitia^, frater, damnumve tulisti, 



LIVRE SIXIÈME. 



grave de Bade venait d'arriver, et le Duc l'accueillit en 
grande pompe, lui et toute sa suite. 

Cependant un messager accourt tout haletant; il ap- 
porte au Duc une nouvelle qui va le frapper au cœur. Il 
venait de voir Vaudémont tomber sous les coups de 
l'ennemi; l'infortuné était en danger de mort: «An- 
toine, s'écrie-t-il tristement, en s'adressant au prince, 
Antoine, quel malheur je viens vous annoncer! 
quelle calamité va affliger notre patrie ! » Le Duc invite 
l'envoyé à faire connaître la nouvelle, quelque fâcheuse 
qu'elle soit. « Le jeune frère que vous aimez tant, répond 
le messager, vient de succomber dans une lutte achar- 
née ; atteint par les coups de l'ennemi furieux, n'espérez 
pas qu'il ait pu sauver sa vie dans un si grand péril. » 

Ainsi parle l'envoyé. En entendant le nom de son 
frère, le Duc est saisi d'effroi, surtout quand il apprend 
que ce frère n'a pu résister aux coups de l'ennemi, et 
qu'il n'est pas rentré encore dans les rangs de l'armée. 
Il frappe sa poitrine, pousse des soupirs, et, les yeux bai- 
gnés de larmes, fait entendre ces plaintes : « Hélas! qui a 
pu abandonner mon frère dans ce péril imminent, et 
après qu'il avait abattu tant d'ennemis? quel chagrin tu 
vas nous causer! quelle perte nous allons faire en toi! 



236 



LIBER SEXTUS. 



occideris si sic, majori dignior asvo ! 
Q.ui feret hanc tristem mortem Geldrina Philippe, 
infelix mater ! bello si perdidit illum 
alvi regalis florem, pignusque décorum, 
claudere cui flendo morienti débet ocellos. 
Q.uot lamenta dabis, lacerato crine, Renate, 
inclyta Borbonia, tundendo pectora, proies ! 
Quas etiam sparget lacrymas Antonia, magni 
principis illustris conjux, cui Guisia paret, 
quum sibi dilectus dominus sine fratre redibit ! 
Austrasiae pariter totus flebitque popellus, 
cum sine fratre meo missos remeabo pénates, 
hostili terra gladio cxsumque relinquam. » 

Dixit, et amissum jubet ille requirere fratrem, 
qu3esitusque diu tandem cognoscitur inter 
Chervillos hostes invadens ense repertos, 
postque fugam rediens ostentat sanguine multo 
fœdatam faciem, veluti si forte rubente 
doctus ebur minio pictor violaverit album. 

Postea nobilium tristi qu^runtur in agro 



LIVRE SIXIÈME. 



237 



ô mon frère, si tu as succombé ainsi, toi qui méritais 
une plus longue existence. Comment Philippe de Gueldre 
va-t-elle supporter cette mort fatale ! Malheureuse mère 
d'avoir perdu ce fils, la plus belle fleur, le plus bel orne- 
ment d'une tige royale; ce fils qui devait en pleurant 
fermer les yeux d'une mère mourante! Que. de gémisse- 
ments tu feras entendre, ô Renée, en t'arrachant les che- 
veux ! Comme cette illustre fille de la maison de Bourbon 
va se frapper la poitrine ! Que de larmes répandra aussi 
Antoinette, la digne épouse du noble comte de Guise, 
quand son bien-aimé seigneur va revenir sans son frère ! 
Tout le pauvre peuple de Lorraine versera aussi des 
pleurs, quand je rentrerai sans mon frère dans le palais 
que j'ai quitté, et si j'abandonne sur une terre ennemie 
ce frère immolé par le glaive. » 

Il dit, et ordonne qu'on s'enquière du frère qu'il a 
perdu. Après de longues recherches, on le trouve enfin 
chassant à coups d'épée les ennemis de Scherwiller qu'il 
a rencontrés. De retour de sa poursuite, il montre un 
visage tout souillé de sang. Tel paraît l'ivoire, éclatant 
de blancheur, teint de la pourpre par la main habile du 
peintre. 

On travaille ensuite à retrouver dans cette triste plaine 



238 



LIBER SEXTUS. 



corpora ruricolum nobis quos abstulit ensis. 
Dum sic quasruntur, tune Isenburgus honorus 
ille baro, nuper proprio qui sanguine nomen 
sacratas Fidei defendere venerat, illic 
reperitur csesus, pauci pugilesque Lothringi, 
Austrasius princeps quos secum ducere mandat. 
Illos et patrio voluit decorare sepulchro : 
nam fuerant Martis multa virtute corusci. 

Interea venere duces, cœnaque parata 
cœnant, frondenti positis sub gramine mensis, 
exiguisque repleut dapibus sua corpora tandem ; 
Austrasium legio cœna cœnavit eadem, 
ferventemque sitim modico satiavit laccho. 
Nostri magnâtes hic discubuere parumper, 
et tenuem postquam peregerunt ordine cœnam, 
rursus equum scandunt , multam noctemque per agrum 
insomnem ducunt, servant nostramque phalangem, 
illam ne veniens occulto degravet hostis. 

Magnum praeterea pius in sua castra vocavit 
concilium princeps, in quo venere suorum 
primores procerum, cunct^e pariterque cohortes 



LIVRE SIXIÈME. 



239 



les corps des gentilshommes que Tépée des rustres a im- 
molés. Dans cette recherche se présente le cadavre du 
digne baron d'Isenbourg, qui était venu naguère verser 
son sang pour la défense de notre sainte Religion. Il a 
été tué et avec lui un petit nombre de champions lor- 
rains. Le Duc veut qu'on les emmène à sa suite, et qu'on 
leur élève un glorieux tombeau dans leur patrie : car ils 
s'étaient illustrés par une grande valeur martiale. 

Cependant les chefs de l'armée se présentent; un re- 
pas leur est préparé et déposé sur des tables qu'ombra- 
gent les rameaux des arbres; quelques aliments réparent 
enfin leurs forces. Les soldats lorrains prennent aussi 
part à ce modeste repas, et un peu de vin étanche leur 
soif brûlante. Notre noblesse ne reste pas longtemps as- 
sise. A peine a-t-elle achevé son médiocre festin, fait 
dans le plus grand ordre, qu'elle remonte à cheval, 
et passe dans la campagne une partie de la nuit, sans se 
livrer au repos, veillant à ce que nos soldats ne soient 
pas écrasés par un perfide ennemi. 

Alors le Duc convoque dans son camp un grand conseil, 
où assistent les principaux de la noblesse et toutes les 
troupes germaines. Il fait ses adieux à ces dernières ; il 



240 



LIBER SEXTUS. 



Germ^ni populi, cui Dux vale dixit ubique, 
amplexumque dédit, generosis colla lacertis 
stringendo multum, gratesque peregit arnicas, 
pro sibi prissidio facto, delendo potenter 
osores sacrae Fidei, stultumque popellum. 
Ordine cuncta suo postquam praefata peregit, 
Alsatiam princeps se velle relinquere dixit, 
crastina ut primum veniens effulserit hora. 

Jam multis tenebris nox obscuraverat orbem, 
arbore sub celsa lectus consternitur olli, 
in quo procubuit, nullam dédit atque quietem, 
ingenuam mentem partes at versât in omnes, 
Austrasioque dolet vulgus cecidisse sub ense, 
expectatque diem. Qui dum diluxit ubique, 
et matutinum volucres cecinere canorem, 
ille toro surgens armis vestire laborat 
egregium corpus; zonae quoque subligat ensem, 
et sua Philesiam per valîem castra reduxit. 
Asperius sed iter currus tardabat eundo, 
in quibus Austrasii belli tormenta vehuntur ; 
impediunt etiam quercus, pinusque reflexae, 



LIVRE SIXIÈME. 



241 



échange avec elles des embrassements, et leur prodigue 
de nobles étreintes et les remerciements de Tamitié. Nos 
alliés entendent de lui les plus grandes protestations de 
gratitude pour le secours qu'ils lui ont prêté, en Taidant 
à détruire les ennemis de la Foi et une populace stupide. 
Tous ces devoirs convenablement accomplis, le Duc an- 
nonce qu'il veut quitter TAlsace dès qu'aura sonné la 
première heure du lendemain. 

Déjà la nuit avait couvert la terre d'épaisses ténèbres ; 
on dresse au prince sous un arbre élevé un lit sur lequel 
il s'étend sans vouloir goûter de repos. Son noble cœur 
est en proie à la plus grande agitation. Il s'afflige du 
meurtre d'un peuple par l'épée lorraine. Il attend le 
jour. Quand enfin il brille partout, et que les oiseaux 
font entendre leur chant matinal, le Duc abandonne sa 
couche, et se hâte de couvrir de ses armes sa personne 
imposante ; il attache une épée à sa ceinture, et ramène 
son camp par le val de Villé. Mais le chemin, raboteux, 
retardait la marche des chariots qui transportaient les 
machines de guerre des Lorrains. Ils étaient aussi arrêtés 
par les chênes et les pins étendus sur la route, et que 
les campagnards vosgiens avaient placés là pour empê- 
RusTic. II. 16 



242 



LIBER SEXTUS. 



quas Vogesinus ibi posuit fortasse colonus, 
inferret sibi ne damnum, patriaeque Lothringae 
vulgus, qui sceleris nil dimittebat inausum. 

Hœc ubi cognovit princeps obstacla, repente 
nuntius eligitur, scriptis mandatque Girardo (5), 
quem genuit nobis sedes Harcuria quondam, 
atque jubet mitti statim, quocunque vocentur, 
Philesiam ad vallem, lucum valleque propinquum, 
quatuor aut centum pedites, vel quinque potentes, 
instructos armis, quibus omnia strata viarum 
curribus aptarent belli ad tormenta paratis, 
sarcinulasque ducum, spoliumque vehentibus omne. 

Ille Deodati sancti ut properando petivit 
oppidulum praeco domini mandata peregit. 
Nec mora, conspiceres multos per rura vagari 
praecones, misit quos Buxius ille Gerardus, 
accersuntque viros adeant qui castra Lothringi, 
ut possint cxquare viam, truncumque reflexum 
omnes lignifica valeant truncare securi. 



LIVRE SIXIÈME. 



243 



cher, sans doute, les ravages qu'aurait causés à leur 
patrie une plèbe pour qui rien n'était sacré. 



Le Duc, informé des obstacles que rencontraient ses 
soldats, choisit aussitôt un messager qu'il charge d'une 
lettre pour le descendant de l'antique maison d'Harau- 
court, Gérard, à qui il ordonne d'envoyer à l'instant 
partout où on les appellera, vers le val de Villé et le 
bois voisin, quatre ou cinq cents hommes robustes et 
armés d'outils, pour rendre les routes propres à la cir- 
culation des chars destinés à transporter les machines 
de guerre, les bagages des chefs et le butin. 

Q.uand le messager eut atteint la modeste ville de 
Saint-Dié, où il s'était rendu en grande hâte, il exécuta 
les ordres de son maître. On vit alors se répandre de 
tous côtés dans la campagne, des envoyés de Gérard 
d'Ubexi, tous chargés d'amener au camp lorrain des ou- 
vriers pour aplanir la voie, et qui, armés de la hache du 
bûcheron, débiteraient les arbres étendus sur le sol. 



244 



LIBER SEXTUS. 



Inter praecones aderam^ huic servire paratus 
qui rem sacratae Fidei servaverat armis, 
et populum accivi, nostras qui subditus esset 
ecclesiae, qui cum reliquis sua tecta reliquit, 
sequavitque viam, truncis ubicunque rccisis, 
dum noster transire potest exercitus omnis. 

Post hcec Ursinum princeps transivit ad hortum, 
atque suos fratres rétro quos liquerat illc 
expectavit ibi, missam post seque cohortem, 
corpora nobilium et Fidei quos abstulit ardor, 
ad Franciscanos tumulo sepelivit honoro. 
Hinc Guisanus iter celerans cum milite multo 
Philesiam vallem ingreditur, lucumque sonorum. 
Hac illac sua convertendo lumina ScXpe 
undique miratur lustrum silvestre ferarum, 
rupes a nostris multoque labore cavatas, 
atque diem totum socios properando fatigat, 
conspiciat donec silvestria tecta domorum ; 
in quibus intravit multo sudore repletus, 
armaque deponens alios solatur ubique. 



LIVRE SIXIÈME. 



245 



J'étais parmi les envoyés, tout prêt à obéir aux ordres 
du prince dont les armes avaient protégé notre sainte 
Religion. Je convoquai la population dépendante de 
notre église, et qui, comme les autres, abandonna ses 
demeures, et mettant en pièces les arbres tronqués qui 
gênaient la route, la rendit facile et permit le passage de 
notre armée. 

Le prince se dirigea alors vers le parc de Beauregard où 
il attendit l'arrivée de ses frères, laissés derrière lui, et aussi 
les troupes qu'il avait quittées. Dans l'intervalle il fit élever 
chez les Franciscains de glorieuses tombes aux gentils- 
hommes qui avaient été victimes de leur ardeur pour la 
défense de la Foi. De son côté Guise, hâtant sa marche 
et celle de ses nombreux soldats, pénètre dans le val de 
Villé et dans ses bois retentissants. Tournant souvent ses 
regards de tous côtés, il sonde de l'œil les retraites sau- 
vages des bêtes fauves, et les roches que les nôtres ont 
creusées avec tant de peine. Ce prince emploie tout le 
jour à hâter la marche de ses compagnons, jusqu'à ce 
qu'enfin il aperçoive des demeures champêtres, dans les- 
quelles il entre tout couvert de sueur, et, déposant ses 
armes, il va prodiguer partout des consolations. Sachant 



246 



LIBER SEXTUS. 



Atque ubi collegium nostrum non longius esse 
noverat, ille cados necnon vinaria vasa 
mittere decrevit, cupiens onerare Lyaso, 
ut sedare sitim pugilum qui castra sequuntur 
atque suam valeat qudd se torquebat in agro. 

Principis œconomum postquam cognovit adesse 
ecclesi^ nostrse prseses, concivit in unum 
extemplo mystas, qui cum venere vocati 
omnes unanimi voto statuere libenter 
ejus vasa mero vinaria cuncta replere, 
atque sibi celerem plaustram jussere parare 
qux ferat Alsatici duo dolia plena Lyasi. 
Postea cum céleri cursu misère repente 
legatum proprium, verbo qui munus adornet, 
sit licet exiguum, tanto nec principe dignum. 

Appulit accelerans ubi parvum ceperat héros 
hospitium, a nostris donatur munere Bacchi, 
quod bene jucundo suscepit protinus ore, 
eloquio et dulci peragens pro munere grates, 
obsequium blandum nobis promisit ubique, 



LIVRE SIXIÈME. 



247 



que notre collégiale se trouvait près de là, il résolut de 
nous envoyer quelques tonneaux et d'autres vases pro- 
pres à contenir le vin dont il désirait les remplir, afin 
d'apaiser la soif des soldats de son armée et celle qui le 
tourmentait dans nos plaines brûlantes. 

Quand celui de nous qui est préposé à notre église 
apprit l'arrivée de l'économe du prince, il réunit aussitôt 
les prêtres, qui, se rendant à l'appel, décrétèrent avec 
joie et à l'unanimité que les vases envoyés par le comte 
seraient tous remplis de vin, et ordonnèrent d'apprêter 
un char léger pour transporter le double tonneau de la 
liqueur d'Alsace que nous lui destinions. Puis nous dé- 
pêchâmes aussitôt notre propre messager, qui devait se 
hâter d'aller relever par ses paroles notre faible présent, 
nos dons si peu dignes d'un tel prince. 

Quand l'envoyé eut pénétré jusqu'à Thumble demeure 
où le héros avait cherché l'hospitalité, notre offrande fut 
faite au prince, qui l'accueillit avec l'air le plus gracieux 
et, ajoutant quelques mots bienveillants en retour de nos 
dons, nous promit en toute circonstance un appui flat- 
teur pour nous. En même temps, il fit distribuer notre 



248 



LIBER SEXTUS. 



atque datum vinum socios partivit in omnes, 
et celerat cuneum, ne nos infestet eundo, 
Ursinum donec hortum cum fratre petivit. 

Hue ubi mox alii fratres venere potenter, 
tresque dies mansere simul non absque tumultu, 
expectant et ibi legio dum transeat omnis, 
exequias tristes faciunt magnoque baroni 
Isenburgo et reliquis hostili Marte peremptis, 
divi Francisci quos Dux tumulavit in œde. 
Non oculis lacrymans nullus pro funere ; cuncti 
fortius at famuli plorando pectora tundunt, 
et templun querulis implent singultibus omne, 
jacturae memores quam fecerat impius ensis, 
tollendo dominum tanta virtute décorum. 

Exequiis superum multa cum laude peractis, 
extremo pariter completo mortis honore, 
quatuor Austrasium fratrum per spumea frena 
quadrupèdes coram hospitio ducuntur anheli. 



LIVRE SIXIÈME. 



249 



vin à tous ses compagnons, et hâta, pour ne nous expo- 
ser à aucun dommage, la marche de ses troupes, jusqu'à 
ce qu'il eut atteint avec son frère le parc de Beauregard. 

Lorsque les autres frères de notre Duc furent arrivés, 
pendant les trois jours qu'ils attendirent, non sans quel- 
que agitation, que toute l'armée fût passée, ils célébrè- 
rent, le deuil dans le cœur, les funérailles du noble ba- 
ron d'Isenbourg et des autres victimes de la guerre ; le 
Duc les fit renfermer dans des tombeaux confiés au cou- 
vent dédié à saint François. Les guerriers témoins de 
cette cérémonie versèrent tous des larmes, mais surtout 
les serviteurs du baron. Se frappant la poitrine, ils rem- 
plissent de leurs sanglots le saint temple, en songeant 
à la perte que leur avait fait éprouver le glaive impie, 
qui les avait privés d'un maître dont la valeur avait été 
si brillante. 

Lorsque les funérailles des nobles victimes eurent été 
terminées à la satisfaction générale, et que les derniers 
honneurs eurent été rendus aux morts, des coursiers 
furent amenés en toute hâte par leurs freins écumants 
aux quatre princes lorrains devant l'asile hospitalier qui 
les avait reçus. 



250 



LIBER SEXTUS. 



Omnes quippe duces una suscepit in aede 
Boylavius Simon, magno et servivit honore ; 
ejus et ante aedem postquam venere caballi, 
accelerare facit sonitu cava buccina cunctos ; 
undique currentes veniunt per strata viarum 
Austrasii pugiles, regem nostrumque sequuntur. 
Hinc Lunevillae fulgentia mœnia fortis, 
inque suo Castro est populo laetante receptus, 
in quo cum ducibus subito sua prandia sumpsit. 

Nuntius interea Nanceiam prodit ad urbem 
adventum domini cunctis magnatibus ejus, 
Austrasiasque Duci laeto denuntiat ore. 

Illius rumor postquam pervenit ad aures, 
haec lugubrem vestem, quam flendo sumpserat ante, 
funebrem pariter longe deponit amictum, 
postea scandit equum, multas secumque puellae ; 
marchio Franciscus scandit cum matre caballum, 
eque pio bello redeunti longius omnes 
occurrunt laetas dominae per pinguia rura, 
proceduntque Ducis donec videre phalangem, 



LIVRE SIXIÈME. 



251 



Simon Boileau avait accueilli à la fois dans sa de- 
meure tous les chefs, et leur avait prodigué les honneurs 
les plus grands. Quand les montures furent arrivées en 
face de sa maison, le son de la trompette appela en 
grande hâte nos troupes. Alors accoururent par toutes 
les routes les soldats de Lorraine à la suite de notre sou- 
verain. Il se dirige vers les puissants remparts de la for- 
teresse de Lunéville; le peuple accueille avec transport 
le prince quand il entre dans son palais, où il vient 
prendre à l'improviste un repas avec ses généraux. 

Cependant un messager accourt à Nancy, il annonce 
avec joie l'arrivée de leur seigneur à la Duchesse et à 
tous les grands de sa cour. 

Dès que cette nouvelle est parvenue aux oreilles de la 
princesse, elle dépose le vêtement lugubre que d'abord 
elle avait pris en pleurant, puis elle rejette au loin son 
manteau de deuil, et s'élance à cheval' accompagnée 
d'une nombreuse suite de jeunes filles. Le marquis Fran- 
çois se place aussi sur le coursier près de sa mère. Alors 
le cortège de dames s'avançant, plein d'allégresse, au 
milieu des fertiles campagnes, accourt au loin à la ren- 
contre du prince, de retour de sa pieuse expédition, et ne 



252 



LIBER SEXTUS. 



atque genu flexo proceres venerantur honore 
AusUasios, quorum mirantur strenua facta. 

Hoc ubi conspexit veniens Lotharingius héros, 
oscula multa dédit nato, charasque Renatae, 
qu;as venerata virum collo pendebat amato, 
inquiritque diu qualem devicerit hostem, 
pro Fidei rébus quo se discrimine misit, 
hune et deduxit Nanceiam dum venit in urbem, 
complures cujus vestigia Iseta sequuntur. 
Plurima pulsando tundebant tympana muhi, 
tangitur atque manu prsedocta fistula dulcis, 
raucisono sonitu clangentum s^epe tubarum 
sidera laeta sonant, œdes sacraeque propinqu^e, 
in quibus intravit postquam descenderat héros. 
Haud longe sequitur fratrum quem clara corona, 
ordo sacerdotum, pueri imberbesque senesque, 
xthereo Régi, mundi qui sceptra gubernat, 
latisona laudem sanctam cum voce canebant 
pro per se insana parto de plèbe triumpho, 
sanctorum ornabantque suis altaria donis, 
laudandoque Deum resonabant organa pulchra, 



LIVRE SIXIÈME. 



s'arrête qu'en présence de notre Duc. Tous alors s'in- 
clinent avec respect devant cette noblesse dont ils ad- 
mirent les brillants exploits. 

Quand le héros de la Lorraine eut aperçu sa famille, il 
accourut prodiguer des baisers à son fils et à sa chère 
Renée, qui dans son admiration restait suspendue au cou 
de son époux bien-aimé, s'informant longuement des 
ennemis qu'il avait vaincus, des dangers auxquels il s'é- 
tait exposé pour défendre sa religion, et l'emmenant 
ainsi jusque dans les murs de Nancy, où la multitude 
l'accompagne dans sa marche triomphale. Partout les 
tambours nombreux résonnent sous les coups multipliés ; 
des mains habiles tirent de la flûte des sons harmonieux ; 
la trompette fait souvent retentir les airs de joyeux 
accords, qui se répètent jusque dans la demeure sacrée 
voisine de son palais^ dans laquelle entre le prince en 
descendant de son cheval. Derrière lui s'avançait à quel- 
que distance le cortège brillant de ses frères, de longues 
files de prêtres, des enfants, des vieillards, chantant à 
haute voix les pieuses louanges du Roi des cieux, du 
Souverain de l'univers, et le remerciant de la victoire 
obtenue par nous sur une plèbe insensée. Tous déposent 
des offrandes sur les autels des saints, pendant que l'orgue 



254 



LIBER SEXTUS. 



cumque lyra dulci citharse quaecumque sonabant ; 
atque Mosellini pisces sua gaudia lasto 
promebant saltu, cygni argutoque canore. 
Urbs exultabat blando Nanceia plausu, 
perpetuo servet quam nobis rector Olympi ! 



LIVRE SIXIÈME. 



brillant fait monter jusqu'à Dieu les hymnes sacrées, que 
redisent la lyre si douce et la cithare. Les poissons mêmes 
se livrent à de joyeux ébats au sein des flots de la Mo- 
selle; les cygnes font entendre d'harmonieux accords. 
Et Nancy (veuille le Dieu du ciel nous la conserver éter- 
nellement !), Nancy retentit partout de cris d'allégresse. 



NOTES 



N tête de la Rusticiade, on trouve des vers à la 



1 J louange de l'auteur, et composés par Adam Ber- 
gier, de Saint-Dié. C'est tout ce qu'on sait de ce 
dernier. 

Vient ensuite une épître dédicatoire au duc Antoine, 
héros du poëme ; mais ce prince étant mort en 1 544, et 
le duc François, son fils, en 1545, Pilladius fit une 
seconde dédicace au prince Charles III, âgé d'environ 
4 ans. Il y fait entendre que Christmann , son ami , et 
Jean Herculanus, son confrère, ont collaboré avec lui. 
J'ignore ce qu'était Christmann. 

Quant à Herculanus (Jean Herquel), il a composé 
une Histoire de VégUse de Saint-Dié, et un autre ou- 
vrage intitulé : De Rehus geslis Antonii (Histoire du duc 
Antoine). Il est mort en 1572. 





RUSTIC. If. 



17 



258 



NOTES. 



LIVRE PREMIER. 



(1) Sur le Rhin considéré comme fleuve aurifère : voir V Alsace illus- 
trée de Schœpflin, traduction de 1849, t. I'^'" p. 56. Voir aussi, dans les 
Comptes rendus de V Académie des Sciences, t. XXII et XXIII, l'analyse 
d'un beau mémoire de M. Daubrée, mémoire qu'on peut résumer ainsi : 

Depuis les temps les plus reculés, on tire du Rhin de l'or par le lavage. 
Au moyen âge cette industrie était assez florissante. A notre époque, on 
n'extrait plus annuellement que pour environ 45,000 fr. d'or entre Bâle 
et Mannheim. Les graviers ou sables du Rhin sont formés de débris de 
roches quartzeuses, de quartzites jaunâtres et blancs, etc. ; tous ces dé- 
bris provenant probablement des Alpes, des Vosges, de la Forêt-Noire 
et de la chaîne du Jura. Un gravier est exploitable quand l'orpailleur 
petit compter sur un produit journalier de i fr. 50 c. 

Le lavage est le même que celui qui était employé anciennement sur 
les bords du Rhin, et dont Hébert, en 1582^ et plus tard, Réaumur ont 
donné la description. 

Entre Rhinau et Philipsbourg, la bande aurifère a une richesse de 
35,916 kilogr. valant 114,536,124 fr. En remontant de Rhinau à Istein, 
et descendant de Philipsbourg à Mannheim, on arrive à une valeur de 
165,828,000 fr. 

Le mémoire de M. Daubrée contient en somme des appréciations sur 
la nature du gravier aurifère du Rhin, la position des principaux dépôts, 
leur teneur et la quantité d'or renfermée dans le lit même. 

(2) Patres, les pères de la patrie, l'ancienne chevalerie lorraine. 
C'était un corps particulier de chevaliers-juges qui représentait l'État 
dans des assises qui se tenaient chaque mois en trois lieux difi"érents, à 



NOTES. 



259 



Nancy, à Vaudrevange et à Mirecourt. On n'y admettait que des gen- 
tilshommes de nom et d'armes dont les aïeux avaient constamment porté 
les mêmes armes, avaient eii le même cri de guerre. Nul gentilhomme 
n'eut séance aux assises que sa noblesse ne se perdît dans une origine 
inconnue. L'ancienne chevalerie lorraine n'était composée, dans les pre- 
miers temps, que de quatre maisons originaires de Lorraine : celles de du 
Châtelet, de Lignéville, de Lenoncourt et d'Haraucourt (on les appelait 
les quatre grands chevaux de Lorraine). Dans la suite, on y associa des 
gentilshommes étrangers dont les pères avaient épousé des filles de cette 
ancienne chevalerie. Il y eut deux cent quatre-vingt-onze maisons déco- 
rées de la chevalerie. Sous le règne de Ferry III, le corps de l'ancienne 
chevalerie lorraine paraît clairement distingué du reste de la noblesse; 
il juge souverainement dans les assises; il juge le Duc même. Les juge- 
ments des chevaliers étaient sans appel. Tant que duraient les assises, 
on ne pouvait saisir les biens des chevaliers, ni poursuivre contre eux 
aucune action civile. Ils avaient le droit de plaider eux-mêmes leurs 
causes, celles de leurs amis et des pauvres. Les chevaliers, pendant six 
siècles, furent les juges de leur pays sans autre salaire que l'honneur. Ce 
corps subsista jusqu'au temps où la Lorraine devint la proie des armes 
de la France. (Voir Histoire de Lorraine^ de Bexon, p. 64. Voir Disserta- 
tion historique sur l'ancienne chevalerie, par Bermann. Voir aussi l'ou- 
vrage que M. Meaume a publié en 1870 et 1872 et qui a pour titre : 
Histoire de l'ancienne chevalerie de Lorraine.^ 

(3) Nicolas de Ludres était seigneur de Richardménil. Il était d'une 
maison fort ancienne de Bourgogne qui vint s'établir en Lorraine en 
1280 et qui est bien connue dans ce pays. Nicolas de Ludres comman- 
dait un corps de cavalerie à Saint-Dié. 

Jean II de Ludres, chambellan du duc Antoine et gouverneur de 
Haton-Châtel, fut envoyé par le duc Antoine pour prendre possession 
de Saverne quand les Luthériens l'évacuèrent. 

(4) Gérard d'Haraucourt, seigneur d'Orme, était chambellan du Duc 
et sénéchal de Lorraine. 

(5) Hans Brubach était capitaine et officier de Sarrcguemines. 



26o 



NOTES. 



(6) Antoine du Châtelet, chambellan du Duc, était seigneur de Sorcy. 

(7) Philibert du Châtelet, seigneur de Saint-Amant, chevalier, était 
chambellan et grand guidon ou porteur de la maîtresse enseigne de 
l'hôtel du Duc. 

(8) Bernardin de Lenoncourt, chevalier, seigneur de Serre, était 
chambellan et capitaine de l'artillerie. 

(9) Georges de Lioncourt était capitaine de Prény. 

(10) Balthasard du Châtelet était abbé de Saint-Evre de Toul et de 
Saint-Vincent de Metz. 

(11) Varry de Savigny était grand doyen de la cathédrale de Toul et 
protonotaire apostolique. 

(12) Hugues des Hazards était grand prévôt de Saint-Georges de 
Nancy et licencié en droit. 

(13) Hardi Tillon, chevalier, seigneur de Cottcrole, originaire 
d'Anjou, était grand maître d'hôtel du duc Antoine. 

Il avait une patente qui lui donnait droit d'aller à l'offrande après le 
Duc et avant la Duchesse, droit qui aurait été accordé par Ferry, en 
1283, à l'aîné de sa famille pour avoir délivré le Duc lorsque le seigneur 
des Armoises le tenait renfermé dans la prison de Ma.xéville, en souvenir 
de quoi, lorsque des Armoises était admis à la table du Duc, son cou- 
vert était retourné. (Voir, p. 54, T"" vol. des Notes pour servir à l'his- 
toire de Lorraine, par M. Noël.) 

(14) Jacob de Germiny, chevalier, seigneur dudit lieu, était capitaine 
de la garde du corps du Duc. 

(15) Perrin de Landre, seigneur de Tichémont et chevalier, était de 
Briey. 

(16) En 1546, Élophe de Beauveau de Manonville était bailli de Bar 
et sénéchal de Lorraine. La maison de Beauveau, originaire d'Anjou, 
est bien connue en Lorraine. 

Sous Charles III, les finances étaient dans un fâcheux état. Plusieurs 
membres du conseil de ce prince furent d'avis qu'il réduisit les 'intérêts 
des contrats. C'était un moyen sûr de se tirer d'affaire. Le marquis de 
Beauveau fit observer que ce serait abuser de la confiance publique ; qu'au 



NOTES. 



261 



surplus, la prochaine assemblée des assises ne consentirait jamais à un 
règlement semblable. Il ajouta qu'étant certain de ne pas être désavoué 
par les anciens chevaliers, il offrait en leur nom de remettre dans les 
caisses ducales l'argent qui pourrait revenir de cette réduction, et qu'il 
allait se cotiser le premier pour donner l'exemple. Le comte des Armoi- 
ses et le comte de Salm appuyèrent la proposition. Charles III renonça 
à l'expédient. Ce fait montre le rôle de magnanimité que jouait la no- 
blesse lorraine, et l'accord qui régnait entre elle et son souverain quand 
il s'agissait du bien général. (Voir Bégin, Histoire des Duchés de Lor- 
raine et de Bar, t. II, 1853.) 

(17) Galiot de Liseras, seigneur de Bosserville, originaire de Biscaye, 
était maître d'hôtel du Duc. (Voir Simple Crayon de Husson l'Écossais.) 

(18) Jean de Sautour, baron de Montigny, était écuyer tranchant de 
l'écurie du Duc. Il était marié à Claude du Châtelet. (Voir Généalogie 
de la maison du Châtelet^ p. 200.) 

(19) Théodore de Saint-Chaumond ou de Saint-Chamond (vers Saint- 
Etienne, Loire) était abbé général de Saint-Antoine de Viennois, 

Josselin, seigneur et baron de Châteauneuf de l'Albe en Dauphiné 
l'an 1070, apporta de Constantinople les vénérables reliques du père 
Saint-Antoine, et leur fit commencer un temple qui fut parachevé par 
ses successeurs et consacré par le pape Calixte II, l'an 1119, en un 
bourg duquel il était seigneur, appelé la Mothe Saint-Didier, aujour- 
d'hui Saint-Antoine de Viennois en ladite province de Dauphiné. (Ex- 
trait d'un ouvrage qui paraît avoir eu pour titre : Bulles des papes accor- 
dées à l'ordre de Saint-Antoine de Viennois.) 

(20) Jean d'Anjou, oncle du Duc, était chevalier, seigneur de Saint- 
Cannard en Provence et de l'Avant-garde-sur-Moselle. 

Jean de Stainville. (Voir les notes du 6* livre.) 

(21) Il y a dans cette montagne (les Vosges) tant de mines d'argent, 
de bronze et de plomb, que nulle part en toute l'Allemagne il ne s'en 
trouve tant ensemble ni de meilleur revenu. Tellement qu'il n'y a quasi 
lieu dans toute cette montagne qui ne soit creusé, fureté jusqu'aux en- 
trailles de la terre... Et après avoir bien creusé, ils trouvèrent plusieurs 



262 



NOTES. 



grands puits et anciennes cavernes, où les anciens avaient cherché des 
métaux et fait des minières bien profondes. En cette vallée des Vosges, 
toute stérile qu'elle est, il y a tant de métaux de plusieurs sortes, mines 
de bronze, de plomb, de métal argentin , duquel se tirent l'argent, le 
cuivre, et en quelques lieux l'argent pur, qu'on y voit jusqu'à douze 
forges à métal où l'on ne cesse de travailler, cuire, fondre, laver et pur- 
ger les métaux, et depuis quelques années que ces mines sont mises en 
état, on y a bâti douze cents maisons, et on tient pour certain que de- 
puis vingt ans on a bien tiré chaque année, de ces mines, six mille cinq 
cents marcs d'argent. (Extrait de YHistoire de France de Piguerre, 
liv. II, chap. 6.) 

Sous le grand duc Charles, il y avait, dans les États de ce prince, 
27 mines d'argent, de cuivre et de plomb, sans compter celles de Wal- 
drevange qui avait des mines d'argent, et dans l'officine de Schavenbourg 
se trouvent plusieurs espèces de grenats de toutes couleurs, jaspes, 
agathes et autres pierres précieuses. (Dom Calmet, V, p. 487 de YHis- 
toire de Lorraine'). 

Neuné, ruisseau remarquable par la production des perles qu'on y voit 
en si grand nombre qu'il semble que le fond en soit pavé, vient joindre 
la Vologne à celui de Laveline, à une lieue de Bruyères. (Dom Calmet, 
Notice sur les Duchés de Lorraine et de Bar, t. II, p. 972.) 

Voir aussi un mémoire que M. le docteur Godron a publié en 1869, et 
qui a pour titre : les Perles de la Vologne. 

Avec ses métaux et ses perles, la Lorraine avait encore des salines. 
Cette note a pour but de justifier l'épithète de dires, riche, donnée à 
la Lorraine dans la Rusticiade. 

(22) A la bataille de l'Yermouk, sous Omar, les femmes combattirent. 
D'autre part, à la demande que fit le colonel Coutelle aux Arabes pour- 
quoi ils n'apportaient pas d'outils du Caire, ils répondirent : Nos pères 
faisaient ainsi. — Les femmes arabes ont donc toujours combattu avec 
leurs maris. 




NOTES. 



263 



LIVRE DEUXIÈME. 



(1) Fierabras, seigneur de Saint-Loup, était originaire de Champagne ; 
il était maréchal des logis. 

(2) Jean de Lorraine, cardinal de Saint-Onuphre, évêque de Metz et 
fils du duc René II, mérite d'être immortalisé par les lettres, dont il fut 
le père en Lorraine dans un temps où elles commençaient à naître. Sa 
maison était toujours remplie de savants et de gens de lettres, qu'il com- 
blait de faveurs. Plusieurs riches bénéfices réunis en faisaient le plus 
puissant prélat du royaume, mais tant de biens suffisaient à peine à ses 
libéralités. (Bexon, Histoire de Lorraine, page 234.) 

(3) Hector Dailly était évêque de Toul. 

(4) L'abbé Fonfrède était vicaire général de l'archevêché de Nar- 
bonne. 

(5) Georges d'Haussonville, abbé de Moyenmoutier, était grand-vi- 
caire de Metz. 

(6) Jean d'Haussonville, seigneur d'Essey, était chevalier et bailli de 
l'évèché de Metz. 

(7) L'abbé de Saint-Martin devant Metz était archidiacre de Vie. 

(8) Lazare de Baïf, poète, était ambassadeur de Venise en Allema- 
gne sous le roi François I^r. 

(9) Philippe de Mousson, originaire de Champagne, était bailli de 
l'évèché de Verdun. 

(^10) Le mot phislis n'offrant aucun sens et n'étant le nom d'aucun, 
peuple que je sache, j'ai supposé qu'on avait lu, en marge du vers 
phi.di au lieu de ficti, et que la note où je trouve le mot ficti devait se 
lire ainsi : Ficti populi qui in ventum hostiliter profecti sint, et se tra- 



264 



NOTES. 



duire : Gens qu'on supposerait inarcher en guerre contre le vent. A la place 
àQ phîslis paritcr ]Q mQXs àonz ventipugnis, mot composé qui est fort 
dans le goût de Pxlladius. Cette correction doit-elle être admise? Elle 
m'a coûté bien du temps. 

(11) Jean Ludovic, comte de Nassau et seigneur de Sarrebrûck. 

(12) Le comte de Salm était Wild- et Rheingraf. Le titre de fVildgraf 
(comte sauvage) signifie comte établi dans une forêt ou désert, ce qui se 
rapporte à leur origine, et celui de Rheingraf veut dire comte établi sur 
le Rhin. (Extrait de l'ouvrage intitulé : Souverains du monde.') 

Les comtes sauvages, suivant une opinion générale et constante qui a 
prévalu, ont une origine différente des comtes du Rhin ; ils descendent 
d'Othon de Wittelsbach, qui souilla ses mains du sang de l'empereur 
Philippe de Souabe, et dont les fils, bannis au delà du Rhin, se retirèrent 
dans une contrée boisée. (Traduit et extrait de la Notitia sancti Romani 
Germanici imperii procerunt.) 

Jean, comte de Salm, était seigneur de Fénétrange et de Chaligny, en 
1529, et grand-maréchal de Lorraine et de Bar. 

(13) Le comte de Bitche, Reinhardt. 

(14) Comte Hesse de Linange, seigneur d'Apremont. 

(15) Philippe de Thun, seigneur de la Haute-Pierre et baron. 

(16) Jean ou Hans Brubach était capitaine et officier de Sarreguemines 
et figure dans un arbitrage en 1527. (Voir Inventaire de Dujourny, t. X, 
page 234 [manuscrit de la Bibliothèque de Nancy].) 

(17) Adam Bayer de Boppart était originaire de Trêves; il était sei- 
gneur de Château-Bréhain, la Tour et Buzey. 

(18) Comarque ou Comargue. Sous François en 1515, 8,000 aven- 
turiers français passent les Alpes, ayant pour un de leurs chefs le sei- 
gneur de Beinac et Comarque, employé par le duc d'Albany en Écosse 
en 1523. (Voir Histoire de France de Garnier.) Comarque commandait 
les Français sous François, comte de Vaudémont, suivant Dom Calmet, 
qui s'est trompé. Co»iarchus signifie ici gouverneur. Claude de Guise 
était gouverneur de Champagne. 

(19) Philippe de Gueldre donna à René II, de qui elle fut la seconde 



NOTES. 



265 



femme, douze enfants, dont les plus célèbres furent le duc Antoine, le 
duc de Guise, Claude, époux d'Antoinette de Bourbon et tige des 
princes de Lorraine établis en France, le cardinal Jean, le comte de 
Vaudémont, Louis, mort au siège de Naples, et le comte de Lambesc, 
tué à Pavie en combattant à côté de François V^. 

En 15 19, II ans après la mort de son mari, Philippe de Gueldre se 
retira dans le monastère des Clarisses de Pont-à-Mousson. Elle y fit son 
noviciat tout entier, ajoutant des austérités nouvelles à celles que l'ins- 
titut prescrivait. Elle désira remplir les fonctions les plus humbles, 
celles de portière, de jardinière, de couturière. Elle obtint du pape un 
bref qui lui permettait de refuser toute dignité. Quand elle écrivait à 
ses supérieurs ecclésiastiques, elle signait : Votre humble et pauvre fille 
et sujette, ou bien : Sœur Philippe, petit ver de terre. 

Malgré la faiblesse de sa santé et les macérations qu'elle pratiquait, 
elle ne mourut qu'en 1547, à 84 ans. ÇVie de Philippe de Gueldre, par 
M. l'abbé Guillaume.) 

(20) Voir pour les salines de Lorraine, Dom Calmet, t. V, p. 31. 



266 



NOTES. 



LIVRE TROISIÈME. 



(1) Géraudure, capitaine, commandant les Albanais , cstradiots et 
chevau-légers. 

« Les estradiots sont gens vêtus à pied et à cheval comme les Turcs ; 
ils couchent dehors tout l'an et leurs chevaux. Ils étaient tous Grecs, 
venus des places que les Vénitiens y ont, les uns de Naples de Remanie 
en la Morée, autres d'Albanie devers Duras, et sont leurs chevaux bons 
et tous de Turquie ; ils sont vaillants hommes et fort travaillent un 
ost, quand ils s'y mettent. » 

(Extrait des Mémoires de Commines, liv. VIII.) 

(2) Antoine de Lamarche, seigneur de Beaulieu. 

(3) Jean Daguerre , baron de Vienne en 1540, était originaire de 
Lorraine. 

(4) Robert de Malberg, originaire du Palatinat, chevalier, seigneur 
d'Audieu. 

(5) Pierre d'Haraucourt, seigneur de Paroy. 

(6) Claude du Châtelet était seigneur de Bulgnéville. 

(7) Antoine du Fay (de Langres) était seigneur de Bazoille, et portait 
la bannière d'Anjou à la pompe funèbre du duc François I^'", en 1547. 
Il était capitaine de cent lances. 

(8) Jean de la Marche de Saulcy était lieutenant du comte de Vau- 
démont. 

(9) Jacques Antoine du Châtelet, seigneur de Sorcy. 

(10) Robert de Villers, écuyer du comte de Guise. 

(11) Jean de Crac, maréchal des logis du comte de Guise. 

(12) Dagobio Machon, capitaine des Italiens. 

(13) L'ours des Vosges {tirsus arctos) a disparu au fur et à mesure du 



NOTES. 



267 



déboisement des montagnes. Le dernier ours tué dans les forêts des 
Vosges l'a été en 1709, près de Remiremont. (^Statistique des Vosges de 
M. Lepage, t. 1er, page 519.) 

(14) Murner, officier et gouverneur de Marmoutier. 

(15) Jean ou Hans Knobloch était député de Strasbourg. 

(16) Érard de Lavaulx était seigneur de Gironcourt en 1524. 

(17) Robert de Béthune, seigneur d'Hostel, fut capitaine des archers du 
corps de Claude de Lorraine, comte de Guise, depuis duc, et en cette 
qualité assista Antoine, duc de Lorraine et de Bar, en la guerre qu'il fit 
aux luthériens d'Alsace révoltés l'an 1525. [Histoire générale de la mai- 
son de Béthune^ par André Duchesne, p. 52, — Aux preuves, p. 339, Du- 
chesne, dans l'extrait de Volcyr, fait remarquer que d'hotte veut dire 
d'hostel.) 

(18) Philippe du Hautoy, originaire de Luxembourg, fils de Gérard 
du Hautoy, seigneur de Réchicourt, grand maître d'hôtel de la reine 
de Sicile. 




268 



LIVRE QUATRIÈME. 



(1) Le baron Schciick était chanoine de Strasbourg. 

(2) Antoine d'Iscnbourg était seigneur de la Grange et baron. 

(3) Hans Badt, chevalier et baron de Ferrette, était ambassadeur de 
Ferdinand, archiduc d'Autriclie. 



NOTES. 



269 



LIVRE CINQUIÈME. 



(i).Ulrich ou Olry de Wisse (Deuilly), originaire de Lorraine, était 
maréchal général des logis en 1540. 



270 



NOTES. 



LIVRE SIXIÈME. 



(1) Pesmcs, ancienne baronnie de Choiseul. (Voir La Chcnayc- 
Desbois.) 

(2) Messire Pierre de Haraucourt, seigneur de Paroy, capitaine de 
Vaucouleurs, était lieutenant du comte de Vaudémont. 

(3) Jean de Stainvillc était seigneur de Pouilly, gouverneur et bailli 
de Neufchâteau. 

(4) Villeneuve (chevalier de), gouverneur du marquis du Pont, com- 
mandait 30 gentilshommes de l'hôtel du duc Antoine. 

(5) Girard d'Haraucourt, seigneur d'Ubexy. 





TABLE 



Livre I. L'auteur suppose que Satan réunit un conseil où il est décidé 
qu'on essaiera de répandre l'hérésie dans le monde. De là naissent le 
soulèvement des campagnards ou Rustauds en Alsace et leurs rava- 
ges. — Le printemps commençait, les Alsaciens révoltés se dis- 
posent à passer en Lorraine. Le duc Antoine qui en est instruit 
délibère avec ses chevaliers sur la conduite à tenir. On arrête 
que Louis de Vaudémont sera envoyé en France, vers le comte de 
Guise, frère d'Antoine et le sien, pour lui demander des secours. En 
attendant, il est convenu que les seigneurs de Ludres et d'Harau- 
court iront à Saint-Dié et à Blâmont pour y observer l'ennemi. Une 
bande de Rustauds a déjà franchi la frontière de Lorraine. Brubach 
voudrait les attaquer, Antoine s'y oppose, se rend à Sorcy chez le 
seigneur du Châtelet, et s'y abouche avec le comte de Guise, pour 
hâter l'envoi de troupes que Louis de Vaudémont était allé lui de- 
mander. — Préalablement une armée lorraine se rendra à Vie. 
Cependant Antoine, de retour à Nancy, établit un conseil auprès de 
la duchesse de Lorraine et va rejoindre ses soldats ; au départ de 
Nancy, il est accompagné par la duchesse. — Séparation des 
deux époux. — Antoine entre dans Vie T. I, 99 



272 



TABLE. 



Livre IL Discours qu'Érasme Gerber, chef des Rustauds, adresse à 
ses compagnons. Lettre de Gerber à Antoine. Le chevalier Fiera- 
bras vient dénoncer au duc les attaques des Rustauds à Faucogney 
et ailleurs. On lui apprend aussi l'arrivée à Nancy de son frère Jean, 
cardinal de Lorraine, de retour d'Italie. Éloge de ce prélat. Jean 
de Lorraine se rend à Saint-Nicolas-de-Port. Prière qu'il y adresse au 
patron de la Lorraine. Au sortir de Saint-Nicolas, Jean se rend à Vie 
auprès d'Antoine, à qui le comte de Bitche vient se plaindre d'avoir 
été abandonné par presque tous ses sujets, qui sont allés rejoindre 
les Rustauds. Ceux-ci c. mpent près d'Herbitzheim. Les comtes 
de Nassau, de Salm, de Bitche et de Linange sont chargés de les ob- 
server avec Philippe de la Haute-Pierre et Jean Brubach. Ce dernier 
est fait prisonnier à la suite d'une chute de cheval. — Brubach 
comparaît devant Gerber. Pendant que les comtes cherchent à le 
délivrer, Adam Boppart annonce au duc de Lorraine la prochaine 
arrivée de ses frères les comtes de Guise et de Vaudémont, avec des 
Français et des Allemands. Les Gueldrois envoyés au secours d'An- 
toine par leur duc, séjournent à Pont-à-Mousson. Là, dans le couvent 
des Clarisses, se trouve la veuve de René, la mère d'Antoine, qui 
s'y est confinée volontairement. Le comte de Guise arrive à Nancy. 
Accueil et prière que lui fait la duchesse. Les comtes de Guise et de 
Vaudémont s'arrêtent à Vie, et Antoine quitte cette ville. T. I, 179 

Livre III. L'auteur suppose un nouveau conseil tenu aux enfers. Satan 
y pousse les siens à encourager la rébellion des Rustauds. Les Furies 
s'élancent sur la terre et vont s'adresser à Gerber et aux Alsaciens. 
Redoublement de fureur des Rustauds et de leur chef. L'armée des 
frères d'Antoine arrive à Dieuze, où le duc s'était rendu au sortir de 
Vie. Antoine va à sa rencontre. Nos soldats, apostrophés par un 
hérétique, le tuent à coups de lance. Le duc de Lorraine assemble 
un conseil. L'armée lorraine à Sarrebourg. Saverne avait déjà reçu 
dans ses murs une troupe de Rustauds. Antoine députe Murner aux 



à 



TABLE. 



273 



habitants pour leur ofFrir une garnison qui les défendra contre les 
Rustauds. Refus de Saverne. Murner se rend alors à Strasbourg, 
métropole de Saverne, pour l'informer de cette résolution. Le Sénat 
de Strasbourg députe Knobloch au duc de Lorraine pour lui ap- 
prendre qu'il le soutiendra. On marche sur Saverne. Guise fait 
partir une avant-garde où se trouve Béthune qui est tué. Guise jure 
de le venger. L'armée lorraine campe devant Saverne. La terreur se 
répand partout T. I, 267 

Livre IV. Les Lorrains adressent au ciel des prières pour le succès 
des armes de leur duc. Saverne, serrée de près, se fortifie. Des sei- 
gneurs d'Allemagne viennent se joindre au duc de Lorraine. Am- 
bassadeur que lui envoie l'archiduc Ferdinand pour le féliciter. 
L'ennemi renfermé dans Saverne feint de désirer la paix, quand on 
. annonce au duc qu'une autre bande s'approche de Lupstein 
pour aller rejoindre celle de Saverne. Les comtes de Guise et de 
Vaudémont sont chargés de l'arrêter. Elle se retranche devant 
Lupstein. Gerber cherche à encourager ses soldats qui plient. Les 
Lorrains redoublent d'ardeur. Colère de Gerber; il ranime les 
siens. Guise pénètre dans les retranchements de Lupstein. L'ennemi 
abandonne son camp et se précipite vers le village, que les Lorrains 
incendient. Il périt six mille hommes à Lupstein. Propositions de 
paix de la part de Gerber au duc de Lorraine, qui vient d'apprendre 
la défaite de Lupstein. Brubach sera délivré. Cent des principaux 
de Saverne seront remis en otage au duc. Consternation de Sa- 
verne en apprenant ce traité. Brubach sort de sa prison. Il est ac- 
cueilli avec joie par le duc et par ses frères. L'auteur suppose que 
le roi des enfers envoie la Perfidie pour engager Gerber à rompre 
la paix qu'il vient de conclure. Il va faire passer aux bandes d'au 
delà du Rhin une lettre qui leur apprendra la trahison qu'il mé- 



dite, 



T. II, I 



RUSTIC. II, 



18 



274 



TABLE. 



Livre V. Le comte de Salm est envoyé pour faire évacuer Saverne. 
Les Lorrains sortis du camp, pour voir le départ des Rustauds, sai- 
sissent le messager chargé de la lettre de Gerber. Querelle d'un 
Lorrain et d'un Rustaud prés de Marterberg. Une mêlée générale 
s'ensuit; Lorrains et Rustauds rentrent dans Saverne. Carnage. 
Incendie. Pillage. Gerber, après avoir inutilement encouragé les 
siens, s'enferme désespéré dans un lieu fortifié où il est pris. Son 
ancien barbier se charge de le pendre. Après délibération, le duc 
arrête que l'armée continuera sa marche, afin de s'assurer de la dis- 
parition de l'ennemi. Saverne envoie au duc de Lorraine une dépu- 
tation de cent habitantes pour le prier de la délivrer des fureurs 
des Rustauds. De Ludres est chargé de cette mission. . T. II, 8i 

Livre VI. Saverne était délivrée et pacifiée ; mais le bruit de la défaite 
de Gerber s'étant répandu, de nouvelles bandes se rassemblent sous 
un nouveau chef. Elles se retranchent près de Scherwiller. L'armée 
lorraine arrive à Stotzhcim, Le comte de Guise envoie des éclaireurs, 
qui viennent annoncer au duc une première lutte heureuse avec 
l'ennemi. Ce prince délibère, et arrête que l'on attaquera les Rus- 
tauds avant le lendemain. Guise marche sur Scherwiller. Promotion 
de chevaliers. Bataille sanglante. Acharnement de l'ennemi, encou- 
ragé par son chef. Vaudémont perd son gantelet et son casque. Il 
est blessé à l'œil ; sa lance est brisée. Il tombe épuisé de fatigue. Il 
se relève et combat avec une nouvelle ardeur. Une croix apparaît 
dans le ciel. Deux des trois corps ennemis sont battus. Le chef des 
Rustauds songe à faire avancer la troisième bande, qui fuit dis- 
persée. Douze mille ennemis ont succombé. Fausse nouvelle de la 
mort de Vaudémont. Le duc promet de déposer sur les autels un 
tapis orjié de broderies. Vaudémont est retrouvé tout sanglant. Le 
baron d'Isenbourg et d'autres morts sont relevés sur le champ de 
bataille. Le duc rernercie et récompense ses alliés qui se retirent. Il 
s'en retourne par le val de Villé. Il envoie à Gérard d'Ubexy l'ordre 



TABLE. 



275 



d'enlever de la route les arbres qui l'embarrassent. Funérailles des 
victimes de la guerre. Guise reçoit du vin de la collégiale de Saint - 
Dié. Un messager vient annoncer à Nancy la défaite des Rustauds 
et le retour d'Antoine. La duchesse va au-devant de son époux avec 
un nombreux cortège. Grande joie dans Nancy à l'entrée des trou- 
pes victorieuses T. II, 145 




ACHEVÉ D'IMPRIMER 

LE 26 FÉVRIER MIL HUIT CKNT SOIXANTE-SEIZL 

PAR BERGER-LEVRAULT C'« 
A NANCY 




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